La côte Est des États-Unis a été touchée par une tempête de neige durant la journée de lundi. Cette situation est appelée "nor’easter" en raison des forts vents du nord-est. On parle parfois aussi de tempête du Cap Hatteras (pointe est de la Caroline du Nord). C’est à cet endroit que les dépressions s’intensifient en longeant la côte Est en direction du nord, là où l’air froid continental rencontre l’air doux océanique.
La combinaison entre l’air froid entraîné sur le flanc ouest de la dépression et l’air humide en provenance de l’Atlantique génère de fortes précipitations sous forme de neige jusqu’au bord de la mer. Ces chutes de neige associées au fort vent de nord-est engendrent des conditions de blizzard. L’animation ci-dessous (figure 1) montre l’évolution de la pression réduite au niveau de la mer, avec la dépression longeant la côte est, et la température vers 1500 m, avec l’air froid entraîné depuis le nord sur le flanc occidental de la dépression.

Ces tempêtes de neige font notamment parler d’elles parce qu’elles touchent une région densément peuplée. La tempête de lundi a concerné un bassin de population d’environ 40 millions de personnes. D’autres régions du monde sont aussi touchées par des tempêtes de neige similaires, mais les conséquences sont moins importantes si ces régions sont relativement peu peuplées. Par exemple, les chutes de neige qui ont touché la région du Kamtchatka en Russie en janvier ont certes été très impressionnantes, mais cette région est nettement moins peuplée (moins de 300'000 habitants) que l’est des États-Unis.
C’est la région entre Philadelphie et Boston qui a été le plus touchée. 48 cm de neige fraîche ont été mesurés à Central Park à New York. Les cumuls les plus importants ont été observés dans l’état de Rhode Island (au sud de Boston). Dans la ville de Providence, il est tombé 96 cm de neige fraîche en 24 heures. Il s’agirait même d’un record pour les dernières décennies, devant les 72 cm mesurés lors d’un blizzard en février 1978.

Bien que les quantités de neige aient atteint régionalement un niveau record, ce genre de situation est plutôt classique dans cette région du monde. La configuration au carrefour de l’air froid continental et de l’air humide océanique est idéale pour de fortes chutes de neige. À l’inverse, l’Europe de l’Ouest est le plus souvent sous l’influence d’un courant d’ouest océanique humide et doux. Cela permet de fortes chutes de neige en montagne comme la semaine dernière, mais pas en plaine. La combinaison entre de l’air continental froid (venant de l’Europe de l’Est et de la Russie) et de l’air humide provenant de l’Atlantique ou de la Méditerranée est nettement plus rare en Suisse.
Plus d’explications sur la différence entre le climat nord-américain et européen sont disponibles dans un blog de janvier 2023.
Cette dépression est-américaine va prendre la direction de l’Islande au cours de la semaine. Le front froid associé va traverser l’Atlantique et nous toucher d’une manière très atténuée samedi. Il provoquera tout au plus quelques faibles pluies et une légère baisse des températures. Elles passeront d’un niveau très élevé à un niveau élevé pour la saison. L’animation ci-dessous permet d’identifier le front froid à l’aide de l’humidité relative (en vert), sa trajectoire approximative est illustrée par le traitillé bleu.
