Le point sur les concentrations polliniques

3 avril 2020, 2 Commentaire(s)
Thèmes: Météo

Voici "Betula", "bouleau" pour les intimes, et ses fleurs mâles... Sa majesté - pour belle qu'elle soit - renferme pourtant dans ses étamines un pollen redoutable, parmi les plus allergènes qui soient en saison printanière sous nos latitudes. L'article du jour fait le point sur les concentrations polliniques actuelles et à venir.

Petit coup d'oeil dans le rétroviseur

Ce n'est pas un secret pour les personnes allergiques, mais peut-être pour tous les autres : la végétation est en avance cette année, et elle frappe fort en terme de concentrations polliniques. Le régime de pluie un peu particulier qui a prévalu depuis le début de l'année - à savoir de longues périodes ensoleillées et sèches entrecoupées de copieux arrosages - a d'une part fourni suffisamment d'eau pour autoriser une croissance rapide, mais également des périodes sèches assez longues pour ne pas "laver" le pollen présent dans l'atmosphère. Les cartes ci-dessous montrent l'exemple du pollen d'aune dont le comportement cette année n'est pas sans rappeler celui du capitaine Haddock dans son ascension du Tibet : parti beaucoup trop tôt et beaucoup trop fort, il s'est effondré au moment où il aurait dû donner sa pleine mesure.

Affichage aggrandi: Le graphique du haut montre l'évolution des concentrations polliniques de l'aune de janvier à fin mars (en nombre de grains par mètre cube) pour quatre stations de plaine. Le graphique du bas montre les cumuls journaliers de précipitations pour Berne et Genève durant la même période. Les zones en rouge délimitent les périodes de précipitations (assez soutenues si l'on considère l'échelle de gauche), lesquelles coïncident avec des baisses notables de concentrations.
Le graphique du haut montre l'évolution des concentrations polliniques de l'aune de janvier à fin mars (en nombre de grains par mètre cube) pour quatre stations de plaine. Le graphique du bas montre les cumuls journaliers de précipitations pour Berne et Genève durant la même période. Les zones en rouge délimitent les périodes de précipitations (assez soutenues si l'on considère l'échelle de gauche), lesquelles coïncident avec des baisses notables de concentrations.
Source : MétéoSuisse

Que nous réserve la suite ?

Durant la saison printanière, les types de pollens allergisants sont essentiellement des pollens d'arbres ; en été, ce sont plutôt des pollens d'herbes, notamment de graminées, mais également d'ambroisie et d'armoise. Parmi les arbres, deux en particulier font figures d'épouvantails : le frêne et surtout le bouleau (image d'ouverture). Au nord des Alpes, le pic de floraison du frêne est habituellement atteint entre fin mars et début avril et celui du boulot mi-avril. Or il se trouve que le frêne a été pris à mi-mars déjà d'une véritable frénésie de croissance et de pollinisation, suivant en cela le même comportement que les essences qui l'ont précédé en janvier et février : trop tôt, trop fort. Plusieurs records ont été battus, notamment le 20 mars avec 1127 grains par mètre cube à Genève et 856 à à Zürich. A l'aube d'une longue période véritablement printanière coïncidant avec sa période normale de floraison, le frêne a-t-il déjà tiré toutes ses cartouches ? C'est possible, mais pas certain, raison pour laquelle nous tablons encore dans notre prévision pollinique de ces prochains jours sur des concentrations fortes à très fortes.

Affichage aggrandi: Evolution des concentrations de pollen de frêne pour l'année en cours (ligne rouge) et climatologie de cette évolution (plages grises, la ligne grise représentant la norme (médiane de la distribution) ). On constate que les concentrations de pollen de frêne ont littéralement explosé à la faveur de la longue période anticyclonique de mi-mars, puis ont notablement baissé en raison de la période plus froide de fin mars. Ces concentrations sont à nouveau en hausse actuellement.
Evolution des concentrations de pollen de frêne pour l'année en cours (ligne rouge) et climatologie de cette évolution (plages grises, la ligne grise représentant la norme (médiane de la distribution) ). On constate que les concentrations de pollen de frêne ont littéralement explosé à la faveur de la longue période anticyclonique de mi-mars, puis ont notablement baissé en raison de la période plus froide de fin mars. Ces concentrations sont à nouveau en hausse actuellement.
Source : MétéoSuisse

Pour les personnes allergiques toutefois, tout cela fera figure d'amuse-bouches en regard de ce que leur réserve "Betula". En effet, le bouleau n'a pour l'heure pas vraiment pu profiter de la période anticyclonique en cours ; lorsqu'il faisait chaud à la mi-mars, ses fleurs (appelées "chatons") n'étaient décidément pas prêtes, et quand elles le furent, il a fait trop froid. Compte tenu des prévisions de températures de ces prochains jours, nous sommes donc actuellement à la veille d'une explosion généralisée de pollen de bouleau durant laquelle de nombreux records promettent d'être battus. Les graphiques et cartes ci-dessous montrent l'évolution des concentrations de pollen de bouleau depuis le début de l'année et jusqu'au dimanche 29 mars. Pour info, les relevés sont fait une fois par semaine, mais leur granularité est journalière.

Affichage aggrandi: Evolution des concentrations de pollen de bouleau à Genève depuis le début de l'année (ligne rouge : année en cours ; ligne grise et plages grises : médiane et quantiles de la distribution ; lignes pointillées : valeurs records)
Evolution des concentrations de pollen de bouleau à Genève depuis le début de l'année (ligne rouge : année en cours ; ligne grise et plages grises : médiane et quantiles de la distribution ; lignes pointillées : valeurs records)
Source : MétéoSuisse

Alors que faire ?

Comme vous pouvez le constater sur la carte ci-dessus, les concentrations de pollen de bouleau sont nettement moindres en montagne, c'est donc là qu'il faut vous rendre si l'appel du large est irrésistible. Mais par les temps qui courent, il y a mieux à faire : rester chez vous. C'est ce que nous rappelle le Conseil Fédéral et l'OFSP, injonction que nous nous faisons un devoir de relayer. Cela devrait vous être plus facile si vous êtes allergiques.

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Commentaires (2)

  1. Claude Guignard, 04.04.2020, 00:12

    Décidément ce début d'année ne correspond à rien de déjà connu. Avec des situations météo hors normes, la végétation ne sait plus à quoi se tenir. Elle fleurit trop tôt, ou trop tard, ou trop abondamment.
    Rien ne va plus... Et pour nous ce n'est pas mieux. Alors restons confinés malgré le temps de Pâques qui d'ores et déjà s'annonce exceptionnellement beau. Mais finalement cela vaut mieux qu'un temps hivernal...

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  2. Marcus, 03.04.2020, 20:03

    Oui Betula !
    Venant de scientifiques je trouve courtois de démocratiser la nomenclature internationale...
    Et ça évite de se gratter la tête devant ash ou birch sur un graph en englais dans un blog français !

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