J'ai été engagé le 1er octobre 1987 à MétéoSuisse, qui s'appelait à l'époque l'Institut Suisse de Météorologie. Mes études en physique ne me destinaient pas à cette profession, mais mon père ayant lui-même été prévisionniste à l'ISM dans les années 1960, l'idée a fait son chemin. Au fil des années, j'ai apprécié de plus en plus cette science proche de la nature. Après avoir passé 5 mois à Reading (Angleterre) au "Met. Office College", l'école de météorologie du service national britannique, j'ai commencé mon travail de prévisionniste en pensant utiliser les théories que l'on m'avait apprises en Angleterre. Le centre de prévision se trouvait alors au 3e étage de l'aéroport de Genève. Lors d'une situation de brouillard, j'ai sorti des émagrammes, selon la méthode anglaise pour en calculer la dissipation. Un collègue m'a alors déclaré : "ça ne marche pas ici, la piste de l'aéroport est mouillée, il ne se lèvera pas". J'ai alors compris l'importance des conditions locales.

A l'époque, nous pouvions visionner des images Météosat toutes les demi-heures et des images radar toutes les 15 minutes (seuls 2 radars étaient alors disponibles). Le modèle ECMWF avait une résolution de 160 km, nous ne pouvions pas distinguer le Jura des Alpes, le point de grille situé à Sion avait une altitude de 1500 m. Nous avions toutefois déjà un réseau de mesure ASTA avec des données automatiques toutes les 10 minutes.

Les ordinateurs étaient rudimentaires, le traitement de texte sommaire. Lorsque nous voulions commander des données de temps passé, un collaborateur devait installer des bandes magnétiques à Zurich.
Les journées démarraient à 4h50, nous passions une heure à analyser la situation, dessiner les cartes synoptiques, et les cartes en altitude, étudier les sondages etc... nous pouvions alors élaborer nos bulletins et prévisions d'aéroport (TAF).
Outre la salle de prévision, MétéoSuisse Genève était aussi constitué d'un briefing aéronautique au rez de chaussée de l'aéroport ainsi que d'un poste d'observation en bout de piste, le long de la route de Colovrex.

Après quelques années de pratique, je suis retourné quelque temps en Angleterre pour rédiger une thèse sur les "conveyor belt" (ceintures d'écoulement). C'est là que j'ai rencontré ma future épouse.
Au cours de mes années de service, j'ai constaté la rapide évolution technologique dans le domaine de la météorologie. L'évolution de l'informatique a permis aux modèles numériques de devenir de plus en plus performants. Lorsque les images satellites ont été assimilées, la qualité du modèle ECMWF a fait un bond en avant. La taille de la grille du modèle s'est réduite régulièrement et le nombre de niveaux a augmenté. Depuis 1987, nous avons gagné 4 jours de prévision (pour une fiabilité équivalente). La prévision ensembliste a fait son apparition, ce qui a permis d'assortir des probabilités aux prévisions. Les modèles locaux ont aussi fait leur apparition, d'abord le Swiss Model (SM) puis aLMo (alpine Model), COSMO et maintenant ICON. Les images satellites ont aussi beaucoup évolué, avec de nombreux canaux qui permettent la visualisation de phénomènes qui n'étaient pas visibles auparavant (il n'y avait que 3 canaux), la résolution spatio-temporelle s'est aussi bien améliorée.

Nous disposons de 5 radars qui permettent de mieux détecter les phénomènes météorologiques. Comparée aux débuts, la profession a beaucoup changé. Le public dispose de beaucoup de données sur intranet et smartphone, la qualité des prévisions est devenue très bonne. Les appels du grand public ont de ce fait diminué. Notre activité se concentre sur les alertes, le conseil aux autorités et à l'aéroport de Genève.
Aujourd'hui, les outils informatiques permettent d'analyser une quantité de données de plus en plus importante, grâce à un outil de visualisation appelé NinJo, Les observations et les modèles peuvent être visualisés en quelques clics sur la planète entière. La fréquence des images radar permettent de détecter plus rapidement les cellules orageuses.
