"Rupture" saisonnière
Comme une hirondelle ne fait pas le printemps, un épisode de douceur ne signe pas forcément l'arrivée du printemps. Il faut comprendre que la différence entre l'hiver et le printemps n'est pas uniquement une simple question de température. En fait, le printemps ne se caractérise pas seulement par des températures généralement plus élevées que l'hiver, mais aussi par la manière dont les couches d'air sont agencées par rapport à l'hiver. Durant les mois de décembre et janvier, le soleil est bas sur l'horizon et les journées sont courtes. Ceci induit une tendance au refroidissement des couches d'air à proximité du sol et à la formation de fortes inversions de températures entre ces couches d'air proches du sol et celles situées juste au-dessus. C'est cette configuration qui est à l'origine des fréquents stratus et brouillards qui occupent bien souvent les régions de plaine alors que la moyenne montagne jouit d'un temps ensoleillé et doux. Vers la deuxième quinzaine de février, à la faveur d'un soleil de plus en plus haut dans le ciel et d'une durée du jour en rapide augmentation, cet agencement change. Les couches d'air proches du sol se réchauffent alors que la moyenne montagne tend à devenir plus froide que les plaines. Par conséquent, les inversions de températures disparaissent peu à peu ou se limitent aux premières heures du matin. Ces inversions plus rares et éphémères limitent aussi la formation des grisailles stratiformes, pain noir des journées hivernales. Parallèlement, ce changement de stratification des couches d'air que l'on observe en fin d'hiver donne lieu à des mouvements convectifs à l'origine de la formation de cumulus sur les crêtes. De manière générale, le ciel perd de son uniformité en se "cumuliformisant" et l'atmosphère gagne en limpidité.
Ainsi, même si dans les semaines, voire les mois à venir, d'éventuelles descentes d'air polaire devaient entraîner une chute drastique de la température et même de la neige jusqu'en plaine, il serait quelque peu abusif de parler d'un vrai retour de l'hiver, un peu comme pour cette boisson qui ressemble à de l'alcool, qui a le goût de l'alcool, mais qui n'est pas de l'alcool. Ici, nous aurions une situation qui ressemble à l'hiver, qui a le froid de l'hiver, mais qui n'est pas de l'hiver car il manque la stratification de l'air propre à la saison froide. D'ailleurs, ces retours de froid intempestifs, parfois dévastateurs pour l'agriculture et l'arboriculture, font en réalité partie intégrante du "pack printemps" que vous avez souscrit, mais écrit en petits caractères.