Chaleur et sécheresse extrême en Australie

4 janvier 2020, 18 Commentaire(s)
Thèmes: Météo

En 2019, l’Australie a connu son année la plus chaude et la plus sèche depuis le début des mesures. Le mois de décembre a été particulièrement extrême puisqu’il a été de loin le plus chaud jamais observé en Australie avec une anomalie exceptionnelle de +3,2 °C par rapport à la moyenne 1961-1990. Il a également été le plus sec. Il n’est donc pas étonnant que le pays subisse de violents incendies de grande étendue.

Image prise le 1er janvier 2020 par le satellite Suomi NPP de la NOAA-NASA. Les points rouges montrent les incendies en cours. Entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande (dans l’image, à droite), on aperçoit un nuage de fumée (en couleur ocre). © NASA
Image prise le 1er janvier 2020 par le satellite Suomi NPP de la NOAA-NASA. Les points rouges montrent les incendies en cours. Entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande (dans l’image, à droite), on aperçoit un nuage de fumée (en couleur ocre). © NASA

Des incendies sur le sud-est de l’Australie

Depuis plusieurs semaines, les incendies ont brûlé plus de 55'000 km2. Il s’agit d’une superficie immense, plus grande que le territoire de la Suisse. Les incendies ont surtout touché les Etats du Queensland, de la Nouvelle-Galles-du-Sud et de Victoria, au sud-est de l’Australie. Comme le montre la Figure 1 ci-dessous, certaines régions ont connu le déficit pluviométrique le plus important en 2019 depuis le début des mesures. A cela, des températures remarquablement élevées ont été enregistrées tout au long de l’année et surtout en décembre. 

Affichage aggrandi: Figure 1. Déficit pluviométrique en 2019. En rouge foncé, déficit pluviométrique le plus important depuis le début des mesures. © BOM – Bureau of Meteorology
Figure 1. Déficit pluviométrique en 2019. En rouge foncé, déficit pluviométrique le plus important depuis le début des mesures. © BOM – Bureau of Meteorology

Le mois de décembre le plus chaud et le plus sec depuis le début des mesures

Décembre 2019 est de loin le mois de décembre le plus chaud, avec une anomalie exceptionnelle de +3,2 °C par rapport à la moyenne 1961-1990, devançant très largement décembre 2018 (+2,1 °C) et décembre 1972 (+1,8 °C) (Figure 2).

Le 19 décembre, la température a grimpé jusqu’à 49,9 °C à Nullarbor (Etat d’Australie Méridionale). Jamais il n’avait fait aussi chaud en décembre dans l’hémisphère sud. Cette valeur constitue donc un nouveau record mondial de chaleur pour un mois de décembre. Le précédent record datait de décembre 1972 avec 49,5 °C.

Affichage aggrandi: Figure 2. Ecart à la moyenne 1961-1990 de la températures moyenne en décembre de 1910 à 2019. Avec une anomalie thermique de +3,2 °C, décembre 2019 dépasse très largement décembre 2018 qui avait connu une anomalie thermique de +2,1 °C. © BOM – Bureau of Meteorology
Figure 2. Ecart à la moyenne 1961-1990 de la températures moyenne en décembre de 1910 à 2019. Avec une anomalie thermique de +3,2 °C, décembre 2019 dépasse très largement décembre 2018 qui avait connu une anomalie thermique de +2,1 °C. © BOM – Bureau of Meteorology

Cette chaleur s’est accompagnée de conditions anormalement sèches. Ainsi, l’Australie a non seulement connu son mois de décembre le plus chaud, mais aussi le plus sec depuis le début des mesures (Figure 3).

Affichage aggrandi: Figure 3. Anomalie de la pluviométrie en décembre par rapport à la moyenne 1961-1990 pour l’ensemble de l’Australie. Décembre 2019 est clairement le mois de décembre le plus sec. @BOM – Bureau of Meteorology
Figure 3. Anomalie de la pluviométrie en décembre par rapport à la moyenne 1961-1990 pour l’ensemble de l’Australie. Décembre 2019 est clairement le mois de décembre le plus sec. @BOM – Bureau of Meteorology

2019, l’année la plus chaude et la plus sèche en Australie depuis le début des mesures

L'année 2019 a été la plus chaude jamais observée en Australie, avec une anomalie de température annuelle de +1,5 °C au-dessus de la moyenne 1961-1990, battant l'année 2013 (+1,3 °C). Les cinq années les plus chaudes en Australie se sont toutes produites au 21ème siècle.

Affichage aggrandi: Figure 4. Ecart à la moyenne 1961-1990 de la températures moyenne annuelle de 1910 à 2019. Avec une anomalie thermique de +1,5 °C, 2019 est l’année la plus chaude en Australie depuis le début des mesures, battant l’année 2013 qui avait connu une anomalie thermique de +1,3 °C. Depuis les années 1980, la température annuelle en Australie dépasse régulièrement la moyenne, un signal tangible du réchauffement climatique en cours. @BOM – Bureau of Meteorology
Figure 4. Ecart à la moyenne 1961-1990 de la températures moyenne annuelle de 1910 à 2019. Avec une anomalie thermique de +1,5 °C, 2019 est l’année la plus chaude en Australie depuis le début des mesures, battant l’année 2013 qui avait connu une anomalie thermique de +1,3 °C. Depuis les années 1980, la température annuelle en Australie dépasse régulièrement la moyenne, un signal tangible du réchauffement climatique en cours. @BOM – Bureau of Meteorology

Lien entre ces incendies et le réchauffement climatique

Chaque année, plusieurs milliers d’hectares brûlent en Australie. Le bush, la végétation typique en Australie, est particulièrement inflammable au moment du printemps et de l’été austral lorsque les conditions s’y prêtent. Cet été, en raison de la sécheresse et des températures élevées, les incendies ont été particulièrement précoces et ont pris des proportions gigantesques. Les climatologues s'accordent à dire que le réchauffement climatique rend les conditions encore plus propices à leur propagation.

Encore très chaud en ce début d’année 2020

Le 4 janvier 2020, Canberra, la capitale de l’Australie, a connu un nouveau record absolu de chaleur avec une température de 44,0 °C. Il n’avait donc jamais fait aussi chaud à Canberra depuis le début des mesures (le précédent record était 42,8 °C).

A Penrith, à 55 km à l’ouest de Sydney, la température a grimpé jusqu’à 48,9 °C ce même jour. Il s’agit de la température la plus élevée jamais mesurée dans la zone métropolitaine de Sydney.

Commentaires (18)

  1. Rearden, 05.01.2020, 19:06

    Les incendies en Australie semblent dus à une combinaison de plusieurs facteurs. De plus, l’histoire de ce pays est jalonnée d’incendies dévastateurs. Celui de 1851, par exemple, a brûlé cinq millions d’hectares, celui de 1939 deux millions. Cela n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau, c’est la démographie croissante de ce continent, des habitants qui s’établissent dans des régions à risques. Ce qui est nouveau aussi, c’est la mauvaise gestion des forêts par le gouvernement. Pour qu’un feu démarre, il lui faut du combustible. Et il y en a beaucoup trop sur le sol. L’exemple des eucalyptus est éloquent. Ces arbres sont très appréciés pour l’ombre qu’ils procurent et pour leur effet répulsif envers les insectes. Mais ils sont surnommés les arbres à essence, car ils flambent comme des torches (feuilles au sol, écorce qui se détache en de longues bandes, huile hautement inflammable). Ces arbres sont en pleine expansion, également en Californie où ils sont blâmés pour leur implication dans leur implication dans les incendies également. Par contre, les capsules de leurs graines s’ouvrent sous l’effet de la chaleur et les forêts d’eucalyptus se régénèrent particulièrement vite à la suite d’un incendie, au point d’éclipser les autres arbres. Il s’agit donc de l’ennemi numéro un des pompiers. Ces derniers sont limités dans leurs mouvements en cas d’incendies. Le gouvernement a rendu les forêts impénétrables dans certaines régions, donc les départs de feu inaccessibles (rochers pour empêcher le passage le long des sentiers des parcs nationaux, par exemple). Les gens ont également changé leurs habitudes: davantage de végétation entre les habitations, des toits plus grands, des cultures plus sensibles au feu. Les conditions sont donc réunies pour des incendies de grande ampleur. Ajoutez une sécheresse persistante, des températures élevées, des pyromanes toujours prompts à bouter le feu aux quatre coins du pays, un vent violent et toutes les conditions sont réunies pour des incendies de grande ampleur.

    1. Frank Peter, 07.01.2020, 00:13

      Cher Monsieur. Merci mille fois pour votre commentaire pertinent !

  2. Alice Falquet, 05.01.2020, 18:00

    Bonjour, a-t-on une idée des répercussions possibles, à court ou moyen terme, des incendies en court en Australie sur d'autres régions (Amérique du sud voire Europe). Je pense aux effets que certaines éruptions volcaniques ont pu avoir à grandes distances de leur origine.
    Merci de vos éclairages qui aident à comprendre des phénomėnes complexes et dramatique d'une façon dépassionée.

    1. MétéoSuisse, 05.01.2020, 18:58

      Le lidar du satellite CALIPSO de la NASA a montré que la fumée provoquée par les incendies en Australie est montée jusque vers 18'000 mètres d’altitude, soit dans la stratosphère. La fumée pourrait rester plusieurs semaines dans cette partie de l’atmosphère qui est stable avec potentiellement des impacts climatiques, comme pour les éruptions volcaniques. Cependant, la quantité d’aérosols émise par les incendies semble tout de même moindre que lors d’une forte éruption volcanique comme celle du Pinatubo en 1991. Par ailleurs, le phénomène concerne l’hémisphère Sud.
      Suite à l’éruption volcanique du Pinatubo en 1991, la Terre avait connu un refroidissement général de 0,5 à 0,6 °C pendant 2 à 3 ans. Cela avait donc temporairement ralenti le fort réchauffement climatique observé depuis le début des années 1980.

  3. Sylv1, 05.01.2020, 11:46

    Et en même temps, l'Australie continue d'être le plus grand exportateur de charbon au monde...Qui sème le vent récolte la tempête...

  4. Jacques, 05.01.2020, 10:47

    Et il y a encore des gens qui pensent que le réchauffement climatique est une supercherie

    1. Frank Peter, 07.01.2020, 00:10

      Et les 5 millions d’hectares brûlés le 6 février 1851, c’était aussi le CO2 peut-être ? Merci de me censurer...

    2. MétéoSuisse, 07.01.2020, 15:08

      Ces incendies ne sont pas une cause directe du réchauffement climatique. Cependant, avec une hausse de la température moyenne en Australie, la probabilité d’avoir des records de chaleur augmente (ce qui est le cas actuellement). Ces températures extrêmes (associées à la sécheresse) ne font qu’aggraver la situation sur le front des incendies.

      On peut comparer ceci à la hausse du niveau de la mer liée à la fonte des glaces. Un ouragan qui touche une côte n’est pas le résultat direct du réchauffement climatique. Cependant, les conséquences de l’onde de tempête deviennent plus importantes avec un niveau de la mer plus élevé.

  5. Frank Peter, 05.01.2020, 10:46

    Accessoirement, j’ai lu divers blogs de pompiers qui se plaignent des lois environnementales qui empêchent de défricher comme cela était le cas auparavant. L’argument semble pertinent...

  6. Antonio.C, 05.01.2020, 02:04

    Merci pour vos blogs très riches en informations !

    Cela nous montre vraiment qu'il faut agir afin de limiter le réchauffement, il est évidemment en train d'arriver, mais il est encore temps pour nous de le limiter avant que les conditions de vie sur terre ne deviennent insupportables, je suis optimiste, j'ai confiance en l'humanité, mais l'horloge tourne.

    Encore merci de nous tenir au courant des événements météorologique avec vos précieuses explications !

  7. David Padayachy, 04.01.2020, 23:05

    Est-ce que ce qu’il se passe en Australie peut-il être assimilé à un phénomène La Niña?

    1. MétéoSuisse, 05.01.2020, 15:17

      Non, ce n’est pas lié au phénomène La Niña. A l’heure actuelle, nous sommes plutôt en phase neutre de l’ENSO (El Niño Southern Oscillation). C’est plutôt lié, entre autres, à une oscillation appelée dipôle de l’Océan Indien. On trouvera plus d’informations sur le site internet de nos confrères de Météo-France : http://www.meteofrance.fr/actualites/78326305-australie-comment-expliquer-la-chaleur-extreme

  8. Damien Personnaz, 04.01.2020, 17:54

    Certains climatologues parlent également d’une anomalie dans l’océan Indien, appelée (en anglais) bipole. Un océan très chaud proche de l’Afrique et plutôt froid à l’ouest de l’Australie. Mais je ne saisis pas très bien la relation de cause à effet.

    1. MétéoSuisse, 05.01.2020, 15:12

      C’est effectivement une des raisons qui est donnée pour expliquer ce phénomène extrême. Nos confrères de Météo-France ont publié une explication de cette chaleur extrême en Australie.
      http://www.meteofrance.fr/actualites/78326305-australie-comment-expliquer-la-chaleur-extreme

  9. Mélanie Perret, 04.01.2020, 16:44

    Bonjour,

    Est-ce que les simulations avaient prédit une pareille hausse des températures pour ce mois de décembre ? Est-ce qu'une hausse de 3,2°C par rapport à la moyenne 1961-1990 deviendra la norme, ou est-ce plutôt un événement exceptionnel ? C'est tout de même 1,1°C de plus que 2018. Merci pour votre réponse.

    1. MétéoSuisse, 05.01.2020, 15:08

      C’est anomalie de +3,2 °C en décembre par rapport à la moyenne 1961-1990 est plutôt liée à des conditions météorologiques particulières qui ont régné en décembre, un peu à l’instar du mois d’août caniculaire qui s’est produit en Europe en 2003. Les simulations climatiques sont trop grossières et trop lissées pour prévoir de telles anomalies.

  10. Claude Guignard, 04.01.2020, 14:20

    On a dit et redit que le réchauffement climatique allait conduire à des catastrophes. Mais non, mais non... Et bien on le voit. Certes ce n'est pas la première fois qu'il fait chaud et sec en Australie, ni les premiers incendies de forêt qu'elle a connus. Mais le réchauffement climatique accroît les risques. En Suisse il est plutôt favorable et conduit peu à peu à un climat méditerranéen inespéré dont on se réjouit. Là où on se trouvait déjà dans une situation limite critique la limite est franchie. Quand le reconnaitra-t-on enfin ?

  11. Pascal_fr_39, 04.01.2020, 13:55

    Un bilan qui fait froid dans le dos, et passé ce trait d'humour déplacé, au regard de ce qui se trame en Europe depuis 2015, je serais prêt à parier qu'un événement similaire se produira sur notre continent avant la fin de la prochaine décennie qui s'ouvre dans un an. Puisse ces alarmes de la nature mettre l'humanité devant ses responsabilités, la faire (ré)agir d'urgence, et surtout de manière globale.