La combustion de biomasse en Afrique tropicale reste le principal contributeur aux émissions mondiales liées à la combustion de biomasse. Elle est également le principal facteur responsable de la baisse globale observée au cours des deux dernières décennies en raison de la diminution des incendies de savane.

En revanche, d'autres régions ont connu une augmentation des émissions ces dernières années, notamment l’Amérique du Nord (2023, 2024 et 2025). Les données montrent que, malgré une forte variabilité d'une année à l'autre, les émissions liées aux incendies extrêmes ont augmenté ces dernières années à différentes échelles continentales.
En Europe, d'importants incendies ont sévi l'été dernier, qui ont contribué à atteindre le total annuel d'émissions liées aux incendies le plus élevé jamais enregistré dans l'Union européenne, avec un peu moins de 13 Mt de carbone.
Les feux de forêt en Europe ne contribuent pas de manière significative aux émissions mondiales de CO2. Toutefois leur impact sur la qualité de l'air est important, et ces chiffres peuvent être utilisés comme indicateur des émissions liées aux incendies de nombreux polluants comme les PM2,5 et les oxydes d'azote (NOx).

Dans la péninsule ibérique, des incendies dévastateurs se sont déclenchés à partir de la fin de mois de juillet et se sont intensifiés de manière spectaculaire tout au long du mois d'août 2025, sous l'effet de vagues de chaleur persistantes, de conditions extrêmement sèches et de vents violents. Les incendies ont fait au moins trois morts, forçé des milliers de personnes à évacuer et brûlé environ 120 000 hectares rien que pour l'Espagne au mois d'août. En conséquence, la qualité de l'air s'est détériorée sur une vaste zone, et l'Espagne a atteint son niveau annuel total d'émissions liées aux incendies le plus élevé depuis 23 ans. Les concentrations de PM2,5 à la surface dans une grande partie de la péninsule ibérique ont largement dépassé les recommandations sanitaires, tandis que la fumée s'est propagée sur des centaines de kilomètres vers d’autres pays européens.
Cette fumée est bien visible en violet sur l'animation ci-dessous, de même que la fumées issue des feux du canada dont nous reparlerons plus bas. En orange, les poussières désertiques.
En France, l'activité des feux de forêt pendant l'été a été marquée surtout par un incendie d’ampleur exceptionnelle dans le département de l'Aude début août. Sa fumée s'était propagée au-dessus de la Méditerranée. Cet incendie a brûlé environ 17 000 hectares et a fait un mort et 25 blessés.
Dans le nord de l'Écosse, d’importants incendies ont entraîné les émissions record depuis 23 ans pour le Royaume-Uni.
Dans toute la partie orientale de la Méditerranée, les incendies de forêt ont été exceptionnellement violents cet été, la Grèce et la Turquie ayant connu des incendies majeurs et meurtriers de fin juin à juillet. Des milliers d'habitants des deux pays ont été contraints d'évacuer, et au moins 10 travailleurs forestiers ont perdu la vie en Turquie. Chypre a également connu ses pires incendies de juillet depuis plus de 50 ans, qui ont fait deux morts et produit en seulement deux jours son total annuel d'émissions le plus élevé. Les feux ont également concerné les régions adjacentes, comme les Balkans avec des incendies parfois extrêmes pendant l'été, mais aussi la Syrie qui a enregistré les émissions de carbone liées aux incendies de forêt de loin les plus élevées jamais enregistrées en août.

« En 2025, nous avons assisté à des incendies de forêt extrêmes en Amérique du Nord et en Europe, qui ont eu des répercussions sur la composition atmosphérique loin des lieux où les incendies sévissaient. [...] La perspective mondiale du CAMS met en évidence l'impact significatif, local et à plus grande échelle, de ces fumées sur la dégradation de la qualité de l'air et sur la santé humaine. »
Mark Parrington, responsable scientifique au CAMS
2025 aura été pour le Canada une troisième année consécutive d'incendies de forêt exceptionnellement actifs. Les émissions totales de carbone dues aux incendies de forêt dans le pays pour l'année 2025 s'élevaient à environ 263 Mt fin novembre, juste devant 2024 mais nettement derrière l’année record 2023. L'intense activité des feux de forêt au Canada a commencé tôt cette année : dès avril et mai, des feux de forêt inhabituels pour la saison ont concerné le Saskatchewan, le Manitoba et l'Ontario. En conséquence, des panaches de fumée ont recouvert à plusieurs reprises de vastes régions du Canada et de l'Amérique du Nord, et ont traversé à plusieurs reprises l'Atlantique pour atteindre l'Europe occidentale, centrale et orientale.
Les effets de la fumée sur les concentrations de PM2,5 provenant de nombreux de ces incendies ont été principalement localisés, mais les valeurs élevées de l’épaisseur optique des aérosols (AOD) ont montré que le transport de la fumée s'est étendu à une grande partie de l'Amérique du Nord.

Début janvier 2025, un important incendie de forêt a ravagé la région de Los Angeles, en Californie, provoqué par la présence conjointe d'une végétation exceptionnellement sèche et des puissants vents de Santa Ana. L'enchaînement d'un printemps/été 2023-2024 plus humide que d'habitude suivi d'un automne et début d'hiver exceptionnellement secs, ce qui a entraîné une végétation abondante et hautement inflammable.
Les incendies se sont rapidement propagés à travers la zone de transition entre les zones sauvages et urbaines autour de Los Angeles et ont touché des zones densément peuplées, détruisant des milliers de bâtiments, forçant environ 200 000 habitants à évacuer et entraînant des pertes tragiques en vies humaines. Les pertes économiques résultant des incendies de forêt ont été estimées à environ 150 milliards de dollars américains, ce qui en fait l'un des événements les plus coûteux de l'histoire des États-Unis.
Les incendies ont eu de graves répercussions sur la qualité de l'air. Les concentrations de particules fines (PM₂,₅) à la surface ont largement dépassé les niveaux considérés comme sûrs à Los Angeles et dans ses environs. Bien qu'une grande partie de la fumée ait été transportée au-dessus du Pacifique par les vents, la surveillance locale de la qualité de l'air a révélé des niveaux d'exposition dangereux.
En Amérique du Sud, 2025 a été l'une des années les moins marquées par les émissions liées aux feux de forêt jamais enregistrées. En Argentine, des feux de forêt ont éclaté fin janvier et se sont poursuivis jusqu'au début février, avec des émissions de carbone liées aux feux de forêt d'environ 1,8 Mt pour le mois. Le Chili a également connu une recrudescence des feux de forêt vers la fin du mois de mars, avec des émissions de carbone totales estimées à environ 0,5 Mt pour le mois.
En août et septembre, le nombre d'incendies et les émissions totales estimées en Bolivie et au Brésil ont été nettement inférieurs à ceux de l'année 2024 (qui avait été une année historique en termes d'incendies), et parmi les plus basses depuis le début des mesures. En raison de la faible activité des incendies, les AOD et les concentrations de PM2,5 à la surface ont également été faibles à modérées.

De grands feux de forêt ont ravagé certaines régions de Sibérie à partir de début avril, avec des incendies majeurs à l'est du lac Baïkal, puis également plus au nord et jusque dans le cercle arctique, mais leur ampleur était moindre. Les données du CAMS GFAS montrent que les valeurs FRP dans l'ensemble du district d’Extrême-Orient ont fluctué autour des niveaux moyens jusqu'à la mi-mai, date à laquelle elles ont fortement augmenté. En conséquence, les émissions de carbone estimées ont été élevées : les émissions y ont atteint leur niveau le plus élevé pour cette période depuis 2018, avec un peu moins de 40 Mt. Les incendies se sont poursuivis à l'est du lac Baïkal jusqu'à la mi-mai, et d'autres incendies se sont déclarés dans l'oblast d'Amour. Les prévisions du CAMS à la mi-mai indiquaient que d'importants panaches de fumée provenant des incendies de forêt en Sibérie se déplaçaient jusque vers le nord-est de la Chine et le nord du Japon.
En octobre et début novembre 2025, l'Australie a connu une intensité et des émissions de feux de brousse supérieures à la moyenne saisonnière, en particulier dans les régions tropicales du nord, les dix plus grands incendies s'étant produits dans le Territoire du Nord, qui a enregistré son mois d'octobre le plus chaud jamais enregistré et environ 8 millions d'hectares brûlés. Les analyses et les prévisions d’AOD du CAMS ont également montré un transport important de fumée à travers le centre de l'Australie pendant cette période. Cette situation fait suite à une activité des feux de forêt supérieure à la moyenne au début de l'année : en janvier, le Queensland a enregistré ses émissions les plus élevées pour un mois de janvier depuis 2014 et le Territoire du Nord ses émissions les plus élevées depuis 2013. Dans l'ensemble, le CAMS estime que les émissions totales de carbone dues aux feux de forêt en Australie pour l'année jusqu'à la fin novembre s'élèvent à environ 120 mégatonnes, ce qui est très similaire à la moyenne de 2003-2024.
Dans le nord de l’Asie du Sud-Est, l'activité saisonnière des feux de forêt entre janvier et avril a été globalement inférieure à la moyenne, mais a tout de même contribué à la formation de brouillard et à une forte dégradation de la qualité de l'air dans la région.
Le CAMS fournit un ensemble de données couvrant 23 ans grâce à son son système mondial d'assimilation des feux (GFAS), mis à jour en temps quasi réel, sur l'emplacement et les émissions estimées des brûlages de biomasse (y compris les feux de forêt et les brûlages à l’air libre) dans le monde entier, sur la base d'observations satellitaires de la puissance radiative des feux (FRP). Les émissions estimées sont soumises à des incertitudes liées aux hypothèses formulées pour convertir la FRP observée en quantité de combustible brûlé (y compris le type, la forme et la distribution du combustible) et aux émissions qui en résultent. Les émissions estimées sont utilisées dans les prévisions et analyses mondiales et régionales du CAMS, ce qui nous permet de suivre le transport et la composition de la fumée et son impact potentiel sur la qualité de l'air. Pour en savoir plus sur la surveillance des feux de forêt et de la fumée par le CAMS, consultez la page sur la surveillance mondiale des incendies.
Le GFAS est développé par un consortium dirigé par l'Institut norvégien de recherche sur le climat et l'environnement (NILU). Ces développements permettent de mettre à jour le GFAS afin d'y inclure les observations de la FRP provenant d'autres capteurs satellitaires, afin d'assurer la continuité des estimations des émissions des feux de forêt pour les systèmes de prévision du CAMS.
Traduit et adapté de l’article original en anglais sur le site de Copernicus.