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Etat d'urgence dans la plaine du Pô

7 juillet 2022, 13 Commentaire(s)
Thèmes: Météo

Le Pô, le plus long fleuve d'Italie, approche des niveaux d'étiage records après des mois sans précipitations significatives.

Illustration de 1758 du Pô dans la région de Crémone. Source : Wikipedia.
Illustration de 1758 du Pô dans la région de Crémone. Source : Wikipedia.

S'étendant des Alpes au nord-ouest à la mer Adriatique sur la côte est, le Pô est une source d'eau vitale pour de nombreuses régions. Il est utilisé pour l'eau potable, pour irriguer de grandes zones agricoles et pour produire de l'énergie hydroélectrique dans tout le nord de l'Italie.

Les niveaux d'eau dans la vallée du Pô ont désormais chuté à des niveaux records : cela est dû en premier lieu au déficit de précipitations dans tout le nord de l'Italie depuis cet hiver, mais également aux températures élevées depuis juin ainsi que au manque de neige en montagne, dont la fonte alimente généralement le fleuve au printemps et en début d'été. Selon l'Observatoire du Pô, bon nombre des régions traversées n'ont pas connu de pluie depuis plus de 110 jours.

 

Un fleuve quasiment à sec

Le Pô est normalement une large étendue d'eau, mais il s'est maintenant asséché en partie, laissant émerger de grandes étendues de sable comme le montre l'animation ci-dessous :

La plaine du Pô est la zone agricole la plus importante d'Italie. Elle produit environ 40 % des aliments de la péninsule, notamment le blé, le riz et les tomates. Avec la sécheresse actuelle, les agriculteurs ont du mal à maintenir les cultures irriguées et de nombreuses villes du nord de l'Italie ont été invitées à rationner l'eau pendant la nuit.

Benjamin Koetz, chef du bureau des initiatives durables de l'ESA (agence spatiale européenne), a déclaré : "Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), l'agriculture consomme jusqu'à 70 % de l'eau douce. Compte tenu de la raréfaction de cette ressource essentielle, l'utilisation de l'eau doit être rationnalisée dans ce secteur. À cette fin, l'ESA prépare une mission de surveillance de la température de surface de la Terre, laquelle permettra de surveiller l'évapotranspiration des cultures et de soutenir ainsi des pratiques d'irrigation durables.

Etat d'urgence

Récemment, le gouvernement italien a déclaré l'état d'urgence dans cinq régions du nord de l'Italie et annoncé le déblocage d'un fonds de 36,5 millions d'euros pour faire face à la pire sécheresse depuis 70 ans. L'état d'urgence vise à accorder « des moyens et des pouvoirs extraordinaires » afin d'assurer la mise en oeuvre des interventions urgentes nécessaires pour garantir la sécurité publique, la réparation des dommages subis par les biens publics et privés et les conditions de vie normales de la population.

Le projet CAREheat

Selon les nouveaux résultats d'un projet financé par l'ESA appelé CAREHeat, la mer Méditerranée connaît actuellement une vague de chaleur, avec des températures en mai 2022 dépassant de 4°C la moyenne 1985-2005. Selon ces résultats, les températures des eaux de surface ont atteint des pics de plus de 23°C.

Le projet - auquel participent des organismes de recherche italiens tels que l'Agence nationale pour les nouvelles technologies, l'énergie et le développement économique durable (ENEA) et le Conseil national de la recherche (CNR) - vise à élaborer des stratégies pour identifier les vagues de chaleur marines et déterminer leurs effets sur les écosystèmes marins et les activités économiques telles que la pêche.

Article traduit et adapté du site web de l'ESA.

Commentaires (13)

  1. Delafontaine Patricia, 08.07.2022, 11:18

    Et si on éduquait la population à économiser l’eau en fermant le robinet quand il n’y a pas besoin qu’il coule? Le gaspillage d’eau par la plupart d’entre nous est effrayant! On voit que les gens ne doivent pas marcher x kilomètres pour aller au puit…

  2. Michel Roux, 07.07.2022, 22:29

    Bonjour, je m’interroge vraiment : une pandémie a fait son apparition il y a 2 ans, confinement planétaire ordonné par nos gouvernements. Nous avons obtempéré pour le bien de tous (nous n’entrerons pas dans les polémiques ici). La planète actuellement subi visiblement des variations climatiques inquiétantes. Pourquoi nos gouvernements ne font-ils rien d’aussi drastique que pour la pandémie, alors que c’est la planète qui est en jeu ??? Pourtant ce serait un moyen efficace même si ça nous sortirait pour un temps de notre confort quotidien….! Mais au final, ça rétablirait le climat optimal. Un gouvernement par définition est sensé agir pour le bien de tous (et non de quelques uns……!). Où est la faille ?

  3. Paola, 07.07.2022, 21:06

    E talmente triste!

  4. Peppicelli, 07.07.2022, 18:39

    Les effets du réchauffement climatique sont indéniablement effrayant. Une question toutefois: rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme… selon le cycle de l’eau, une fois évaporée, elle retombe. Alors où retombe t-elle sachant que les sécheresses se multiplient partout?

    1. MétéoSuisse, 08.07.2022, 07:44

      Certaines régions de la planète verront plus d’eau tomber, tandis que d’autres en verront moins. En Suisse, par exemple, il n’est pas forcément prévu une baisse de la pluviométrie annuelle, mais une distribution différente avec plus de périodes de sécheresse, mais aussi plus précipitations intenses.

  5. Claude Guignard, 07.07.2022, 18:35

    La situation est en effet hautement préoccupante. Et ce ne sont certainement pas les semaines prochaines qui vont arranger les choses, du moins de la manière dont vont les choses.. Encore que le temps se révèle parfois imprévisible au sud des Alpes ou l'on a parfois connu des étés ou fin d'étés particulièrement humides. Ce qui me dérange c'est l'expression : "la pire sécheresse depuis au moins 70 ans". Ce qui peut laisser entendre que l'on a déjà connu pire une fois, donc que de telles sécheresses peuvent se produire à de très longs intervalles. Ou alors qu'on n'a jamais vu une situation pareille et que c'est la première fois. Les conclusions sont très différentes. Dans le premier cas on doit s' y attendre avec une période de retour de peut-être 100 ans. Et dans le 2e cas, et bien cela ne s'était encore JAMAIS produit. Là ce serait effectivement très grave car cela pourrait annoncer un prochain début de désertification. Signe infaillible d'un changement climatique.

  6. seb, 07.07.2022, 18:13

    Force et de constater que nous n'allons pas ver de jours meilleures en ce qui concerne notre climat... La capacité de nos terres a retenir l'eau et terriblement affaiblie par l'agriculture moderne qui engendre une perte de l'humus et des cultures toujours plus gourmandes en eau ( maïs) pour la viande.
    Mais espérons que nous puissions prendre le tournant le plus rapidement possible pour que nous ne laissions pas un désert au générations futures.

    1. Roland-Alexandre Gross, 07.07.2022, 21:48

      Je suis totalement d’accord avec Seb, Patrick et Pierre-Alain. S’il est vrai que, s’agissant du cycle de l’eau, aucune molécule d’eau ne part dans les étoiles. C’est la répartition de l’eau sur la planète qui est préoccupante. À Sydney, on évacue des milliers de personnes face aux inondations et dans d’autres régions du globe l’eau manque cruellement.
      Je ne puis donc nullement partager l’analyse de Casper concernant « l’inépuisabilité » de l’eau.
      Il y a eu des guerres pour le pétrole. À quand celles pour l’eau ?

    2. Eddy, 08.07.2022, 07:12

      Pour votre info le maïs a besoin de 420mm d’eau pour pousser et le blé 550mm

    3. Sébastien Huguelet, 09.07.2022, 07:17

      @eddy : J'ai trouvé d'autres valeurs, 575 mm pour le maïs et 550 mm pour le blé. Et la différence entre ces deux céréales n'est pas tant le total de leur besoin en eau mais quand ils en ont besoin. En l'occurrence le maïs a besoin d'être arrosé (pluie ou irrigation) durant toute sa croissance et se plante/coupe tard, alors que le blé peut s'en passer et se coupe tôt (il peut même être planté avant l'hiver, ce qui lui permet un pré-développement). Je ne ferai pas de mise au point sur la production de viande, qu'on sait grosso modo une dix-quinzaine de fois plus énergivore et consommatrice d'eau (pas seulement pour la production du fourrage).

  7. Patrick Pictet, 07.07.2022, 13:27

    Dire que le Nord de l’Italie va vivre en plus une période de canicule intense d’ici la mi-juillet… il ne restera certainement plus grand chose à la fin du mois!

    Espérons que ces calamités agricoles à répétition nous poussent à agir pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre… autrement il n’y aura pas que les vaches qui manqueront de nourriture!

    1. Pierre-Alain Tissot, 07.07.2022, 17:35

      Malheureusement, certains continuerons à dire que c'est des variations naturelles, qu'il est inutile de s'alarmer et de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre…

      Un paysan qui constate, comme beaucoup d'autres agriculteurs, les effets inquiétants du réchauffement, pour une bonne part, anthropique.

    2. Pernet Joël, 08.07.2022, 00:03

      C'est effectivement une catastrophe vers la quel on se dirige tout droit sur des centaines d'années, il est très triste de constater que rien n' est réellement fait par les politiques pour limiter les émissions de gaz à effets de serre à niveau mondial autant privé qu'industriel, je remarque depuis plus de 12 ans des manques de plus en plus graves d'eau face sud du Jura région Nyon et pire, région extrême ouest de Genève vers Avusy. Quel impact pour nos forêts ?