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Blocage atmosphérique, chaleur et pluies

MétéoSuisse-Blog | 05 septembre 2023
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Une situation anticyclonique bloquante dicte actuellement le temps en Europe. Entre températures au-dessus des normes saisonnières et importants cumuls de précipitations, les conséquences sont diamétralement opposées entre le centre et les flancs du système.

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Bloc Omega

Comme le décrivait notre blog du 3 février dernier, les situations bloquantes sont caractérisées par une déviation du courant d’altitude aux moyennes latitudes. Ainsi, le flux qui s’écoule le plus souvent de manière zonale, d’ouest en est, se trouve fortement perturbé et tend à prendre une composante méridionale. On distingue cette réorganisation du flux dans l'image de titre qui présente le géopotentiel au niveau 500 hPa sous la forme de lignes (valeurs en noir) et la pression au niveau de la mer sous la forme de couleur bleue et rose (valeurs en rouge) pour la journée du 5 septembre à 12 h UTC. Dans ce cas précis, la situation bloquante est une situation de type Omega. Dans cette configuration, une vaste zone anticyclonique au centre est flanquée de part et d’autre par deux dépressions ressemblant ainsi à la lettre de l’alphabet grec Omega (Ω). Au sein de ce système, des masses d’air très différentes sont amenées à se rencontrer, engendrant alors des dépressions très creusées et actives. Cet effet se fait ressentir sur le temps sensible avec, durant l’été, un temps sec et de plus en plus chaud, dans la partie anticyclonique du système (zone rosée au centre de l'image de titre) et, à l’opposé, un temps très humide et plus frais dans la ou les parties dépressionnaires (zones bleues sur les côtés de l'image de titre).

Sec et chaud au centre de l’Europe

L’Europe centrale, et donc la région alpine, se trouve actuellement au centre de cette configuration de bloc Omega. Le retour des conditions anticycloniques a ainsi stoppé net la brève incursion fraîche et humide du dernier week-end d’août. C’est ainsi que seulement deux semaines après avoir enregistré un nouveau record de l’isotherme du zéro degré, de nouveau records de températures sont tombés et risquent encore de tomber en Suisse.

Hier, l’isotherme du zéro degré a été mesuré à 5253 m d’altitude par le ballon-sonde lancé depuis Payerne à 00 UTC. Cette valeur représente non seulement un record de hauteur de l’isotherme du zéro degré pour un mois de Septembre, mais elle représente également la deuxième valeur la plus élevée jamais enregistrée pour ce paramètre en Suisse.

À moyenne altitude, les températures sont également exceptionnellement chaudes en ce moment avec de nouvelles valeurs record enregistrées hier entre 1350 et 2700 m d’altitude comme le relevaient nos collègues de MétéoSuisse Zürich dans leur blog d’hier. Ainsi la station d’Ulrichen à 1346 m a frôlé les 30 degrés comme indiqué dans la figure 1 ci-dessous.

Ailleurs, en Europe, l’impact de cette situation anticyclonique bloquante sur les températures a été encore plus marqué. En France par exemple, la température n’est pas descendue en dessous des 20 degrés durant la nuit de lundi à mardi dans de nombreuses stations de mesure du sud du pays, mais également à l’ouest et au nord. Cet impact, plus marqué sur les températures que dans nos régions, est dû à une importante advection d’air chaud par le sud qui n’a concerné que l’est de la péninsule ibérique et la moitié ouest de la France.

Fortes précipitations en Espagne et en Grèce

Le propre d’un bloc oméga est de réunir des situations météorologiques opposées au sein d’une même région étendue. En marge des chaleurs et de l’air sec qui nous concerne actuellement, deux régions se retrouvent ainsi concernées par un phénomène radicalement différent.

Le week-end dernier, un système dépressionnaire a pris de l’importance au large de la péninsule ibérique. Cette première étape dans l’établissement du bloc Omega avait rapidement été identifiée comme potentiellement dangereuse et avait conduit l’agence nationale météorologique espagnole (Aemet) à émettre une alerte de niveau maximum pour de forts cumuls de précipitations pour la journée de dimanche. Comme annoncé, les précipitations ont été très importantes dans le centre du pays avec des cumuls dépassant localement les 170 mm de pluie sur l’entier de l’épisode (figure 2). De manière plus généralisée, les cumuls ont atteints et dépassé les 60 mm de pluie (figure 3). De nombreuses images d’inondations ont été partagées par les médias durant la fin du week-end et les dégâts occasionnés sont importants.

À l’autre extrémité du bloc Omega, on retrouve la dépression Daniel qui s’abat actuellement sur la Grèce. Une fois de plus, le danger avait été correctement cerné par le bureau de météorologie grec (HNMS) qui avait émis un avis de danger maximal pour de fortes précipitations orageuses accompagnées de forts vents. Une fois encore, la prévision s’est réalisée et les cumuls de précipitations mesurés jusqu’alors sont saisissants : plus de 780 mm à Zagora sur le mont Pélion, dont plus de 630 mm en 12 heures. Plusieurs autres stations à l’ouest de la mer Égée ont également mesuré des valeurs impressionnantes, dépassant allègrement les 150 mm. La figure 4 donne une appréciation de la distribution spatiale du phénomène. Cependant, cette mesure a été réalisée en cours d'événement. De plus, s'agissant d'une estimation par satellite, les valeurs ne sont à prendre qu'à titre indicatif. D’après les premiers retours, de nombreux fleuves ont quitté leur lit et les dégâts seraient importants.

Perspective pour ces prochains jours

La persistance est l’une des caractéristiques majeures des situations bloquantes. C’est ainsi que les périodes de canicules, mais aussi les périodes de sécheresses les plus étendues et les plus marquées sont généralement associées à de tels événements. Dans la situation qui nous occupe aujourd’hui, le signal semble pour l’instant persister au moins jusqu’à la semaine prochaine. Comme présentée dans le diagramme Hovmöller (figure 5, ci-dessous), la configuration Omega semble se maintenir jusqu’au mercredi 13 au moins. La figure 6, qui présente l’évolution de la température au niveau 850 hPa d’après le modèle ensembliste IFS présente une très faible incertitude jusqu’à mardi prochain. Il est difficile de prédire la fin du phénomène, comme c’est toujours le cas avec les situations bloquantes, et donc pour l’instant trop tôt pour prédire une issue ne serait-ce que quasi-certaine.

Les températures resteront donc plus élevées que la moyenne et ce tout particulièrement en altitude durant les prochains jours chez nous. La prudence sera ainsi plus que jamais de mise pour les activités d’alpinisme et de randonnées en altitude.

En ce qui concerne les régions touchées par les dépressions de ce bloc Oméga, la situation s’est pour l’instant résorbée sur la péninsule ibérique. Cependant, l’arrivée des restes de l’ouragan Franklin pourrait bien fusionner avec la dépression occidentale du bloc et lui conférer des caractéristiques de dépression subtropicales. Á l’autre extrémité du bloc, la situation devrait rester critiques durant les prochains jours comme le laisse présager la modélisation EFI de l’ECMWF pour demain (figure 7) d’après laquelle des précipitations dépassant le quantile 99 de la distribution climatologique sont quasiment certaines.