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Mars 2022 au niveau mondial

11 avril 2022, 4 Commentaire(s)
Thèmes: Climat

Selon les données du service européen Copernicus, la température moyenne mondiale en mars 2022 a été supérieure d'environ 0,4 °C à la moyenne 1991-2020, ce qui en fait le cinquième mois de mars le plus chaud jamais enregistré. Dans l'ensemble de l'Europe, mars 2022 a été environ 0,3 °C plus froid que la moyenne, ce qui en fait le moins doux depuis 2018. La plupart des pays européens ont été plus secs que la moyenne. La péninsule Ibérique a fait exception, où des conditions plus humides que la moyenne ont contrasté de manière frappante avec la sécheresse observée depuis le début de l’hiver météorologique.

Figure 1. Distribution mondiale de la température en mars 2022. L’écart (en °C) à la norme 1991-2020 est représenté. Source : Copernicus
Figure 1. Distribution mondiale de la température en mars 2022. L’écart (en °C) à la norme 1991-2020 est représenté. Source : Copernicus

Contraste thermique au-dessus de l’Europe

En mars 2022, les anomalies de température ont été très contrastées en Europe. Des conditions plus chaudes que la moyenne ont été observées dans le nord et le nord-ouest de l'Europe. C’est du côté du nord de la Norvège que les anomalies les plus chaudes ont été enregistrées. En revanche, le sud de l'Europe a connu des conditions plus froides que la moyenne. La Grèce et surtout la Turquie ont connu les anomalies les plus froides.

Les anomalies de température moyenne européenne sont généralement plus importantes et plus variables que les anomalies mondiales. En mars 2022, la température moyenne européenne a été inférieure de 0,3 °C à la moyenne de la période 1991-2020. Il s’agit du troisième mois de mars le plus froid des dix dernières années et le plus froid depuis 2018.

Affichage aggrandi: Figure 2. Répartition spatiale de la température en mars 2022 en Europe. L’écart (en °C) à la norme 1991-2020 est représenté. Source : Copernicus
Figure 2. Répartition spatiale de la température en mars 2022 en Europe. L’écart (en °C) à la norme 1991-2020 est représenté. Source : Copernicus

Ailleurs dans le monde

L'anomalie froide dans le sud-est de l'Europe s'est étendue à l'Afrique du Nord, au Moyen-Orient, au Caucase et à la Russie. Des conditions plus froides que la moyenne ont également été observées dans le nord-ouest et le sud de l'Afrique, dans une vaste zone de l'Amérique du Sud, dans les montagnes Rocheuses des Etats-Unis et dans le centre du Canada.

Des températures supérieures à la normale ont été enregistrées dans une région allant de l'Iran à la Chine en passant par l'Inde. L'Inde a notamment connu son mois de mars le plus chaud depuis 122 ans. Des conditions plus chaudes que la moyenne ont également été observées dans le nord de l'Australie, en Afrique centrale, le long de la côte Pacifique de l'Amérique du Nord et dans l'est des Etats-Unis.

L'Arctique a connu des températures plus chaudes que la moyenne, les anomalies positives les plus importantes ayant été relevées dans le secteur de l'Atlantique Est, du Svalbard à la Nouvelle-Zemble. L'Antarctique a également connu un redoux exceptionnel, avec des températures bien supérieures à la moyenne. A Vostok, par exemple, la température a atteint -17,7 °C, ce qui constitue la température la moins basse mesurée en mars à cet endroit depuis le début des mesures il y a 65 ans.

Au niveau mondial, mars 2022 a été 0,39 °C plus chaud que la moyenne 1991-2020. Il s’agit du cinquième mois de mars le plus chaud jamais enregistré, derrière 2016, 2019, 2017 et 2020. Mars 2022 a été environ 0,2 °C moins chaud que le mois de mars le plus chaud en 2016.

Conditions sèches au-dessus de l’Europe

En mars 2022, la plupart des pays européens ont connu des conditions plus sèches que la moyenne. Les précipitations ont été nettement inférieures à la moyenne sur le sud-ouest de la Norvège et sur l'arc alpin. Cela a exacerbé la sécheresse persistante dans le nord de l'Italie, notamment dans la vallée du Pô. Dans le sud de la Suède, certaines stations ont enregistré des précipitations extrêmement faibles.

Dans le nord-ouest de la Norvège, en Islande, dans la majeure partie de la Turquie, dans les régions situées au nord-ouest de la mer Caspienne et notamment sur la péninsule Ibérique, les précipitations ont été supérieures à la moyenne. Sur la péninsule Ibérique, des pluies persistantes et des vents violents ont provoqué des inondations et des dégâts dans la région de Valence. Ces conditions plus humides que la moyenne, particulièrement prononcées dans l'est de l'Espagne, ont constitué un contraste marqué avec la sécheresse qui frappait la région depuis le début de l’hiver météorologique.

Affichage aggrandi: Figure 3. Distribution spatiale de l’anomalie des précipitations (en mm/jour) en mars 2022 rapport à la moyenne 1991-2020. Source : Copernicus
Figure 3. Distribution spatiale de l’anomalie des précipitations (en mm/jour) en mars 2022 rapport à la moyenne 1991-2020. Source : Copernicus

Anticyclonique au-dessus de la Scandinavie

Ces conditions sèches sur une bonne partie de l’Europe s’expliquent par la présence de conditions anticycloniques souvent présentes au-dessus de la Scandinavie et jusqu’en Europe centrale, matérialisés par une forte anomalie de géopentiels à 500 hPa (vers 5500 m) (Figure 4).

L’Europe du Sud-Est, située sur le flanc oriental de ces conditions anticycloniques, a subi des incursions continentales froides en provenance de la Russie. En revanche, la péninsule Ibérique a connu des conditions plus dépressionnaires que la moyenne, ce qui explique l’anomalie sur les précipitations. En effet, les dépressions atlantiques gorgées d’humidité sont venues s’écraser contre les hautes pressions scandinaves et ce sont finalement toujours les mêmes régions qui ont été arrosées.  

Affichage aggrandi: Figure 4. Anomalie de géopotentiel (en décamètres) à 500 hPa (pression vers 5500 m) du 1er au 31 mars 2022, par rapport à la période de référence 1991-2020. L’anomalie positive (à tendance anticyclonique) est marquée au-dessus de la Scandinavie et jusqu’à l’Europe centrale. Source : NCEP - NOAA - https://psl.noaa.gov/data/histdata/
Figure 4. Anomalie de géopotentiel (en décamètres) à 500 hPa (pression vers 5500 m) du 1er au 31 mars 2022, par rapport à la période de référence 1991-2020. L’anomalie positive (à tendance anticyclonique) est marquée au-dessus de la Scandinavie et jusqu’à l’Europe centrale. Source : NCEP - NOAA - https://psl.noaa.gov/data/histdata/

Banquise arctique

La moyenne mensuelle de l'étendue de la banquise arctique en mars 2022 a atteint 14,7 millions de km2, soit 0,4 million de km2 (ou 3 %) de moins que la moyenne 1991-2020. Il s'agit de la huitième étendue la plus faible enregistrée en mars par satellite. L'étendue la plus faible de mars s'est produite en 2018 (Figure 5), avec une valeur d'environ 5 % inférieure à la moyenne. Après avoir atteint son maximum annuel début mars, l’étendue de la banquise arctique a commencé à décroître.

Affichage aggrandi: Figure 5. Anomalie de l’étendue de la banquise arctique en mars depuis 1979. Les anomalies sont exprimées en pourcentage de la moyenne de mars pour la période 1991-2020. La moyenne est de 15,1 millions de km2. Source : Copernicus
Figure 5. Anomalie de l’étendue de la banquise arctique en mars depuis 1979. Les anomalies sont exprimées en pourcentage de la moyenne de mars pour la période 1991-2020. La moyenne est de 15,1 millions de km2. Source : Copernicus

Banquise antarctique

En mars 2022, l'étendue de la banquise antarctique a atteint 3,2 millions de km2 en moyenne, soit 1,2 million de km2 (26 %) de moins que la moyenne 1991-2020, commençant sa croissance après avoir atteint son minimum annuel en février. L'étendue mensuelle pour le mois de mars s'est classée au 2e rang des plus faibles depuis le début des observations satellites il y a 44 ans.

Contrairement à l'Arctique, l'Antarctique n'affiche pas de tendance claire à long terme concernant l'étendue de la banquise (Figure 6). Au lieu de cela, les changements de la banquise depuis 1979 ont été dominés par une grande variabilité d'une année à l'autre et par des diminutions ou des augmentations à court terme.

Affichage aggrandi: Figure 6. Anomalie de l’étendue de la banquise antarctique en mars depuis 1979. Les anomalies sont exprimées en pourcentage de la moyenne de mars pour la période 1991-2020. La moyenne est de 4,4 millions km2. Source : Copernicus
Figure 6. Anomalie de l’étendue de la banquise antarctique en mars depuis 1979. Les anomalies sont exprimées en pourcentage de la moyenne de mars pour la période 1991-2020. La moyenne est de 4,4 millions km2. Source : Copernicus

Le bulletin de mars 2022 de Copernicus est disponible en anglais.

Mars 2022 en Suisse

Mars 2022 a été très ensoleillé et extrêmement peu pluvieux en Suisse. Régionalement, il s’agit de l'un des mois de mars les plus ensoleillés et l'un des moins pluvieux depuis le début des mesures. En moyenne nationale, la température s’est située 1 °C au-dessus de la norme 1991-2020.

Affichage aggrandi: Figure 4. Répartition spatiale de la température moyenne en mars 2022, en tant qu’écart (en °C) à la norme 1991-2020. Source : MétéoSuisse
Figure 4. Répartition spatiale de la température moyenne en mars 2022, en tant qu’écart (en °C) à la norme 1991-2020. Source : MétéoSuisse

Le bulletin climatologique de mars 2022 rédigé par MétéoSuisse donne un aperçu complet de la situation en Suisse.

Commentaires (4)

  1. Casper, 12.04.2022, 08:56

    Bonjour,
    Je trouve curieux d’utiliser systématiquement le terme « anomalie » dès que la température ou la pluviométrie diffère de la « moyenne », la moyenne n’étant pas la norme, le terme « écart » serait plus approprié.

  2. Claude Guignard, 11.04.2022, 19:40

    Comme chaque mois, la température, .les précipitations et d'autres éléments climatiques varient en fonction des aléas du climat. Il est intéressant de connaître ces variations mensuelles, locales ou régionales mais, dans la mesure où elles varient de mois en mois et ne persistent pas, elles ne jouent finalement que peu de rôle. Ce qui importe c'est la moyenne de toutes ces variations et, sans surprise, le mois de mars 2022 se révèle plus chaud que la moyenne des dernières années. . Conclusion : le réchauffement climatique se poursuit. Et ce n'est pas sur un seul mois qu'on peut le juger, mais sur une moyenne de mois.

    1. Casper, 12.04.2022, 13:12

      « Le mois de mars 2022 a été 0,3 degrés sous la moyenne 1991-2020 en Europe ce qui en fait le moins doux depuis 2018…. »

    2. MétéoSuisse, 12.04.2022, 13:25

      M. Guignard fait probablement référence à la Suisse, où le mois de mars 2022 a en effet été plus chaud que la norme (Figure 4).