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Retour sur la Patrouille des Glaciers 2024

MétéoSuisse-Blog | 28 avril 2024
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La Patrouille des Glaciers 2024 n’a pas été épargnée par les conditions météorologiques particulièrement hivernales que l’on a connues depuis la mi-avril. Une seule course sur les quatre prévues a pu se tenir. MétéoSuisse était sur place pour le conseil météorologique.

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Un engagement sur place qui a débuté le 11 avril

La Patrouille des Glaciers (PdG) est une course internationale de ski-alpinisme organisée tous les deux ans par l’armée suisse, ouverte à des équipes de trois personnes, militaires ou civiles. Le parcours relie Zermatt à Verbier (pour le grand parcours) ou Arolla à Verbier (pour le petit parcours). Le point culminant du parcours se situe à Tête Blanche, à 3650 m (Figure 1).

Pour assurer le balisage et la sécurité des courses, il faut plusieurs semaines de préparation. Des postes de ravitaillement sont installés et équipés (y compris de cabines de toilettes) en haute montagne, des relais téléphoniques sont placés.

Quelques jours avant les courses, le nombre de personnes mobilisées en haute montagne augmente. Les conditions météorologiques prennent de plus en plus d’importance. Les hélicoptères doivent pouvoir voler pour atteindre les postes de haute montagne, afin d’acheminer du matériel et de la nourriture pour plusieurs jours.

Depuis de nombreuses éditions de la PdG déjà, un ou deux météorologues sont présents sur place à Sion, dans le cadre du service météorologique coordonnée de l’armée. Ils élaborent des prévisions météorologiques pour les Alpes valaisannes et fournissent des renseignements précieux pour aider à la prise de décisions. Des bulletins météorologiques sont de plus rédigés pour le site internet de la Patrouille des Glaciers.

Cette année, l’engagement d’un météorologue sur place a débuté le 11 avril, soit 5 jours avant le départ des premières courses. Du 15 au 21 avril, un-e deuxième météorologue a été en soutien depuis Genève.

Des conditions quasi-estivales puis pleinement hivernales

Du 11 au 14 avril, les conditions météorologiques ont été quasiment estivales aussi bien en plaine, avec des températures parfois supérieures à 25 °C, qu’en montagne où l’isotherme du 0 degré a grimpé à près de 4000 m. Le 14 avril, des records de chaleur pour un mois d’avril ont été battus dans de nombreuses stations comme à Zermatt (22,3 °C) ou à Evolène/Villa (19,5 °C). En raison des températures élevées, des avalanches de neige humide se sont déclenchées.

Ces températures anormalement élevées pour la saison étaient un souci sur le terrain, car la sécurité ne pouvait pas être assurée, notamment chaque après-midi. Mais l’annonce d’un net refroidissement était plutôt vue comme un soulagement, car le manteau neigeux allait se stabiliser.

A partir du 15 avril, le froid est arrivé et c’est finalement une perte de près de 20 °C en 48 heures qui s’est manifestée. Les conditions sont redevenues pleinement hivernales en altitude avec le retour de la neige. A cela s’est ajouté le vent. La température ressentie au sommet de Tête Blanche a été de l’ordre de -35 à -38 °C. Une telle valeur devient vite un danger si on reste à l’extérieur. La peau exposée au froid peut geler en 10 à 30 minutes (ou plus rapidement si les vents sont forts). Ce sont donc des conditions dangereuses pour les milliers de patrouilleurs, mais aussi pour les soldats qui sont présents sur les hauts.

Des conditions météorologiques défavorables pour les premières courses

Pendant la semaine des courses, MétéoSuisse a mis à disposition un profil animé montrant l’évolution des conditions météorologiques par pas de 3 heures pour les paramètres de l’humidité (nuages et précipitations), de la température et du vent (Figure 2).

Rapidement, il est apparu que les conditions météorologiques pour les nuits de mardi à mercredi et de mercredi à jeudi s’annonçaient mauvaises avec du brouillard, des chutes de neige, du vent et un froid mordant. Le lundi soir, la décision a été prise d’annuler les courses pour des raisons de sécurité. L’annulation a été pleinement justifiée. Des images ont d’ailleurs circulé dans les médias et les réseaux sociaux, montrant des conditions météorologiques agitées à Tête Blanche.

Courses de fin de semaine d’abord reportées de 24 heures

Depuis le début de la semaine, les bulletins météorologiques mentionnaient le passage d’un front chaud dans la nuit du vendredi 19 au samedi 20 avril. Plus on se rapprochait du jour de la course, plus les modèles simulaient un front chaud actif. Un front chaud en montagne signifie du brouillard sur tout le parcours et des chutes de neige continues pendant plusieurs heures. Jeudi soir, la décision de reporter les courses de 24 heures a été communiquée.

Annulation de la course Zermatt-Verbier, mais maintien de la course Arolla-Verbier

La température ressentie par le personnel militaire et civil en poste sur Tête Blanche depuis le dimanche 14 avril a été de l’ordre de -30 à -35 °C. Il est devenu très difficile de survivre dans ces conditions et d’assurer un ravitaillement des patrouilleurs dans des conditions acceptables. Alors qu’il a commencé a fortement neigé vendredi soir, la décision a été prise d’annuler la course Zermatt-Verbier, mais de maintenir la course Arolla-Verbier, car un créneau favorable semblait se dessiner.

Samedi 20 avril à 8h00, Zermatt s’est réveillée sous une couche de 30 cm de neige fraîche. Pour Zermatt, il s’agit de l’épisode neigeux le plus remarquable de la saison hivernale (entre octobre 2023 et avril 2024), à égalité avec le 10 mars où il était également tombé 30 cm de neige fraîche. Sur les hauts, il est tombé de 30 à 40 cm de neige fraîche. Le danger d’avalanche de neige sèche a augmenté et est passé en degré 3. Il a fallu miner la montagne pour de nouveau sécuriser le parcours. Mais pour miner, il fallait que le brouillard se lève, ce qui a été en partie le cas samedi après-midi.

Un départ finalement donné

Pendant la journée du samedi 20 avril, il a été possible d’utiliser un modèle à maille plus fine, se réactualisant toutes les 3 heures et avec une prévision avec un pas de temps d’une heure. Le créneau favorable s’est confirmé (Figure 3). Dans la nuit du samedi 20 au dimanche 21 avril, le ciel s’est bien dégagé. Les premiers départs de la course ont pu finalement être donnés à 3h00 du matin, conformément à l’horaire prévu, sous un ciel dégagé, mais avec des températures bien basses pour la période de l’année, de l’ordre de -10 °C à Arolla.

Dès l’aube, une couche de nuages de moyenne altitude a envahi le ciel, empêchant de voir le soleil se lever. Mais la visibilité est demeurée bonne et les conditions de course sont restées tout à fait acceptables, malgré le froid. Vers la mi-journée, le plafond nuageux s’est abaissé, noyant les sommets dans le brouillard et il a commencé à neiger. De nombreuses patrouilles étaient déjà arrivées à Verbier. Vers 15h00, le brouillard s’est installé sur Verbier.

Finalement, les modèles ont bien simulé cette accalmie courte, mais suffisamment longue pour permettre la tenue de la course Arolla-Verbier. La mise à disposition de ces informations météorologiques en continu avec les conseils du météorologue sur place a contribué au succès de cette unique course.

Rendez-vous en avril 2026

La prochaine Patrouille des Glaciers est planifiée en avril 2026. Espérons que les conditions météorologiques seront plus clémentes pour les organisateurs, mais aussi pour les nombreux patrouilleurs qui ont vu leur course annulée.