Après une période anticyclonique qui nous accompagne depuis fin février, des conditions plus dépressionnaires avec un courant d’ouest se mettent en place cette semaine. Un premier front froid modérément actif va traverser la Suisse dans la nuit de mercredi à jeudi. Un temps à nouveau ensoleillé, sec et doux est attendu pour les journées de jeudi et vendredi à la faveur d’une dorsale anticyclonique.
Entre vendredi soir et samedi, un couloir dépressionnaire (ou talweg) va s’étendre sur la France. Il provoquera une nette baisse des températures (en bleu sur la figure 1 ci-dessous) et apportera des précipitations, surtout en Suisse romande et au Sud des Alpes. En s’étendant vers le sud, ce couloir dépressionnaire permettra la formation d’une nouvelle dépression sur le golfe du Lion. Cela va donc freiner la progression du front froid en direction de l’est. La configuration du talweg et la formation de cette dépression sur la Méditerranée auront une influence sur la température, le vent et les cumuls de précipitations. Ces trois paramètres seront déterminants pour l’évolution de la limite pluie-neige. C’est ce que nous allons analyser dans le paragraphe suivant.

Une chose est sûre, la température va nettement baisser au passage du front entre vendredi soir et samedi. La baisse sera de près de 10 °C en quelques heures pour la masse d’air vers 1500 m. Les précipitations vont principalement se produire dans l’air froid, ce qui permettra à la neige de faire son retour en montagne.
Le vent de sud-ouest sera modéré vendredi à l’avant du front, ce qui favorisera une grande douceur à toutes les altitudes avec des températures particulièrement élevées pour la saison (comme c’est le cas depuis fin février). Après un probable coup de joran au pied du Jura, tôt, samedi, le creusement de la dépression sur la Méditerranée fera tomber le vent et inversera même le courant à basse altitude avec une tendance à la bise sur le Plateau samedi après-midi.

L’absence de vent de sud-ouest en plaine et de l’air suffisamment froid en altitude sont deux éléments favorables à une situation d’isothermie avec de la neige à basse altitude. Toutefois, pour que le phénomène d’isothermie se mette en place, il faut que les précipitations soient suffisamment durables et intenses. Cela ne semble pas être le cas selon les prévisions actuelles, les précipitations ne semblent pas être suffisamment importantes pour permettre un refroidissement de la colonne d’air jusqu’en bas.
La figure 3 ci-dessous montre l’évolution probable de la limite du 0 °C, de la limite des chutes de neige et des cumuls horaires de précipitations à Mathod (à Côté d’Yverdon-les-Bains). On observe une baisse rapide de l’altitude du 0 °C et de la limite pluie-neige avec les premières précipitations. Le 0 °C se stabiliserait vers 900 m et la limite pluie-neige vers 600-700 m. Les intensités de précipitations (~0,5 mm/h) ne sont pas suffisamment fortes pour un abaissement de la limite des chutes de neige jusqu’en plaine. Dans cette situation, des cumuls de neige au-dessus de 700 à 800 m sont probables.
Les cumuls de pluie et de neige sont encore incertains. La figure 4 ci-dessous montre les cumuls de précipitations sous forme solide (neige) pour la journée de samedi. Aucun scénario ne voit la neige réellement s’abaisser jusqu’en plaine, mais les cumuls de neige fraîche en montagne varient encore beaucoup d’un scénario à l’autre. Ils vont d’un saupoudrage pour certains scénarios à plus de 20 cm pour d’autres. 10 à 15 cm de neige fraîche pourraient tomber au-dessus de 1000 m environ selon le scénario médian.
Ce refroidissement n’a rien d’exceptionnel pour une mi-mars, mais il permettra de ramener les températures à un niveau plus proche des valeurs de saison. En raison de la végétation qui est très en avance, il faudra surveiller le risque de gel les jours suivants.