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Entre la canicule autour de la Méditerranée et le froid sur le Nord de l‘Europe

MétéoSuisse-Blog | 04 août 2023
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Une partie de l'Europe connaît depuis trois semaines un temps maussade, qui s’explique par le déplacement du jet-stream : pas de quoi remettre en question la réalité du dérèglement climatique.

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La planète brûle, mais de nombreux Européens ont froid. Tel est le paradoxe d’un été 2023 contrasté. Le mois de juillet est marqué, d’un côté, par des températures caniculaires sur le pourtour méditerranéen – ainsi que par des incendies spectaculaires en Sicile et en Grèce, amenant l’ONU à déclarer le début de « l’ère de l’ébullition mondiale » ; de l’autre, par un temps maussade, frais et souvent pluvieux sur la moitié nord du continent.

Cependant ce contraste ne contredit pas les connaissances scientifiques en matière de réchauffement du climat ni ne minimise la gravité de la situation.

Des températures fraîches sur une partie de l'Europe

Ce contraste est dû au courant-jet (jet stream en anglais), qui traverse le globe d’ouest en est dans la haute atmosphère (vers 9 à 10'000 m d’altitude). Il se forme entre les masses d’air polaire et les masses d’air tropical et permet la formation de perturbations qui nous apportent vents et précipitations. En général, en été, il transite au niveau de la Scandinavie, mais pas cette année, où le jet circule bien plus au sud.

Le résultat est que la température a nettement baissé au courant de la deuxième quinzaine de juillet, alors que le courant-jet entraînait de l’air polaire sur une bonne partie de l’Europe.

Le déplacement du courant-jet fait partie de la variabilité des conditions météorologiques. Il n’était pas particulièrement anticipé pour cet été, bien que l’on connaisse régulièrement des périodes plus fraîches en été à nos latitudes.

Entre le 1 juillet et le 15 août, il arrive fréquemment que de la neige soit mesurée au-dessus de 2500 mètres dans nos régions, comme cela sera sans doute le cas entre dimanche et lundi. On constate cependant les cumuls de neige fraîche mesurés en plein été en montagne ont tendance à diminuer.

On attend que le jet remonte vers le nord de l’Europe à partir de la deuxième semaine d’août, entraînant un retour aux normales saisonnière.

Déplacement du courant-jet et dérèglement climatique

Il est trop tôt pour affirmer que la situation de cet été est directement liée au changement du climat ; pour cela, il faut des études d’attribution complexes, ainsi qu’une répétition du phénomène sur plusieurs étés. En effet, il faut du recul pour faire le tri entre les phénomènes météorologiques de court terme, liés aux flux atmosphériques de l’air et du vent et les phénomènes climatiques de fond, qui pourraient être nouveaux.

Cependant, l’idée que le courant-jet est influencé par le dérèglement climatique n’est en tout cas pas à écarter, puisque le jet se déplace en fonction de l’évolution des contrastes de température. Une étude de l’université de Pennsylvanie a montré en 2022 que le bouleversement climatique provoquait une modification de son comportement : le contraste thermique entre le grand Nord et les régions tempérées diminuant, le courant-jet perd de l’intensité et a ainsi tendance à faire des méandres, comme un rivière lorsque la pente est peu forte, ce qui accentue sa propension à changer de latitude et à se rapprocher de régions qui ne sont pas touchées habituellement.

Un été plus frais que d'habitude ?

Au niveau mondial cet été n'a pas été plus frais que d'habitude : au contraire le mois de juillet 2023 est sans doute le plus chaud jamais enregistré à l'échelle du globe. L’Italie, la Grèce, la Turquie, la Tunisie et l’Algérie ont été confrontées, dans la deuxième partie du mois de juillet, à des températures extrêmes, avec des pointes à 48,2 °C à Jerzu (Sardaigne), 47,8 °C à Syracuse (Sicile), 48,7 °C à Alger, 49 °C à Tunis, et des incendies se sont déclarés en Croatie, au Portugal et en Bulgarie.

Bien qu’il soit attendu qu’il fasse chaud en été dans ces régions du monde, et des températures très élevées y ont déjà été enregistrées, cependant le fait que « les été très chauds se produisent de plus en plus fréquemment, avec de plus en plus d’amplitude, est caractéristique du changement climatique », estime l’océanographe et climatologue Julie Deshayes, qui y voit « un aperçu du climat du futur », avec des vagues de chaleur de plus en plus intenses et fréquentes.

Pour la Suisse, l’été 2023 devrait se retrouver parmi les 10 étés les plus chauds enregistrés, probablement à la cinquième place. Le mois du juillet quant à lui, malgré l'impression contrastée qu'il a pu laisser, se place tout de même au dixième rang des étés les plus chauds depuis 1861 à l'échelle de la Suisse.

À quoi se fier pour se rendre compte du réchauffement climatique ?

Pas à la météo locale, car celle-ci est par définition changeante, et de nombreux phénomènes de court terme masquent les bouleversements de long terme. Un paramètre témoigne toutefois de manière incontestable du réchauffement climatique : les températures océaniques. En effet, les océans captent une grande partie de la chaleur atmosphérique ; et puisque, contrairement à l’air, ils sont moins exposés aux dynamiques atmosphériques contradictoires, ils conservent cette chaleur plus longtemps. « C’est un meilleur indicateur du réchauffement climatique », atteste Julie Deshayes. Or, à la fin de juillet, les températures de la mer Méditerranée et de l’Atlantique Nord ont atteint des niveaux record.

Basé sur l'article de William Audureau dans Le Monde.