Contenu

Situation dans l'hémisphère nord sous la loupe

21 novembre 2020, 9 Commentaire(s)
Thèmes: Météo

Les conditions anticycloniques qui déterminent le temps en Suisse depuis le début du mois semblent vouloir nous accompagner encore quelques semaines. Bien que la circulation dans l’hémisphère nord devrait légèrement évoluer, aucun changement majeur n’est pour l’instant attendu en Europe. Analyse dans ce blog.

L'hiver tente de s'installer (lentement) en moyenne montagne comme aux Rochers de Naye. Source : MOB - mob.roundshot.com/rochersdenaye/
L'hiver tente de s'installer (lentement) en moyenne montagne comme aux Rochers de Naye. Source : MOB - mob.roundshot.com/rochersdenaye/

Premier gel

Une masse d’air temporairement plus froide en altitude et une nuit claire ont permis au thermomètre de descendre en dessous de 0° dans la plupart des régions ce samedi. Il avait déjà localement gelé sur le Plateau et dans la vallée du Rhône, mais il s’agit du premier gel de la saison hivernale pour la plupart des stations de plaine. La bise qui a soufflé toute la nuit autour du Léman a brassé l’air et maintenu une température positive dans cette région.

Affichage aggrandi: Figure 1. Température minimale (en °C) mesurée entre le 20 novembre à 20 h UTC et le 21 novembre à 08 h UTC.
Figure 1. Température minimale (en °C) mesurée entre le 20 novembre à 20 h UTC et le 21 novembre 2020 à 08 h UTC.
Source : MétéoSuisse

Des bancs de brouillard et de stratus se sont toutefois localement formés, par exemple dans la région d’Yverdon, en Ajoie ou dans le Jura (figure 2).

Affichage aggrandi: Figure 2. Bancs de brouillard dans la vallée de la Sorne samedi matin 21 novembre 2020 vu depuis les Ordons.
Figure 2. Bancs de brouillard dans la vallée de la Sorne samedi matin 21 novembre 2020 vu depuis les Ordons.
Source : Jura Tourisme - juratourisme.roundshot.com/lesordons/

Anticyclonique…

Nous en avons déjà parlé dans de précédents blogs (le 1er et le 11 novembre), ce mois de novembre est anticyclonique. La moyenne des anomalies du 1er au 20 novembre au niveau de l’hémisphère nord (figure 3) montre que les pressions en altitude (géopotentiel à 500 hPa) ont été particulièrement basses entre le nord du Canada et le pôle. À l’inverse, les pressions ont été très élevées par rapport à la norme sur l’Europe et également sur une grande partie de la Russie ainsi qu’en Amérique du Nord. Cela montre que le vortex polaire au niveau de la troposphère est peu étendu avec un centre décalé en direction du Canada. La circulation d’ouest se fait à des latitudes plus élevées que d’habitude à cette période de l’année et aucune goutte froide digne de ce nom n’est réellement parvenue à s’aventurer dans le champ anticyclonique européen.

Affichage aggrandi: Figure 3. Anomalie de géopotentiel (en décamètres) à 500 hPa (~5500 m) du 1er au 20 novembre 2020 par rapport à la norme 1981-2010.
Figure 3. Anomalie de géopotentiel (en décamètres) à 500 hPa (~5500 m) du 1er au 20 novembre 2020 par rapport à la norme 1981-2010.
Source : NOAA - NCEP - https://psl.noaa.gov/data/histdata/

Le résultat en Suisse est une douceur généralisée et une absence de précipitations. Ce temps sec se fait particulièrement remarquer au Tessin avec seulement 0,2 mm de pluie depuis le début du mois à Lugano. Le manteau neigeux n’est par conséquent pas très épais, surtout en moyenne montagne (< 2500 m). Les stations de ski ont profité de cet intermède froid pour fabriquer de la neige comme l’illustre la figure 4.

Affichage aggrandi: Figure 4. Vue sur le Plateau et la Kleine Scheidegg depuis la Jungfrau (Ostgrat) en fin de nuit du 21 novembre 2020. Les pistes de ski sont illuminées par les lumières de canons à neige.
Figure 4. Vue sur le Plateau et la Kleine Scheidegg depuis la Jungfrau (Ostgrat) en fin de nuit du 21 novembre 2020. Les pistes de ski sont illuminées par les lumières de canons à neige.
Source : Jungfraubahnen Management AG - jungfrau.roundshot.co/top-of-europe-jungfrau-ostgrat/

encore...

Pour la suite, peu de changements sont à attendre tant en Suisse qu’au niveau de l’hémisphère nord. La figure 5 ci-dessus montre la situation de ce samedi 21 novembre à la mi-journée telle que prévue par le modèle IFS. La pression au niveau de la mer est indiquée par les contours noirs et le géopotentiel à 500 hPa (pression ver 5500 m) par les couleurs. Les ellipses montrent approximativement les zones avec des anomalies positives de pression (en rouge) et négatives (en bleu). On retrouve globalement le même schéma que depuis le début du mois avec des basses pressions concentrées au niveau du pôle ainsi qu’une deuxième zone vers la mer de Bering. Tout autour, ce sont les hautes pressions qui dominent, des États-Unis à la Sibérie en passant par l’Atlantique Nord et l’Europe, laissant peu de place à des talwegs ou à des gouttes froides.

Affichage aggrandi: Figure 5. Pression réduite au niveau de la mer (contours noirs en hPa) et géopotentiel à 500 hPa (couleurs en décamètres) prévu pour le samedi 21 novembre 2020 à 12 h UTC. Modèle IFS.
Figure 5. Pression réduite au niveau de la mer (contours noirs en hPa) et géopotentiel à 500 hPa (couleurs en décamètres) prévu pour le samedi 21 novembre 2020 à 12 h UTC. Modèle IFS.
Source : ECMWF - MétéoSuisse

Regardons maintenant la situation modélisée pour le samedi 28 novembre (figure 6). Il s’agit du scénario haute résolution du modèle IFS (run du 21.11 00Z), la situation samedi prochain devrait s’en approcher mais pas y ressembler exactement. Cela permet cependant d’illustrer les quelques changements qui pourraient survenir par rapport à ce week-end. Globalement au niveau de l’hémisphère nord, peu de changements sont à attendre. On retrouve les deux grandes zones dépressionnaires mais avec un centre qui semble se décaler un peu plus en direction du Canada. Ceci aurait comme conséquence de favoriser encore d’avantage l’extension des hautes pressions en direction de la Scandinavie et de la Sibérie. Des cut-offs (gouttes froides) pourraient donc se former et circuler à des latitudes plus basses, par exemple sur l’Atlantique Nord, la Méditerranée, l’Ukraine ou encore le Kazakhstan. Cela se traduirait notamment par une baisse de l’oscialltion nord-atlantique (NAO, en rouge sur la figure 7). Concrètement cela entrainerait peu de changements pour la Suisse avec toujours un temps sec, mais potentiellement plus frais (ou froid) avec un flux d’est continental.

Affichage aggrandi: Figure 6. Pression réduite au niveau de la mer (contours noirs en hPa) et géopotentiel à 500 hPa (couleurs en décamètres) prévu pour le samedi 28 novembre 2020 à 12 h UTC. Modèle IFS.
Figure 6. Pression réduite au niveau de la mer (contours noirs en hPa) et géopotentiel à 500 hPa (couleurs en décamètres) prévu pour le samedi 28 novembre 2020 à 12 h UTC. Modèle IFS.
Source : ECMWF - IFS

… et toujours

Si l’on regarde encore plus loin, c’est-à-dire pour le mois de décembre. Les dernières projections à long terme du centre européen (ECMWF) calculées le 19 novembre n’envisagent pas de modification majeure dans la circulation à l’échelle hémisphérique. La figure 7 ci-dessous montre sous forme de contours noirs, la pression moyenne en altitude (géopotentiel à 500 hPa) et les anomalies en couleurs pour 4 semaines du 30 novembre au 28 décembre. Les zones bleues indiquent des pressions plus basses que la norme à cette saison et les zones oranges des pression plus élevées. Il n’y a que peu de différence par rapport à la situation actuelle (figures 5 et 6). On retrouve des pressions plus basses que la norme au niveau du pôle alors que celles-ci resteraient plus élevées tout autour aux latitudes moyennes et notamment en Europe. Il est possible que le modèle ait de la peine à appréhender un changement dans une situation qui parait bloquée et donc modélise toujours la même situation. Il faut également garder à l’esprit qu’il s’agit là de moyennes lissées et qu’une anomalie anticyclonique n’empêche pas parfois l’intrusion d’une dépression. Pour les amateurs de temps dynamique et de neige, il semblerait cependant qu’un peu de patience s’impose. Et pour les lecteurs qui désirent une analyse plus détaillées (en anglais), cliquez ici.

Affichage aggrandi: Figure 7. Géopotentiel moyen par semaine (contours noirs en dévamètres) et anomalies (en couleurs). Modèle IFS.
Figure 7. Géopotentiel moyen par semaine (contours noirs en dévamètres) et anomalies (en couleurs). Modèle IFS.
Source : ECMWF - www.ecmwf.int

Commentaires (9)

  1. Jean-Michel Gros, 23.11.2020, 08:45

    Juste une simple et courte vie d'homme. J'ai 66 ans et me souvient encore des hivers que nous avions dans les années 60-80. j'aurai aimé être météorologue, mais à cette époque mes parents n'avaient pas les moyens de me payer ces études, j'en ai fait donc mon hobby.
    Depuis 20 ans, il me semble très clair que le courant jet nordique circule de plusieurs centaines de kilomètres plus au nord et que les masses d'air froid entrainées à l'arrière des perturbations sont de moins en moins froide (2-3 degrés de plus). De ce fait, le corps des perturbations est plus doux, donc la masse neigeuse tombe 3 à 400 mètres plus haut qu'avant.
    Avant, nous avions des périodes où les chutes de neige s'installaient pendant 2 à 3 semaines, même en plaine. Ces périodes là n'existent plus. Le réchauffement climatique est très clair. Au fur et à mesure que les années avancent, la moyenne des chutes de neige est en hausse. A mon avis, il tombe maintenant à 800 mètres ce qu'il tombait à 400 mètres il y a 20 à 30 a

    Réponses

    Répondre à Jean-Michel Gros

    * Champ obligatoire

    Merci beaucoup de votre contribution. Chaque contribution est vérifiée par la rédaction avant d'être validée. Cette vérification peut durer un certain temps.

    Merci de votre compréhension

    Votre contribution n'a malheureusement pas pu être transmise. Veuillez réessayer ultérieurement.

    Merci de votre compréhension

  2. Tom Favre, 22.11.2020, 10:07

    Est-ce que cela voudra dire que la neige en plaine (400-600m) devra attendre la nouvelle année ou ces prévisions à long terme peuvent-elles changer?

    Réponses

    Répondre à Tom Favre

    * Champ obligatoire

    Merci beaucoup de votre contribution. Chaque contribution est vérifiée par la rédaction avant d'être validée. Cette vérification peut durer un certain temps.

    Merci de votre compréhension

    Votre contribution n'a malheureusement pas pu être transmise. Veuillez réessayer ultérieurement.

    Merci de votre compréhension

    1. MétéoSuisse, 22.11.2020, 15:35

      Bonjour, ces prévisions à long terme peuvent changer. Même si ces tendances s'avèrent être au final correctes, il est tout à fait possible que des perturbations traversent le pays à un moment ou un autre (avec peut-être de la neige). Il s'agit là de moyennes par semaine qui ne permettent pas de prévoir les détails sur une échelle de temps plus courte.

  3. valazza, 22.11.2020, 01:05

    Quel beau travail d'analyse! A relire pour mieux comprendre. Bravo et merci!

    Réponses

    Répondre à valazza

    * Champ obligatoire

    Merci beaucoup de votre contribution. Chaque contribution est vérifiée par la rédaction avant d'être validée. Cette vérification peut durer un certain temps.

    Merci de votre compréhension

    Votre contribution n'a malheureusement pas pu être transmise. Veuillez réessayer ultérieurement.

    Merci de votre compréhension

  4. Claude Guignard, 22.11.2020, 01:03

    Les moyens d'analyse actuels ainsi que l'appréciation de l'évolution probable coupent les effets de surprise du passé. Mais au moins nous sommes fixés. Il faut donc une fois de plus s'attendre à une poursuite du temps trop sec et rien ne laisse entrevoir d'ici la fin de l'année un fort refroidissement ni d'abondantes précipitations. Il est fort probable que de telles situations se sont déjà produites et il serait interessant de voir comment elles ont finalement pris fin. Je suis certain que vous y avez déjà procédé.

    Réponses

    Répondre à Claude Guignard

    * Champ obligatoire

    Merci beaucoup de votre contribution. Chaque contribution est vérifiée par la rédaction avant d'être validée. Cette vérification peut durer un certain temps.

    Merci de votre compréhension

    Votre contribution n'a malheureusement pas pu être transmise. Veuillez réessayer ultérieurement.

    Merci de votre compréhension

  5. Hugo, 22.11.2020, 00:01

    Bonsoir. La nuit de jeudi à vendredi était claire et l’air froid en altitude a favorisé des températures en dessous de 0 un peu partout dans le pays. Cependant, comment est-il possible que la nuit de samedi à dimanche les températures en altitude (> 3000m) soient supérieures à 0 et même supérieures à des stations en plaine? Inversion thermique possible mais pour une différence de 2500m ou plus entre les stations, c’est impressionant...!

    Réponses

    Répondre à Hugo

    * Champ obligatoire

    Merci beaucoup de votre contribution. Chaque contribution est vérifiée par la rédaction avant d'être validée. Cette vérification peut durer un certain temps.

    Merci de votre compréhension

    Votre contribution n'a malheureusement pas pu être transmise. Veuillez réessayer ultérieurement.

    Merci de votre compréhension

    1. MétéoSuisse, 22.11.2020, 15:27

      Bonjour, il est possible d'avoir de telles inversions à cette période de l'année car les nuits sont longues ce qui permet à l'air froid de s'accumuler dans les basses couches de l'atmosphère. Les journées courtes et le soleil bas sur l'horizon ne suffisent pas à dissiper cette inversion la journée.

  6. Laurent Terrier, 21.11.2020, 16:29

    Cette situation est-elle favorable pour les régions polaires qui pourraient gagner quelques semaines froides grâce au vortex qui ne se désagrège pas ?

    Réponses

    Répondre à Laurent Terrier

    * Champ obligatoire

    Merci beaucoup de votre contribution. Chaque contribution est vérifiée par la rédaction avant d'être validée. Cette vérification peut durer un certain temps.

    Merci de votre compréhension

    Votre contribution n'a malheureusement pas pu être transmise. Veuillez réessayer ultérieurement.

    Merci de votre compréhension

    1. MétéoSuisse, 22.11.2020, 15:24

      Bonjour, ce n'est pour l'instant pas le cas. Les températures se situent actuellement entre 5 et 20° au-dessus des normes sur tout l'océan Arctique. Cela provient notamment du fait que la banquise est moins étendue qu'en moyenne à cette période de l'année. Si le vortex polaire reste concentré pendant encore plusieurs semaines, on peut imaginer que ces anomalies positives de température vont progressivement diminuer.