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Violents orages de grêle en juin – un mois hors norme ?

6 juillet 2021, 13 Commentaire(s)
Thèmes: Climat

Beaucoup de personnes se souviendront du mois de juin 2021. Ce mois chaud et orageux a été marqué par plusieurs épisodes de grêle particulièrement violents, des grêlons de la taille d’une balle sont parfois tombés du ciel. La nouvelle climatologie suisse de la grêle est disponible depuis cette année et montre qu’il est rarement tombé autant de grêle qu’en juin 2021 au cours des 20 dernières années.

Grêlon de l’orage du 28 juin 2021 à 18h50 à Oberrieden au sud de Zurich. Photo : T. Schlegel
Grêlon de l’orage du 28 juin 2021 à 18h50 à Oberrieden au sud de Zurich. Photo : T. Schlegel

Le mois de juin a été marqué par la succession de plusieurs fronts orageux. En plus des fortes précipitations et des rafales de vent, de la grêle dévastatrice est tombée en de nombreux endroits, des avis généralisés pour les orages violents ont été actifs pendant plusieurs jours. De nombreuses images de tuiles et de serres en verre brisées, de cultures et de jardins détruits ont circulé dans les journaux et sur les réseaux sociaux. Des personnes et des animaux ont même été blessés par des grêlons. De plus, les bouches d’égouts obstruées par la grêle et les feuilles ont contribué aux inondations. La situation météorologique a été analysée dans plusieurs blogs, notamment ceux du 21 et 29 juin. La nouvelle climatologie suisse de la grêle permet pour la première fois d’évaluer le caractère exceptionnel de ce mois de juin marqué par 13 jours de grêle.

Beaucoup de jours de grêle au Nord des Alpes en juin

Selon la moyenne à long terme, il y a entre 0 et 4 jours de grêle par année et selon les régions. Il grêle relativement plus souvent au Sud du Tessin, sur le Plateau et le long des Préalpes, en particulier dans la région du Napf et dans les régions avoisinantes de l’Emmental et l’Entlebuch, ainsi que le long de l’arc jurassien. La grêle survient beaucoup plus rarement dans les régions alpines du Valais et des Grisons.

Affichage aggrandi: Figure 1. Gauche : moyenne sur le long terme du nombre de jours de grêle en juin (période 2002-2021). Droite : nombre de jours de grêle en juin 2021 avec localement 6 jours de grêle.
Figure 1. Gauche : moyenne sur le long terme du nombre de jours de grêle en juin (période 2002-2021). Droite : nombre de jours de grêle en juin 2021 avec localement 6 jours de grêle.

Il y a en moyenne au moins un jour de grêle tous les 1 à 2 ans en juin dans les régions exposées, moins dans les autres régions (figure, 1 gauche). Le maximum du nombre de jours de grêle au même endroit est d’environ 3,5. En juin 2021, de la grêle a été observée 6 jours à certains endroits. C’est la région entre Berne et Thoune qui a été la plus touchée (figure, 1 droite). Depuis 2002, autant de jours de grêle n’ont été observés régionalement seulement en juin 2006. La carte de l’anomalie du nombre de jours de grêle montre que la grêle est tombée toujours dans les mêmes régions en juin 2021. Le Tessin et les Préalpes orientales sont restés en marge (figure 2). L’activité électrique a également été plus importante qu’en moyenne avec au total près de 20'000 éclairs nuages-sol et plus de 250'000 éclairs intra-nuageux (figure 7).

Affichage aggrandi: Figure 2. Écart du nombre de jours de grêle en juin 2021 par rapport à la moyenne à long terme (2002-2021).
Figure 2. Écart du nombre de jours de grêle en juin 2021 par rapport à la moyenne à long terme (2002-2021).

L’épisode exceptionnel du 28 juin 2021

Le 28.06.2021, le deuxième épisode de grêle le plus important des 20 dernières années a été observé. Un grand nombre de reports de grêle sur l’application MétéoSuisse ont été effectués au passage de l’orage sur le Plateau (figure 4). Des grêlons avec un diamètre largement supérieur à 2 cm ont été observés et photographiés, parfois même plus de 7 cm. Les chasseurs d'orages trouvent sporadiquement et localement de tels grêlons en Suisse, ces grêlons constituent donc un événement extrême qui se produit statistiquement seulement tous les 50 ans ou plus, même dans les régions exposées à la grêle (figure 5, droite).

Affichage aggrandi: Figure 4. Gauche : où se situe la cellule orageuse ? De nombreux reports de grêle d’utilisateurs dans l’application MétéoSuisse le 28.06.2021. Centre/droite : des grêlons de plus de 3 cm ont causé des dégâts aux bâtiments et aux véhicules. Des personnes et des animaux ont également été touchés. Des grêlons plus petits peuvent également causer des dégâts à l’agriculture.
Figure 4. Gauche : où se situe la cellule orageuse ? De nombreux reports de grêle d’utilisateurs dans l’application MétéoSuisse le 28.06.2021. Centre/droite : des grêlons de plus de 3 cm ont causé des dégâts aux bâtiments et aux véhicules. Des personnes et des animaux ont également été touchés. Des grêlons plus petits peuvent également causer des dégâts à l’agriculture.
Source : Application MétéoSuisse (gauche). T. Schlegel (centre), K. Schröer (droite).

Les grêlons les plus gros sur une surface aussi grande depuis 2009

Lorsque l’on regarde la superficie journalière où des grêlons supérieurs à 6 cm sont tombés, l’année 2021 ressort nettement (figure 6). Seul lors d’un évènement en 2009, une superficie similaire à celle du 28.06.2021 a été observée.

Affichage aggrandi: Figure 6. Superficie journalière de grêle en Suisse lorsque des grêlons de 6 cm ou plus ont pu être observés. Une superficie aussi grande qu’en 2021 n’a été observée qu’en 2009.
Figure 6. Superficie journalière de grêle en Suisse lorsque des grêlons de 6 cm ou plus ont pu être observés. Une superficie aussi grande qu’en 2021 n’a été observée qu’en 2009.

Dans l'aperçu mensuel global des surfaces de grêle, le mois de juin 2021 occupe la troisième place parmi tous les mois en terme de surface, juste derrière juillet 2009 et juin 2006. Si l'on tient également compte de l'intensité, et que l'on comptabilise les surfaces avec des tailles maximales de grêlons de 3 cm et respectivement 6 cm ou plus, le mois de juin prend la première place, devant 2006 et 2009.

Affichage aggrandi: Tableau 1. Records de superficie mensuelle d’épisodes de grêle, d’après la taille de grêlons maximale attendue MESHS. État 05.07.2021.
Tableau 1. Records de superficie mensuelle d’épisodes de grêle, d’après la taille de grêlons maximale attendue MESHS. État 05.07.2021.

Nouveau service : informations complètes sur la grêle

Avec le projet « Hagelklima Schweiz », www.hagelklima.ch, de nombreuses informations sur la grêle, telles que des cartes et des données, sont disponibles depuis mai 2021. Des cartes mensuelles et annuelles sur le nombre de jours de grêle et la taille des grêlons sont actualisées en permanence.

Affichage aggrandi: Grafische Darstellung von 4 Personas aus den Sektoren Landwirtschaft, Versicherung, Gebäudeschutz und Gefahrenprävention

Commentaires (13)

  1. Jérémie, 09.07.2021, 00:37

    On va aussi connaitre une hausse des assurances dù à cet episode de grêle

  2. MarionJ, 08.07.2021, 11:34

    Un grand grand merci pour cet article et ses nombreux liens explicatifs!
    Encore une question toutefois : la Suisse est-elle plus sujette à ces épisodes exceptionnels de grêle que les autres pays d’Europe, ou observe-t-on, au contraire, des cycles plus fréquents dans d’autres régions européennes ( cycle de 10 ans par exemple pour les importants épisodes avec grêlons destructeurs)?
    Un peu hors sujet: est-ce que la Suisse est un intéressant sujet d’étude pour les météorologues de par ses micro climats, y-a-t-il d’autres pays équivalents en la matière?

    Merci encore et au plaisir de vous lire!

    1. MétéoSuisse, 08.07.2021, 14:47

      Bonjour,
      Le nombre de jours de grêle varie fortement par année, avec un caractère aléatoire. Cela dépend des conditions météorologiques. Dans la brochure sur la Climatologie de la grêle », à la page 4, il y a un exemple de la fréquence de la grêle pour Montreux et Mendrisio entre 2002 et 2020. On voit que la distribution est très aléatoire et ne dépend d’aucun cycle.
      Oui, la Suisse est un pays avec de nombreux microclimats en raison surtout de sa topographie. Un pays au relief plus homogène aura moins de microclimats. Mais tous les pays de la zone alpine connaissent de nombreux microclimats.

  3. David Futyan, 07.07.2021, 20:02

    Je n'aurais pas deviné que la grêle est tellement plus rare en Valais. Puisque les tempêtes sont fréquentes en montagne, pourquoi la grêle y est-elle moins fréquente ?

    1. MétéoSuisse, 08.07.2021, 07:53

      Bonjour,
      Nous avons remarqué que la trajectoire des supercellules orageuses touche davantage l’Arc jurassien et la région le long des Préalpes. Or, les supercellules sont productrices de grêle.

  4. l'égout et l'écouleur, 06.07.2021, 18:05

    Bonjour un mois hors norme, effectivement, je me demande même si on a eu deux jours de beau temps consécutifs ..... pénible pour les sorties et les loisirs voir même pour organiser ceux ci est ce du au réchauffement climatique? Ma tante vient de me dire que selon des chercheurs dans 60 ans la moitié des gens mourreraient de chaud, ca fait franchement peur d'entendre des choses comme ca.

    1. MétéoSuisse, 07.07.2021, 09:46

      Bonjour, il y a eu une série de journées sèches et ensoleillées entre le 10 et le 20 juin avec des températures parfois supérieures à 30 °C.

      Les fortes précipitations ont tendance à augmenter avec le réchauffement climatique, car plus l'air est chaud, plus il peut contenir de vapeur d'eau. Cela signifie que les orages peuvent potentiellement être plus violents avec de la grêle. Il y a cependant une grande part de variabilité naturelle. Certains étés sont plus orageux que d'autres et cela a toujours été le cas.

      Il est possible que dans certaines régions du globe d'ici la fin du siècle, les températures lors de vagues de chaleur deviennent trop élevées pour survivre. Nous en parlions dans le blog du 9 juillet 2019 : https://bit.ly/3ABp72D

  5. Guilhem, 06.07.2021, 17:23

    Bonjour, pourrez vous préciser à partir de quand considère t'on que l'on a un jour de grêle.

    Il suffit de quelques grêlons de 3 mm dans la pluie? Ou bien y a t'il une taille ou une intensité minimum?

    1. MétéoSuisse, 07.07.2021, 09:35

      Bonjour, la réponse à votre question se trouve dans la légende de la figure 3. "Les jours avec une probabilité de grêle supérieure à 80 % sur une surface de plus de 100 km2 sont comptés comme jours de grêle." Cela ne dépend donc pas de la taille des grêlons.

    2. Guilhem, 07.07.2021, 23:01

      Merci pour votre réponse, mais elle concerne "la Suisse dans son ensemble" avec un concept de probabilité et de surface peu intuitif.

      Je voulais juste savoir à partir de quand <b>sur une station donnée</b> on enregistre un jour de grêle.

    3. MétéoSuisse, 08.07.2021, 14:40

      Bonjour,
      Au niveau local, les jours de grêle sont définis comme des jours avec une forte probabilité de grêle (POH ≥ 80 %). Chaque point fait 1 km2. Ces données sont tirées à partir des images radar. Ensuite, on peut faire des agrégations et extraire des cartes. Par exemple, le lien suivant permet d’obtenir le nombre de jours de grêle en juin 2021 : https://www.meteosuisse.admin.ch/home/climat/le-climat-suisse-en-detail/cartes-mensuelles-et-annuelles.html?filters=haildays-poh_mean_2021_06_2021 (à cliquer depuis le site internet de MétéoSuisse, pas depuis l’App).

  6. J. Decker, 06.07.2021, 15:00

    Merci pour cet excellent article.
    Un aspect intéressant de cet épisode orageux fut le passage de mombreuses supercellules qui, remarquablement, ont suivi des trajectoires similaires, prenant naissance dans le massif jurassien avant de traverser le plateau et d'atteindre les préalpes.
    Ces orages supercellulaires sont à l'origine des grêlons géants observés à plusieurs reprises.
    Je tiens à faire remarquer que les orages supercellulaires ont tendance à suivre des trajectoires déviant notablement du flux principal - dans le cas présent, souvent vers la droite. Cela a rendu vos prévisions de trajectoires incorrectes. Avez-vous un système de détection des supercellules, qui pourraient ainsi être mieux modélisées?

    1. MétéoSuisse, 07.07.2021, 09:24

      Bonjour, le fait que les supercellules dévient du flux principal est un fait connu, leur appellation en anglais est « right mover » et « left mover ». Il y a une explication à ce phénomène sur la page de notre site internet consacrée aux orages (https://bit.ly/3yt1RSC) : "Une explication assez triviale de ce phénomène peut se faire à l'aide d'une analogie footballistique, lorsque le ballon se dirige vers les cages avec un « effet », c'est-à-dire une rotation : comme pour un ballon qui tourne, il se forme un minimum de pression sur le flanc de l'ascendance en rotation de la supercellule, baignée dans l'écoulement d'air environnant. Les nouvelles impulsions des se dirigent principalement vers ce côté de l'orage, ce qui s'exprime par une composante de progression de l'ensemble de la cellule dans cette direction."

      Nous avons un système qui détecte et classifie les cellules orageuses à partir des images radar. C'est ce système qui permet d'envoyer des avis d'orages violents automatiques à court terme. Il n'y a par contre pas de seuil spécifique objectif pour qu'un orage soit considéré comme une supercellule. Mais ce sont des données qui permettent de faire avancer la recherche sur le sujet, et donc améliorer les modèles.