D'où les tempêtes tirent-elles leur nom ?

25 novembre 2019, 5 Commentaire(s)

Des tempêtes dévastatrices ne se produisent pas seulement dans les régions tropicales. La Suisse est également régulièrement touchée ; qui ne se souvient pas de Vivian (1990), Lothar (1999) ou encore Burglind (2018). Cet article à pour but de présenter les pratiques en vigueur en Europe à la veille de la saison des tempêtes, statistiquement parlant du moins...

Historiquement, c'est le service météorologique américain qui a donné pour la première fois des noms de femmes aux typhons dans le Pacifique durant la Seconde Guerre mondiale. Cette nouvelle pratique visait à éviter la confusion entre les différentes tempêtes et à simplifier la collecte de rapports et de données statistiques.

Petit historique

Depuis 1954, l'institut de météorologie de l’université libre de Berlin baptise les zones de haute et basse pression qui influencent les conditions météorologiques en Allemagne. Pendant longtemps, les dépressions avaient des prénoms féminins et les anticyclones des prénoms masculins. Signe des temps, afin que les prénoms féminins puissent également être associés au beau temps, cette pratique a changé en 1998 ; depuis lors, le genre des noms est alterné chaque année. Les années paires, les dépressions ont des prénoms féminins et les anticyclones des prénoms masculins, les années impaires, c’est l’inverse. Les noms donnés par l’université libre de Berlin sont souvent repris par les médias en Europe centrale, dont la Suisse, et en particulier la Suisse alémanique.

La pratique actuelle

La mainmise de l’université libre de Berlin sur l’attribution des noms de tempêtes a été remise en cause par d’autres pays il y a quelques années, si bien que la pratique en Europe s’est diversifiée. À l’heure actuelle, les tempêtes reçoivent - en principe - leur nom là où un avertissement a été émis en premier. Au nord-ouest, ce sont les services de météorologie anglais et irlandais qui nomment conjointement les dépressions. Plus au sud, un autre groupe est composé de la France, du Portugal et de l’Espagne. En Europe du Nord, la Norvège, la Suède et le Danemark se coordonnent pour nommer les dépressions. Des efforts sont également faits pour une désignation unifiée en Italie, dans les Balkans et dans l’est de la Méditerranée. Seule exception à cette pratique, les ex-ouragans dont les noms sont repris du service météorologique américain.

Comme cela était prévisible, il n'est pas rare qu'une même tempête reçoivent simultanément un nom de deux groupes différents. Dans cette cacophonie, notre pays se trouve un peu écartelé, la Suisse alémanique s’alignant généralement sur l’Allemagne, et la Suisse romande adoptant plus facilement les noms donnés par le groupe présidé par la France. Ainsi la tempête Burglind (nom donné par les Allemand) fut généralement nommée Eléonore (nom attribué par Météo France) en Suisse romande.

Tempête Burglind à Zoug, vidéo: Andreas Hostettler

Vers une uniformisation ?

La situation n’est évidemment pas idéale, et tous les services météos en ont conscience. Afin de mettre un peu d’ordre dans cette cour d’école, EUMETNET – le réseau regroupant les services météorologiques nationaux en Europe – s’efforce de trouver une solution permettant de garantir l’attribution d’un seul nom à chaque événement ; nous n’y sommes cependant pas encore.

A vos porte-monnaie !

Comme il n’y a pas de petits profits, l’Université Libre de Berlin vous permet d’acheter un nom de tempête ou d’anticyclone : il vous en coûtera 356 euros pour un anticyclone et 237 euros pour une dépression ; l’argent récolté sert à soutenir les étudiants de la station météorologique de Berlin-Dahlem.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, cette possibilité suscite un réel intérêt, avec à la clef des noms parfois pas banals : l’année dernière par exemple, nous avons eu droit à Nilüfer, Inbeom, Walrita, Vesna ou Dankmar. Quant à Burglind, nous le devons à Burglind Gorn, qui avait obtenu le parrainage de la lettre B.

Alors, intéressés ? Rassurez-vous, MétéoSuisse ne touche aucune commission…

Commentaires (5)

  1. Nicolas Ziegert, 28.12.2019, 07:55

    Bonjour
    Donc ?! exit la légende urbaine qui dit que les météorologues nomment les tempêtes comme leur ex femme au tempérament « volcanique » ... ;-)

    1. MétéoSuisse, 30.12.2019, 15:30

      Ce n’est pas tout à fait une légende urbaine.
      Pendant la seconde guerre mondiale, des prénoms féminins ont été donnés aux cyclones tropicaux par les météorologistes de l’Armée de l’Air et de la Navy qui faisaient de la prévision cyclonique sur le Pacifique (noms de leurs petites amies ou femmes). Ainsi l'usage des prénoms, le plus souvent féminins, car donnés par des sociétés exclusivement composées d'hommes, les marins, a commencé à se généraliser dans les milieux des transmissions militaires de certains pays, là où la fréquentation des mers tropicales faisait parfois subir le passage de phénomènes cycloniques. Le principe de base était simple : donner aux cyclones tropicaux des noms courts et familiers, faciles à mémoriser, afin de pouvoir communiquer plus facilement avec des millions de personnes menacées et d'éviter toute confusion provenant de la présence d'autres phénomènes, parfois d'autres cyclones, dans la zone. Et cette pratique fut bientôt couramment utilisée dans tout l'hémisphère occidental. Cependant, à la fin des années 70, il y eut un changement plus radical. En effet, les cyclones qui sont toujours des phénomènes naturels dangereux, dévastateurs et redoutés, ont aussi des comportements dans leur déplacement que certains jugent " fantasques " ou « capricieux ", avec une façon d'" errer sans but ", de " changer fréquemment d'avis ", expressions jugées particulièrement désobligeantes par les mouvements féministes de l'époque. Ceux-ci, aux Etats-Unis, les fameux et actifs Women's Lib', s'en émurent, protestèrent énergiquement et ont alors obtenu que la liste des noms des cyclones tropicaux comprenne aussi des prénoms masculins (Extrait de « la petite histoire des prénoms » sur le site de Météo-France).
      Jusque dans les années 1980, les noms des cyclones tropicaux dans l’Atlantique n’étaient effectivement que des prénoms de femmes. Depuis lors, c’est une alternance de prénoms masculins et féminins. Dans le sud-ouest de l’Océan Indien, il a même fallu attendre jusqu’en 2000 pour voir une alternance de prénoms masculins et féminins.

  2. dougoud véronique, 27.11.2019, 10:52

    Merci pour cette analyse claire d'une situation qui ne l'est pas !
    Ne serait-ce pas plutôt à l'Organisation Météorologique Mondiale de définir les noms pour le monde entier ?

    1. MétéoSuisse, 27.11.2019, 15:28

      Peut-être que nous arriverons un jour à cette solution qui pourrait quelque peu faciliter les choses.

  3. Claude Guignard, 25.11.2019, 18:55

    Je ne vais pas acheter un nom de tempête, plus intéressante qu'un
    anticyclone statique et sans grand intérêt. Mais je trouve judicieuse l'idée de donner des noms à ces phénomènes plutôt que des numéros, par ex 1519 pour la 15ème tempête de l'année 2019...