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Le développement de la végétation printanière en 2022

7 juin 2022, 2 Commentaire(s)
Thèmes: Climat

Les premières plantes printanières ont fleuri très tôt cette année. Les premiers noisetiers en fleurs ont été observés dès le début du mois de janvier. Dans l'ensemble, le développement de la végétation de ce printemps a toujours connu quelques jours d'avance sur la moyenne de la période sur 30 ans 1991-2020.

Fleurs de poirier.
Fleurs de poirier. Photo : Regula Gehrig

Le printemps 2022 en comparaison à long terme

L'indice du printemps montre l'évolution à long terme de la floraison et/ou du déploiement des feuilles de neuf espèces végétales différentes qui apparaissent de janvier à mai. L'évolution de la végétation printanière en 2022 a eu une avance de 4 jours par rapport à la moyenne de la période sur 30 ans 1991-2020 et peut être classée dans la classe "précoce" (Figure 1). Elle s'inscrit ainsi dans l'évolution à long terme, car l'indice du printemps montre clairement que depuis la fin des années 1980, le printemps commence généralement bien plus tôt qu'auparavant.

La nouvelle norme 1991-2020

A partir de cette année, l'indice du printemps est représenté comme un écart par rapport à la date d'entrée moyenne de la norme 1991-2020. Cela a pour conséquence que le graphique de l'indice du printemps ne montre plus autant d'années représentées en vert clair avec un développement précoce de la végétation qu'avec la norme 1981-2010, utilisée jusqu'à l'année dernière. La date moyenne de l'indice du printemps de 1991-2020 est plus précoce de 3 jours par rapport à celle de la période 1981-2010. Ainsi, le développement printanier des années 2021, 2019 et 2018 se situe presque exactement dans la moyenne, alors qu'il présentait encore une avance avec l'ancienne norme. En climatologie, l'évolution à long terme des températures est souvent comparée à la norme encore plus ancienne 1961-1990. Pour l'indice du printemps, la valeur moyenne de 1991-2020 se situe même 6,8 jours plus tôt que celle de 1961-1990.

Lien avec la température

Le facteur déterminant pour le développement de la végétation printanière est la température des mois de janvier à avril ou de février à avril, tous deux ayant une influence similaire (Figure 2). L'indice printanier est fortement corrélé négativement avec la température de ces mois : des températures élevées entraînent un développement précoce de la végétation, des températures basses un début de printemps tardif. Cette année, la température de février à avril a été supérieure de 0,9 °C à la norme 1991-2020, ce qui explique le développement précoce de la végétation.

Début de floraison très précoce du noisetier

Le temps très doux de la fin décembre et des premiers jours de janvier a accéléré le développement des chatons du noisetier, si bien qu'ils ont fleuri partout au Tessin en janvier. Au Nord des Alpes, les premiers chatons de noisetier en fleurs ont également pu être observés en janvier. Cette floraison en 2022 est l'une des plus précoces depuis le début des observations. Au Nord des Alpes, la plupart des noisetiers n'ont toutefois fleuri qu'en février, avec l'arrivée de températures plus douces. La moyenne de toutes les stations phénologiques montre que la floraison des noisetiers a eu 13 jours d'avance sur la moyenne de 1991-2020. Le pas-d’âne et l'anémone des bois (Figure 3) ont fleuri principalement en mars, avec une avance de 5 à 10 jours. Ils ont profité de l'ensoleillement et d'un temps souvent doux en février et mars pour se développer.

Chutes de neige et gel au début de la floraison des cerisiers

La floraison des cerisiers a commencé fin mars, simultanément au Tessin et dans les régions de basse altitude du Nord des Alpes. Le retour tardif de conditions hivernales avec de la neige du 1er au 3 avril (Figure 4) n'a guère nui à la floraison des arbres fruitiers. Même lors de la nuit de gel du 3 au 4 avril, avec des températures inférieures à -2 °C, les dégâts aux arbres fruitiers sont restés limités, notamment parce que des mesures de protection contre le gel ont été mises en place en de nombreux endroits. Ce sont surtout les fruits à noyau déjà en fleurs qui ont été touchés (cerises, abricots, pruneaux). La plupart des poiriers et des pommiers n'étaient pas encore en fleurs début avril. Il n'y a pas eu de dégâts, car les bourgeons fermés sont moins sensibles au gel que les fleurs ouvertes. En même temps que les cerisiers, la dent-de-lion et la cardamine des prés ont fleuri. La végétation avait alors 5 à 8 jours d'avance sur la moyenne 1991-2020.

Déploiement des feuilles des arbres à feuilles caduques à partir de fin mars

Cette année, le déploiement des feuilles et le verdissement des forêts ont commencé dès la fin mars (Figure 5). Les hêtres sont devenus verts à partir de la mi-avril environ. Pour la plupart des arbres et arbustes observés, l'avance sur la moyenne a été d'environ 3-4 jours. Seuls les hêtres ont déployé leurs feuilles conformément à la date moyenne. La température en avril a également évolué dans la norme 1991-2020 sur une grande partie du territoire. Jusqu'à la mi-mai, les forêts de hêtres sont également devenues vertes en altitude, jusque vers 1400 m.

Le réseau d'observations phénologiques

Les données nécessaires à ces évaluations sont collectées par nos observateurs phénologiques dans quelque 160 stations en Suisse. Ils observent l'évolution de la nature au fil des saisons à l'aide de 26 espèces végétales définies et nous transmettent ces données. Pour en savoir plus sur le réseau d'observations phénologiques, cliquez ici.

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Commentaires (2)

  1. Claude Guignard, 07.06.2022, 18:03

    De quelque côté on se tourne (température, pluviosite, végétation, glaciers, mer), on constate de rapides modifications depuis quelques décennies. Ce sont évidemment les effets du réchauffement climatique, dont les origines sont connues. On pourrait considérer, avec un certain égoïsme, que dans notre pays ces effets sont globalement positifs. Oui, mais il faut cependant voir les problèmes d'adaptation qu'ils posent et les contrecoups ailleurs. Tous les éléments que vous donnez devraient donc finalement nous alarmer plutôt que nous réjouir.

  2. Pascal_fr_39, 07.06.2022, 17:47

    Bonjour,
    Un très interessant exposé des conséquences de l'évolution des températures sur la vie naturelle, il est fort probable que les ornithologues feraient les mêmes observations quant à la nidification des oiseaux. On ne peut que constater la parfaite synchronisation avec nos mesures de températures chiffrées, et nous pourrions en déduire que les 0,5 degrés gagnés par décennie depuis la fin des années 1980 se traduit par une semaine de précocité végétale, en gros, un jour pour 0,2 degrés.
    De mon côté Français du Jura, il est admis d'affirmer que depuis 1990, le climat du pied du Revermont (250m) s'est élevé sur le 1er plateau, (moyenne 550m), et que celui de ce dernier est maintenant au niveau de Pontarlier (850m). Du côté Helvétique du Jura, les observateurs sont sans doute en mesure de constater la même évolution, ainsi, j'imagine qu'à Bière ou du côté d'Arzier, la végétation se développe tel que par exemple à Gland il y a 40 ans.