· Les scénarios climatiques présentent un éventail de futurs climatiques possibles et mettent en évidence les conséquences de différentes trajectoires d'émissions et évolutions sociétales.
· Même les trajectoires d'émissions peu probables sont importantes pour évaluer les risques, les évolutions extrêmes et les incertitudes, et servent ainsi de base à la planification.
· Les niveaux de réchauffement, tels qu’utilisés dans les scénarios climatiques suisses CH2025, constituent une base de décision solide, indépendamment du scénario et de la vitesse du réchauffement.
Les scénarios climatiques permettent de déterminer quels changements climatiques sont à prévoir au cours des prochaines décennies en fonction de différents niveaux d'émissions de gaz à effet de serre. Ces scénarios n’expriment pas une probabilité, mais visent uniquement à répondre à des questions telles que "que se passerait-il ?". Ils permettent plutôt de comparer différentes trajectoires potentielles et servent de base à des décisions de planification solides en matière d’adaptation ou d’atténuation des changements climatiques en Suisse.
L'élaboration de scénarios climatiques, tels que Climat CH2025 pour la Suisse, repose sur une chaîne de processus complexe. Les différentes trajectoires de concentrations de gaz à effet de serre (RCP, Representative Concentration Pathways) ainsi que des trajectoires socio-économiques communes (SSP, Shared Socioeconomic Pathways) décrivent les évolutions futures possibles des concentrations mondiales de gaz à effet de serre et des conditions-cadres sociales, économiques et technologiques. Ils constituent la base à des modèles climatiques globaux qui simulent l’évolution climatique mondiale. Vous trouverez une explication plus détaillée de cette chaîne de processus dans notre vidéo.

Les scénarios climatiques utilisent plusieurs combinaisons SSP-RCP avec différents niveaux d'émissions, afin d’envisager toute une série d'évolutions possibles. Ils s'appuient sur différents scénarios socio-économiques et climatiques (Trajectoires socio-économiques partagées). La figure 2 présente les scénarios d'émissions et de concentrations utilisés, entre autres, dans le sixième rapport d'évaluation du GIEC.
Ces trajectoires sont régulièrement évaluées en fonction de leur plausibilité au regard des évolutions politiques et techniques mondiales actuelles. Une étude récemment publiée a classé ces trajectoires d'émissions pour la dernière génération de simulations climatiques mondiales. Le scénario à fortes émissions RCP8.5 ou SSP5-8.5 est désormais considéré comme improbable, car les énergies renouvelables deviennent moins chères, des mesures visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre sont mises en œuvre et les émissions augmentent moins fortement qu'on ne le pensait auparavant. Dans le même temps, les scénarios à très faibles émissions sont également considérés comme obsolètes au regard de l'évolution observée. Lors de l’évaluation des risques, il est donc important d'utiliser ces scénarios comme des outils permettant de connaître l'éventail des évolutions plausibles. En fonction du niveau de protection requis, les décideurs peuvent ensuite fonder leurs planifications sur différents scénarios futurs au sein de cette fourchette.

Le scénario SSP5-8.5 décrit une trajectoire caractérisée par des émissions de gaz à effet de serre très élevées. Contrairement à une interprétation erronée largement répandue, le scénario SSP5-8.5 ne correspond pas à une trajectoire de «business-as-usual», mais suppose une augmentation des investissements dans les énergies fossiles. Ce scénario n'a pas été conçu comme « l'avenir le plus probable », mais pour montrer quels effets pourraient se produire en cas de changements climatiques particulièrement marqués. Le SSP5-8.5 reste également important pour les applications scientifiques. Avec des émissions plus élevées, le signal climatique se distingue plus clairement des fluctuations naturelles, ce qui facilite l'analyse des différences entre les modèles et des incertitudes. De plus, les effets pour des niveaux de réchauffement modérés (par exemple 1,5 °C ou 2 °C de réchauffement global, explication ci-dessous) peuvent être déduits de manière plus fiable à partir de simulations d’un scénario à fortes émissions (tel que le SSP5-8.5), plutôt qu’en extrapolant les résultats de scénarios modérés.
La dernière génération de scénarios climatiques suisses «Climat CH2025» décrit l'évolution possible du climat suisse pour différents niveaux de réchauffement climatique. Ces scénarios décrivent l’état du climat qui s’installera en Suisse dès que la température moyenne mondiale aura augmenté de 1,5 °C, 2 °C ou 3 °C par rapport au niveau préindustriel de 1871-1900. Il est ainsi possible de montrer les effets de l’augmentation de la température mondiale sur le climat suisse indépendamment des scénarios d’émissions. Cette approche suit la méthodologie du sixième rapport d'évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) et offre plusieurs avantages pour les applications pratiques :
Indépendance temporelle : les niveaux de réchauffement se concentrent sur les effets physiques associés à un réchauffement climatique donné, quel que soit le moment où ce niveau est atteint.
Lien direct avec la protection du climat : les niveaux de réchauffement illustrent les impacts qui peuvent être évités en réduisant les émissions, sans les attribuer à un scénario d'émissions spécifique, et peuvent être directement associés à l'Accord de Paris sur le climat.
Communication claire : se concentrer sur les niveaux de réchauffement plutôt que sur les scénarios d'émissions facilite la communication avec les décideurs.
Lien plus direct avec la pratique : la discussion passe des scénarios d'émissions individuels aux conséquences climatiques des différents niveaux de réchauffement.

Le moment où un certain niveau de réchauffement sera atteint dépend de l'évolution future des émissions de gaz à effet de serre. Si les émissions continuent d'augmenter ou restent élevées pendant une longue période, il est plus probable que les niveaux de réchauffement les plus élevés soient atteints plus tôt. En revanche, une baisse des émissions peut retarder ou empêcher leur atteinte. Tant que la communauté internationale ne réduira pas les émissions à zéro net, le climat mondial continuera de se réchauffer. Un réchauffement de 1,5 °C (objectif de l’Accord de Paris sur le climat) est considéré comme pratiquement inévitable en raison des émissions passées et sera atteint d'ici quelques années. Selon les mesures actuellement prévues pour réduire les émissions mondiales, le monde se dirige vers un réchauffement d'environ 3 °C d'ici la fin du siècle.
Divers rapports, données et graphiques sont disponibles dans le cadre des scénarios climatiques suisses. Ces informations et données sont disponibles pour différents niveaux de réchauffement climatique et constituent la base de l'adaptation au changement climatique en Suisse. Elles permettent de prendre des décisions scientifiquement fondées en matière d'adaptation et de protection du climat.
Le Réseau d'adaptation au changement climatique a récemment publié quelques recommandations visant à garantir une utilisation uniforme des scénarios climatiques « Climat CH2025 » dans le cadre de l'adaptation. Le scénario du « monde à 3 degrés » est présenté comme une base réaliste permettant de maintenir le niveau de sécurité souhaité dans la planification à moyen et long terme.
Sources des données de la fig. 2 : (Source : MétéoSuisse, adapté de Meinshausen et al., GMD, 2017 https://doi.org/10.5194/gmd-10-2057-2017) ; NOAA (Lan, X., Tans, P. et K.W. Thoning : Trends in globally-averaged CO2 determined from NOAA Global Monitoring Laboratory measurements. Version 2026-05 https://doi.org/10.15138/9N0H-ZH07), Meinshausen et al., GMD, 2020 (https://doi.org/10.5194/gmd-2019-222), Résumé technique du GIEC AR6, figure TS.4, Riahi et al., 2017 (https://ssp.apps.ece.iiasa.ac.at/), Global Carbon Budget (2025) – avec un traitement majeur par Our World in Data)