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Un mois de mars chaud au niveau mondial

10 avril 2020, 11 Commentaire(s)
Thèmes: Climat

Selon la réanalyse ERA5 du Centre Européen, les températures mondiales ont été comparables à celles des deuxième et troisième mois de mars les plus chauds (2017 et 2019) et derrière mars 2016 qui a été le plus chaud jusqu’à présent. Mars 2020 a été plus chaud de 0,68 °C que la moyenne 1981-2010. En Europe, les températures ont été proches ou juste en dessous de la moyenne dans sa partie la plus occidentale, mais bien au-dessus de la moyenne autour de la mer Baltique et en Europe orientale.

Figure 1. Répartition globale de la température en mars 2020. L’écart (en °C) à la moyenne 1981-2010 est représenté. Source : Copernicus.
Figure 1. Répartition globale de la température en mars 2020. L’écart (en °C) à la moyenne 1981-2010 est représenté. Source : Copernicus.

Plus chaud que la normale en Europe, surtout sur la partie orientale

Les réanalyses ERA5 effectuées par le Centre Européen pour les Prévisions Météorologiques à Moyen terme (ECMWF) dans le cadre du Programme Copernicus permettent d'établir un bilan pour le mois de mars. En utilisant une grande variété de mesures météorologiques du monde entier, les réanalyses offrent une reconstruction de la température au niveau du sol pour le monde entier depuis 1979 et il est donc possible de comparer tous les mois de mars depuis cette année-là.

En mars 2020, les températures ont été supérieures à la moyenne 1981-2010 dans la plupart des pays européens. Elles ont été particulièrement élevées dans certaines régions d'Ukraine et de Russie, mais ailleurs, elles ont été moins extrêmes que pendant les mois d'hiver précédents. Les températures ont été proches ou un peu en dessous de la moyenne dans les pays les plus à l'ouest de l'Europe. De manière assez inhabituelle ces dernières années, et de manière plus marquée qu'en janvier et février, les températures ont été inférieures à la normale sur et à proximité de l'archipel du Svalbard, où la banquise arctique a dépassé son extension moyenne de 1981-2010. L’anomalie thermique exceptionnellement élevée entre l'Islande et le Groenland a coïncidé avec une couverture de la banquise inférieure à la moyenne dans cette région.

Affichage aggrandi: Figure 2. Répartition en Europe de la température en mars 2020. L’écart (en °C) à la moyenne 1981-2010 est représenté. Source : Copernicus.
Figure 2. Répartition en Europe de la température en mars 2020. L’écart (en °C) à la moyenne 1981-2010 est représenté. Source : Copernicus.

En Europe, le mois a été presque 2°C plus chaud que la moyenne des mois de mars de la période 1981-2010. Mars 2020 a été 0,6 °C plus froid que le mois de mars le plus chaud, qui a eu lieu en 2014. Mars 2020 est le sixième mois de mars le plus chaud en Europe depuis le début des mesures en 1979.

Importante anomalie chaude au-dessus de la Russie

Des températures bien supérieures à la moyenne ne se sont pas limitées à l'Europe orientale, mais se sont étendues à toute la Russie et à de nombreux autres pays d'Asie, et ont atteint les côtes ouest et nord de l'Alaska. Les températures ont également été bien supérieures à la moyenne au Mexique et dans les parties sud et est des États-Unis, dans certaines parties de l'Amérique du Sud, de l'Afrique centrale et du nord et de l'ouest de l'Australie, ainsi que sur une grande partie de l’Antarctique.

Plus froid que la norme sur le Groenland et une partie du Canada

Les températures ont été bien inférieures à la moyenne dans le nord et l'ouest du Canada, au Groenland et dans l'est de l'Antarctique. Il a également fait plus froid que la moyenne, mais à un degré moindre, sur une grande partie du sous-continent indien et de l'est de l'Australie, et sur plusieurs petites régions ailleurs.

Des zones maritimes souvent plus chaudes

Bien que les températures aient été inférieures à la moyenne dans certaines parties de tous les grands océans, les températures de l'air au-dessus de la mer ont généralement été supérieures à la moyenne de 1981-2010, en particulier à l'est du Japon.

Le bulletin de mars de Copernicus est disponible en anglais.

Suisse : un mois de mars plus doux que la norme 1981-2010

La température en mars a souvent dépassé la norme 1981-2010 de 0,5 à 0,9 °C au Nord des Alpes, localement de 1,0 à 1,2 °C en Suisse romande. Dans les Alpes, les valeurs ont dépassé la normale de 0,8 à 1,3 °C. En revanche, au Sud des Alpes, elles n’ont dépassé la normale que de 0,1 à 0,6 °C. En moyenne nationale, la température en mars a dépassé la norme 1981-2010 de 0,8 °C.

Affichage aggrandi: Figure 3. Répartition en Suisse de la température en mars 2020. L’écart (en °C) à la moyenne 1981-2010 est représenté. Source : MétéoSuisse
Figure 3. Répartition en Suisse de la température en mars 2020. L’écart (en °C) à la moyenne 1981-2010 est représenté. Source : MétéoSuisse

Le bulletin climatologique de mars 2020 donne un aperçu complet de la situation en Suisse.

Commentaires (11)

  1. Séverine Cesalli, 20.04.2020, 15:57

    Puisque vous vous inquiétez de l'évolution du climat et semblez très documentés sur la question, cela m'intéresserait de savoir si météosuisse en tant qu'institution transmet aussi activement des informations à la population. Habitant en Valais, je m'inquiète qu'une bonne partie des habitants alentours pensent encore que ces histoires de climat ne sont qu'une invention d'hippies écolos ou de collapsologues hallucinés...

    1. MétéoSuisse, 21.04.2020, 17:29

      Nous informons la population sur ce sujet principalement via notre site internet et notre application. Nous participons à des projets comme l'élaboration de scénarios climatiques (http://www.ch2018.ch) destinés principalement aux autorités, mais également plus largement à la population. Mais ce n'est probablement pas ce genre d'action qui fera changer l'opinion de certaines personnes.

  2. Nicolas, 20.04.2020, 11:48

    Annonce t'on encore du froid pour fin avril et mai?

    1. MétéoSuisse, 21.04.2020, 17:21

      Pas de refroidissement marqué n'est envisagé pour le moment. Mais mai est encore loin...

  3. Laura, 14.04.2020, 23:04

    Depuis quand il n'a plus eu de pluie? Est ce normal? Danger pour la nature ?

    1. MétéoSuisse, 14.04.2020, 23:31

      A Genève, la dernière pluie significative remonte au 10 mars. Il a encore plu un peu le 12 mars avec 0,1 mm. Le blog du 13 avril revient sur cette période particulièrement sèche.
      https://www.meteosuisse.admin.ch/home/actualite/meteosuisse-blog/meteosuisse-blog.subpage.html/fr/data/blogs/2020/4/pas-une-goutte.html

  4. Eddy, 11.04.2020, 17:34

    Bonjour, merci pour votre travail! J’aime lire ce qui est expliqué!
    Une question, avec ce que nous vivons, je trouve que les anticyclones reste de plus en plus longtemps sur les mêmes endroits! J’observe qu’il y a de moins en moins de courant qui déplace les pressions atmosphériques. Est-ce juste? Et si oui pourquoi? Merci à vous.

    1. MétéoSuisse, 13.04.2020, 23:02

      C’est plutôt lié à la variabilité naturelle des conditions météorologiques. Rappelons qu’au cours de l’hiver dernier, nous avons eu une succession de dépressions, notamment entre la fin janvier et début mars.

  5. Claue Guignard, 10.04.2020, 22:27

    Le plus important c'est la température globale. Elle a augmenté, ce qui ne surprend pas. Bien sûr il y a toujours des régions plus chaudes et d'autres plus froides que la norme. Cela dépend de la répartition des centres d'actions, toujours aléatoire. Par exemple le nord de l'Asie qui est resté dans ligne de forts courants d'ouest. Le réchauffement climatique se poursuit donc.

  6. Joao Lourenco, 10.04.2020, 19:21

    Bonsoir. Est-ce qu'il y aurait un effet à court terme sur les temperatures dû à l'arrêt du traffic aérien (diminution des traînées de condensation)? Merci.

    1. MétéoSuisse, 13.04.2020, 23:00

      Selon le GIEC, les traînées de condensation ont un très faible impact sur la température moyenne globale de l'atmosphère. Cet impact se traduit par une très faible hausse la température, car les cirrus formés par ces traînées laissent passer les rayons du Soleil mais retiennent une petite partie des rayons infrarouges émis par la Terre. Nous pouvons imaginer que régionalement, nous pourrions observer une très faible baisse des températures dans une situation qui serait habituellement favorable à la formation de de traînées de condensation. Mais dans votre vie de tous les jours, vous ne pourrez pas remarquer de différence.
      A moyen et à long terme, la diminution temporaire du trafic automobile et du trafic aérien (et donc des émissions de CO2) n'aura pas d'impact direct sur les températures en Suisse et dans le monde. La raison à cela est que le CO2 a une durée de vie d'environ 100 ans dans l'atmosphère. Donc même si nous arrêtions toutes les émissions aujourd'hui, il faudrait sûrement attendre plusieurs décennies pour observer une baisse de la température.