Comment interpréter le risque orageux via nos bulletins et notre application/site internet ?

5 juillet 2019, 23 Commentaire(s)
Thèmes: Météo

Une question qui nous revient souvent est celle de comment interpréter le risque orageux en été via nos bulletins, notre application et/ou notre site Internet. Voici quelques pistes pour mieux cibler le risque et quelques pièges à éviter...

Orage au-dessus de Versoix. Photo : Lionel Peyraud
Orage au-dessus de Versoix. Photo : Lionel Peyraud

Pourquoi le risque orageux est-il souvent si difficile à préciser ?

Un orage est, par définition, un phénomène localisé. Dès lors, il reste un phénomène difficile à prévoir dans le temps et l'espace. Même lorsque plusieurs foyers orageux se regroupent en un système pluvio-orageux de plus grande envergure, il demeure souvent passablement d'incertitude sur l'étendue de l'épisode orageux à venir ainsi que son intensité. Pour les prévoir, les météorologues basent leur analyse sur la prévision des ingrédients nécessaires à l'activité orageuse sur une région relativement étendue (ex: la Suisse romande). Parmi ces ingrédients figurent notamment l'humidité, l'instabilité et un vecteur de soulèvement de la masse d'air. Les trois ingrédients sont nécessaires pour produire une activité orageuse ; si on y rajoute une accélération du vent avec l'altitude (cisaillement), on augmente la probabilité que l'activité orageuse gagne en organisation et en virulence. Ce dernier point fut notamment déterminant lors du passage de la violente ligne de grain du 15 juin dernier sur la région lémanique.

Où les choses se compliquent, c'est lorsqu'il s'agit de préciser le risque orageux à une échelle plus petite, aussi bien géographique (ex: nord du Plateau, Chablais, région lémanique) que temporelle (ex: début d'après-midi, fin d'après-midi, soirée). La difficulté augmente pour plusieurs raisons : tout d'abord, la présence ou non des ingrédients nécessaires au déclenchement des orages n'est pas toujours facile à anticiper. Par exemple, le risque orageux pour l'après-midi du lendemain peut être influencé par les restes d'une activité orageuse de la veille (nébulosité résiduelle), elle-même incertaine. Deuxièmement, avec une topographie compliquée comme celle de la Suisse, l'humidité, l'instabilité et le souvèlement de la masse d'air peuvent s'avérer très difficile à quantifier à l'échelle locale. Troisièmement, les modèles numériques de prévision qui tentent de calculer l'évolution du temps à l'échelle locale sont obligés de simuler certains processus liés à la microphysique des nuages et, d'une certaine manière, également ceux liés à la convection ; de plus, par manque d'observations (le nombre de stations de mesures au sol est limité), ces modèles assimilent seulement approximativement les conditions atmosphériques présentes dans les basses couches et ainsi anticipent parfois difficilement certains phénomènes primordiaux pour effectuer une prévision orageuse précise (les zones de convergence par exemple).

Ces limitations de toutes sortes rendent au final une prévision locale très difficile. C'est un peu comme si vous essayiez de jouer du piano avec des gants...

La différence entre notre "orages violents possibles" et les "flash-orages"

Actuellement à MétéoSuisse, nous distinguons/émettons deux type d'informations concernant  le risque orageux :

-  une information d'orages violents possibles à court ou moyen terme basé sur la probabilité d'orages violents sur une assez vaste région, à une échéance d'environ 6 à 24 heures (par ex: une prévision d'orages effectuée le matin pour le risque orageux de l'après-midi). Cette première approche se penche essentiellement sur l'analyse des ingrédients mentionnés ci-dessus et à pour but d'avertir la population et/ou les autorités que les conditions atmosphériques seront favorables à des orages violents pendant la période définie. Il s'agit d'un préavis invitant le public à rester vigilant par rapport à l'évolution des conditions météorologiques et de rester à l'écoute d'éventuels émissions d'avis.

- le "flash-orage", quant à lui est un avis et indique qu'un orage violent est en cours, que sa vitesse et sa direction ont été évaluée par radar et qu'il est susceptible de toucher les régions averties dans les 30 minutes à 1 heure. Il ne s'agit donc plus d'un "préavis" mais bel et bien d'un "avis". Si votre région est concernée, il est dès lors conseillé de se mettre à l'abris et de protéger vos biens et mobiliers se trouvant à l'extérieur et susceptibles d'être endommagés.

Ce mode opératoire pour la prévision des orages et cette distinction entre "veille/préavis" (risque possible) et "avis" (risque imminent) est le même dans la plupart des centres nationaux de prévision à travers le monde. Le défi pour chacun d'entre eux est d'expliquer au mieux ces nuances aux utilisateurs, d'où le présent blog.

Informations, données et prévisions sur notre application et site internet... pièges à éviter !

Avec de plus en plus de technologie à disposition, la science de la météorologie dispose d'une multitude de moyens pour observer l'atmosphère et prévoir son évolution. Malheureusement, comme dans le domaine de la médecine et dans bien d'autres sciences ou métiers où l'incertitude demeure un facteur important, ces outils peuvent parfois induire en erreur leur public cible. Cela est dû principalement au fait que leurs limitations ne sont pas toujours clairement expliquées au public.

A partir de ces considérations, voici quelques pièges à éviter lorsque vous consultez nos différentes prévision, que ce soit sur notre application ou notre site internet :

- Animation radar de précipitations : veillez à distinguer entre la "mesure" du radar et la "prévision" du radar. La mesure du radar (la partie chronologique en vert ou gris clair en bas de la page) indique ce que notre réseau radar a mesuré comme réfléchissement des précipitations au sein des nuages. Il s'agit des échos radar mesurés dans le passé jusqu'au moment présent. En revanche, la prévision du radar (la partie chronologique en vert foncé ou gris foncé) est une estimation de l'évolution la plus probable de ces échos radar dans les prochaines heures. C'est une prévision qui est basée sur des observations et des données de modèles pour extrapoler la mesure du radar. Elle peut s'avérer relativement bonne en certaines circonstances, notamment pour les précipitations stratiformes, mais peut parfois laisser à désirer en situations orageuses, d'autant plus lors de situations orageuses peu dynamiques où les vents sont faibles en altitude. Dans ces situations, cette prévision peut sous-estimer le développement d'orages et/ou les dissiper trop rapidement. Par conséquent, fiez-vous davantage à la mesure radar qu'à la prévision lors de ces situations orageuses.

 

- Carte de danger : que ce soit sur notre application ou sur notre site internet, veillez à distinguer, comme stipulé précédemment, la différence entre un "préavis d'orages violents possibles" et un "flash orage" pour un orage violent actuellement en cours. Le premier est illustré sur notre carte de danger par une région hachurée en orange et souvent d'assez grande taille. Le deuxième est illustré sur notre carte de danger en tant que région localisée en couleur orange ou rouge pleine. Pour le préavis, il est également important de cliquer sur une des régions de la carte afin de prendre connaissance de sa période de validité. Parfois le préavis peut concerner une période commençant le lendemain et non pas le jour même ! Concernant les flash orage, puisqu'il s'agit d'un orage violent en cours et détecté par radar, ce dernier est par définition imminent ; il sera envoyé aux communes situées en aval et précisera s'il s'agit d'un orage mobile ou stationnaire.

- Pictogrammes par localité : un autre piège à éviter pour la prévision de précipitations sur les applications/sites web météos est celui de se fier aveuglement aux heures précises de la journée durant lesquelles des pictogrammes spécifiques indiquent de l'orage. Ces prévisions sont le plus souvent automatiques et issues de sorties brutes de modèles et/ou traitées avec des algorithmes automatiques. Par conséquent, les prévision d'orages pourront parfois fortement varier au gré des différentes sorties des modèles numériques, et les orages ne seront pas forcémment prévus sur les mêmes codes postaux, ni exactement à la même heure! Il faut donc être conscient qu'il n'est souvent pas possible de préciser à un code postal près l'arrivée d'un orage plus d'une heure à l'avance.

En conclusion

En conclusion, ne vous fiez pas aveuglement aux outils à disposition sur les différents site/applications météos, y inclus la nôtre, mais faites preuve d'un esprit critique en appliquant les conseils rédigés pour vous ci-dessus... Dans le doute, nos bulletins de prévisions textes, à défaut d'être extrêmement précis sur le risque orageux, peuvent néanmoins compléter les autres informations météos à disposition et poser le décor par rapport au risque général. En vous souhaitant plutôt de bonnes brises que de rafales orageuses cet été ! :)

Commentaires (23)

  1. Xavier, 07.07.2019, 02:09

    Bonjour, merci de votre article et de vos précisions. J’utilise régulièrement votre application pour la navigation sur le Léman à satisfaction. Une petite question. Pouvez-vous nous indiquer si il
    est possible de prévoir une arrivée de Vaudaire sur le lac, si oui, comment? Merci de vos précisions.

    1. MétéoSuisse, 07.07.2019, 12:34

      La vaudaire est un vent extrêmement capricieux. Elle n’est pas toujours évidente à prévoir. Il y a la vaudaire d’orage (souvent en saison chaude) et la vaudaire de foehn (souvent en saison froide). Si MétéoSuisse estime que des rafales de vaudaire s’annoncent supérieures à 25 nœuds, l’irruption de la vaudaire sera annoncée par un avis de vent fort (feux à 45 tours/min) sur le Haut-Lac Léman. Mais, il y a parfois des fausses alertes et des avis de vent fort manqués…

  2. Virginie, 06.07.2019, 14:53

    Merci pour ces informations intéressantes. J'apprécie beaucoup votre application, elle est très pratique et facile à utiliser !

  3. julien, 06.07.2019, 14:42

    Tout est résumé !merci pour tout!excellent job!je lit régulièrement vos blog et j'adore.quand au gens qui se plaignent constamment....qui bientôt vont porter plainte pour orage non précisé dans mon village...ma ville...j espère que ça leur aidera à rester humble face à la nature tellement imprévisible😉.

  4. Eric Déjardin, 06.07.2019, 13:16

    C'est bien de préciser que la science a établi des certitudes mais contient encore plus d'incertitudes, surtout à des échelles telles que celles sur lesquelles vous travaillez. - En même temps, c'est du bon sens,

    Je me permets de compléter votre blog avec le conseil suivant :
    Observer soi-même ce qui se trouve aux alentours, permet d'anticiper au plus près (dans le temps et la localisation) l'évolution orageuse... encore qu'il arrive, là aussi, que nos sens soient mis en déroute.

    Par exemple, un soir récent, j'ai sciemment fait un trajet à pied coincé entre un orage à l'est (au dessus du Léman, puis de Genève), un orage du côté jurassien et un dernier en face de moi (ouest).
    Moi, entre Confignon et Bernex ? - Pas une goutte, et pourtant, je m'attendais à être trempé.
    Que dis-je "trempé"... lessivé.

    Encore merci pour vos publications, prévisions et alertes.
    Tout est utile et pertinent... de l'excellent travail.

  5. Biduline, 06.07.2019, 12:48

    Merci pour toutes vos explications qui sont toujours aussi claires.

  6. Michel Karlen, 06.07.2019, 12:43

    Super votre explication, clés bon de le rappeler ! Pour moi ça me parait évident qu’il est très difficile pour vous de déterminer avec exactitude une trajectoire d’une cellule orageuse. J’utilise beaucoup votre écho radar, et je me souviens avoir réussi à maintenir un picnic au bord du lac, malgré un temps très incertain. Il fallait simplement suivre l’évolution toutes les 10 minutes ;o)

  7. Brunner, 06.07.2019, 10:32

    Merci pour ce blog précieux! J'aimerais signaler un petit "bug" dans le curseur temporel du radar sur l'app (Android en tout cas): il y a une transition fondu enchaîné très réussi entre mesures et prévisions lorsqu'on bouge le curseur très lentement vers les prévisions. Cependant le curseur indique faussement toujours "Mesures"pendant ce temps, alors qu'il ne s'agit plus de mesures, mais du début des prévisions. Lorsque la situation simulée diffère grandement de la situation mesurée comme lors d'orages c'est trompeur. Pourriez-vous corriger ce bug svp?
    L'incertitude lors d'orages pourrait aussi être représentée par une zone semi-transparente.

  8. David Padayachy, 06.07.2019, 09:14

    Bonjour,
    Article très intéressant et personnellement je suis déjà critique avec vos données de prévisions et leur fiabilité dans le temps.
    Ça se saurait si la météorologie était une science exacte. Ça a même un certain charme que la nature nous mène en bourrique quand on s’essaie à la prévoir.
    Par contre comment avez-vous fait pour prévoir le gros orage du week-end du Bol d’Or? Une semaine avant on voyait déjà votre prévision sur le créneau, 24H avant lors du briefing aux concurrents etc. alors que bien souvent même à une demi-heure près une cellule orageuse peut ne pas pas se former ou quelques km plus loin.

    1. MétéoSuisse, 06.07.2019, 14:51

      Les lignes de grain sont parfois prévisibles plusieurs heures en avance, contrairement aux orages locaux où la prévision est nettement plus aléatoire.

  9. Pat, 06.07.2019, 09:12

    Bonjour,
    J’émets ce matin un avis de félicitations et de remerciements de 5/5 pour toutes ces explications aussi intéressantes les unes que les autres.Merci et excellent week-end,

  10. Robert HAHN, 06.07.2019, 08:42

    Magnifiques explications de votre part. Complètement d'accord avec votre exposé et ce d'autant plus, qu'ayant aussi en vous rejoignant, abondé dans votre sens lors des 3 phénomènes les plus difficiles à " prévoir " et non " certifier " ( la météo n'étant jusqu'à présent hélas! pas une science exacte ) et dont on ne peut faire des " affirmations " et donc, ces 3 phénomènes météorologiques complexes pur les prévisionnistes sont: LA NEIGE, LES ORAGES et LES BROUILLARDS!! Et donc cela dit sans vous flatter, tout le mérite doit vous êtres accordés, lors de l'un de ces 3 situations bien particulières! D'autant plus que chez vous, chers amis Suisse, c'est par exemple bien plus particulier avec le territoire de votre pays si accidenté, que chez nous en Belgique, avec nos petites collines!!!

  11. Augsburger, 06.07.2019, 07:33

    MERCI! J'apprécie infiniment ces précisions détaillées. Et votre blog en général. Votre professionnalisme vous honore. Belle journée et week-end.

  12. Bernard, 06.07.2019, 06:16

    Bonjour
    combien de temps s'écoule entre l'acquisition de l'image par le radar et son arrivée sur l'écran ?

    1. MétéoSuisse, 06.07.2019, 14:49

      Il faut compter 5 à 10 minutes de délai.

  13. Gregory, 06.07.2019, 00:45

    Top, toujours intéressants, ces articles ! Merci pour ce complément d’info bienvenu :)

  14. sambale martin, 06.07.2019, 00:12

    Bravo à toute l équipe de météo suisse. Encore une fois merci pour toutes ces super infos complémentaire que vous partager au monde et j admire vraiment vos travaux...j aimerais quand même transmettre ma pensée très soucieuse sur la vie de tout les jours sur cette belle terre, quand je vois le monde devenir foux parce que leurs réseaux sociaux préférer tombe en panne, bref. habitant en montagne j ai l habitude de scruter terre et ciel pour comprendre le déroulement des choses et quand j entend les anciens du village parler de leur temps, je dois admettre que OUI il y a vraiment un changement un dérèglement climatique...tout va trop vite! Voilà ma pensée. Bec

  15. Damien, 05.07.2019, 21:12

    Merci beaucoup pour ces explications. Ce que j’apprécie sur votre site en plus de la précision météo que je trouve bonne comparée à d'autres, ce sont vos articles (comme celui-ci par exemple) qui nous "éduquent" vis-à-vis de cette science qui est plus le moins complexe.

  16. Claude Guignard, 05.07.2019, 20:40

    Après cette magistrale mise au point, j'espère que tous les lecteurs de votre blog seront maintenant au clair que les prévisions d'orages sont extrêmement difficiles. Ces phénomènes dépendent finalement, pour se produire, de tant de facteurs éminemment imprévisibles et variables, voire fortuits, qu'il est pratiquement impossible d'indiquer longtemps à l'avance le risque autrement que d'une manière générale. Le risque potentiel étant annoncé il faut sans cesse examiner les échos radar qui montrent l'arrivée effective des cellules orageuses, leur trajectoire passée et future estimée, leur développement et, bien sûr aussi le ciel, pour évaluer le risque réel. Mais cela ne suffit même pas. Sur une petite surface l'orage peur se montrer violent ici et modéré 1 km plus loin. La grêle tombe de manière tout à fait fantaisiste en fonction des courants du moment. En conclusion les orages sont un phénomène qu'il faut surtout admirer si on a la chance qu'il se produise dans notre voisinage.

  17. natalie favre, 05.07.2019, 20:35

    MERCI à nouveau pour ces utiles précisions. Et à vous aussi, un été agréable et pas trop chahuté ! Meilleures salutations de l'autre bout du lac.

  18. David, 05.07.2019, 20:22

    Merci pour ces précisions qui en aideront plus d'un ; )
    Si le préavis indique un risque général, le plus utile selon moi, reste d'observer les échos radar des fortes précipitation mesurées (orange, rouge, voir violet) et estimer leur vitesse et direction. Néanmoins cela demande de consulter régulièrement les échos radars, et ne fonctionne bien que quelques heures/minutes avant l'arrivée de celui. Merci pour cette application fort utile. À quand la possibilité de repasser le film des précipitation au delà de 24h ? ; )

    1. MétéoSuisse, 06.07.2019, 14:46

      Il faudrait certainement augmenter la capacité du serveur...

  19. Antoine, 05.07.2019, 19:26

    Bonjour,

    Vos explications sur le risque orageux est vraiment intéressant.
    On voit en effet que sur la région du lac Léman, les orages en font qu'a leur tête et peuvent arriver de partout, ou se dissiper en arrivant sur le lac, ou au contraire augmenter en puissance, ou dévier de leur trajectoire au dernier moment et passer plus au sud sur les Préalpes françaises et terminer dans le valais......

    Je consulte très régulièrement le site "metradar.ch" et il indique en direct les pluies et les impacts de foudre. On peut donc suivre à tout moment le lieu de l'orage et s'il va finalement me tomber dessus ou passer à côté.
    Lors de l'épisode orageux intense du 15 juin 2019, j'ai pu ainsi suivre en direct le déplacement des lignes de grains, c'est passionnant.

    Merci pour votre blog, il est passionnant.

    Antoine