Journée météorologique mondiale 2018 – 12 fois la pluie

23 mars 2018, 31 Commentaire(s)
Thèmes: Portrait

Nous dédions entièrement cette journée mondiale de la météo au thème de la pluie. Régulièrement, des questions nous parviennent sur ce thème passionnant et nos experts vont se faire un plaisir d’y répondre. Saviez-vous par exemple à quelle vitesse une goutte d’eau tombe sur le sol ou quels sont les nuages qui apportent le plus de pluie ?

1. Comment la pluie naît-elle ?

De l’eau s'évapore à partir du sol, de la végétation ou de cours d’eau ; elle devient de la vapeur d’eau. Selon la température, l’air peut absorber plus ou moins de vapeur d’eau. Plus l’air est froid, moins il peut emmagasiner de vapeur d’eau et plus il en est saturé rapidement. Quand l’air monte, il se refroidit jusqu’à atteindre ce point de saturation. Il naît alors des gouttes d’eau microscopiques. En grand nombre, ces gouttelettes forment un nuage. Si les gouttelettes deviennent trop lourdes, elles tombent sur le sol sous forme de pluie.

2. À quelle vitesse une goutte de pluie tombe-t-elle ?

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La vitesse de chute d’une goutte dépend de la grosseur de la goutte. Les petites gouttes tombent lentement, les grosse gouttes tombent vite. Il existe une règle approximative pour calculer cette vitesse de chute : en mètres par seconde (m/s), cette vitesse correspond au double du diamètre de la goutte en millimètres. Lorsqu’un nuage crève, des gouttes de 4 millimètres s’abattent sur la terre à une vitesse de 8 m/s (= 29 km/h). Toutefois, la plupart des gouttes sont nettement plus lentes : si les grosses gouttes de pluie d’une averse orageuse ont un diamètre de 3 à 5 mm, les gouttes ordinaires d’une bruine persistante, avec un diamètre de 1 mm, tombent à une vitesse d’environ 2 m/s ; la moyenne oscille entre 1 et 6 m/s.

3. Combien de pluie faut-il pour déclencher une crue ?

À titre d’exemples, les graves inondations qui ont causé d’énormes dégâts en août 2005 ou en août 2007 ont eu lieu après deux jours de fortes précipitations sur de vastes territoires où il est tombé de 80 à plus de 100 litres par mètre carré. On peut s’attendre à ce qu’un tel événement se produise tous les 10 à 20 ans. Dans certaines régions, les quantités de précipitations ont même atteint plus de 200 litres par mètre carré en deux jours. Si l’on se réfère à de longues périodes de temps, de telles quantités sont atteintes ou dépassées environ tous les 100 ans, voire plus rarement.

4. Où pleut-il le plus en Suisse ?

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En moyenne, sur le long terme c’est sur le versant est du nord des Alpes, depuis la région du Säntis jusqu’aux Alpes schwytzoises, que les quantités annuelles de pluie sont les plus élevées. Les chiffres annuels les plus élevés y oscillent entre 2500 et 2800 litres par mètre carré.

5. Combien de pluie par an tombe-t-il en Suisse en moyenne ?

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Il tombe en Suisse plus de précipitations par année en moyenne que ce que l’espace du lac de Constance pourrait contenir. Selon les calculs que permettent les données de MétéoSuisse, chaque mètre carré en Suisse reçoit en moyenne à peu près 1200 litres par an. Cela donnerait une couche d’eau de 1,2 mètres sur la surface de la Suisse, ou environ 51 km3 d’eau. Le lac de Constance peut contenir environ 49 km3 d’eau.
Mais des quantités d’eau inimaginables peuvent tomber du ciel même en quelques jours. En août 2007, il est tombé près de 100 litres de pluie par mètre carré en Suisse en l’espace de 3 jours. Cela fait près de 4 km3 d’eau, ce qui correspond environ au volume d’eau du lac de Zurich.

6. J’ai l’impression qu’il y a de plus en plus souvent de très fortes pluies. Cette observation est-elle juste et concerne-t-elle toutes les régions du pays ?

Votre impression ne vous trompe pas. Dans plus de 90 % des stations météo, l’intensité des plus fortes précipitations journalières augmente légèrement d’année en année – en moyenne de +7,7 % par degré de réchauffement, soit d’environ 12 % depuis 1901. Cette tendance devrait se poursuivre. C’est au Tessin qu’il tombe le plus de précipitations en peu de temps – en l’espace de quelques jours. Les fortes précipitations sont surtout un phénomène d’été, car les plus violentes sont souvent liées à des orages.

Informations complémentaires :

 

7. Est-il vrai qu’il faudra compter avec moins de pluie en été à l’avenir ?

Selon les scénarios les plus récents, les quantités de précipitations en hiver, au printemps et en automne pourraient augmenter aussi bien que diminuer en Suisse (le signal lié au changement climatique n’est pas clair). En été toutefois, il faut s’attendre à moins de précipitations en moyenne. Selon le scénario et la région, cette diminution attendue des quantités de précipitations se situe entre 10 et 30 % à l’horizon de la fin de ce siècle.

Informations complémentaires :

  • Les scénarios du changement climatique en Suisse permettent de donner une estimation de l'évolution du climat au XIXe siècle.
  • Changement climatique Suisse : Le climat en Suisse est caractérisé par d’importantes fluctuations naturelles. Cependant, certains changements depuis l'industrialisation ne peuvent s'expliquer que par l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre.

 

8. Certains nuages apportent-il des pluies particulièrement abondantes ?

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Ce sont les nuages d’orage qui apportent le plus de pluie : les cumulonimbus.

9. Comment MétéoSuisse mesure-t-elle la quantité de pluie ?

MétéoSuisse mesure la quantité de pluie répartie sur la Suisse sur 260 sites de mesure automatique et 200 sites de mesure manuelle. Les stations automatiques fournissent à la banque de données centrale une somme de précipitations toutes les 10 minutes. Sur les sites manuels, la quantité de pluie est mesurée à la main chaque matin et communiquée en ligne à la centrale. Quant aux capteurs automatiques, soit ils possèdent un mécanisme de bascule (0,1 mm de pluie par basculement), soit ils additionnent le poids des précipitations tombées. Les instruments de mesure manuelle ont un récipient qui est vidé sous leur entonnoir-collecteur. Toutes ces données sont examinées en ligne à divers stades ; si nécessaires, elles sont complétées et corrigées.

10. Je me demande quelles sensations on peut éprouver dans un nuage de pluie. Se sent-on comme dans le brouillard, ou peut-être comme dans de l’eau ?

La plupart des nuages donnent une sensation de brouillard. Le brouillard n’est rien d’autre qu’un nuage qui traîne sur le sol. Selon la teneur en eau et la température, le nuage vous mouille, ou des cristaux de neige et de glace se déposent.

11. Combien pèse un nuage de pluie ?

Le poids d’un nuage dépend de sa température, de sa taille et de sa densité. Plus l’air est chaud, plus un nuage peut contenir d’eau. Un nuage de beau temps (cumulus) contient environ 1 gramme d’eau par mètre cube. Un nuage mesurant 1 kilomètre cube pèse donc environ 1000 tonnes. Les nuages d’orage peuvent peser plusieurs millions de tonnes.

12. L’hiver est-il plus sec si il a plu plus que la moyenne en été ?

Le temps qu’il fait n’a pas de mémoire. À ce jeu-là, les cartes sont toujours « remélangées » physiquement. Cela veut dire que l’atmosphère se reforme constamment. Les précipitations  d’un été donné n’ont donc pas d’influence sur les précipitations de l’hiver suivant.

Merci beaucoup à Stephan Bader, à Alexander Giordano et à Thomas Konzelmann pour leur soutien professionnel.

La Journée mondiale de la météorologie, qu’est-ce que c’est exactement ?

La Journée mondiale de la météorologie commémore tous les 23 mars l’entrée en vigueur, en 1950, de la Convention qui a institué l’OMM (Organisation Météorologique Mondiale). L’OMM, en tant qu’institution spécialisée des Nations Unies (ONU), rassemble 191 Etats membres. La Suisse compte parmi ces derniers depuis 1950 et est représentée par l’Office fédéral de météorologie et de climatologie MétéoSuisse.

«Weather-ready, climate-smart»

Le changement climatique à long terme augmente l’intensité et la fréquence des événements météorologiques extrêmes. Plus que jamais, nous devrons montrer des égards pour le climat et nous protéger contre les eaux. C’est pourquoi l’OMM place la journée météorologique mondiale de cette année sous le slogan « weather-ready, climate-smart ». L’eau est une composante importante : il s’agit d’être water-wise, selon le vocabulaire de l’OMM.

Avec la population mondiale croissante, la demande en eau augmente également. La question d’une gestion efficace et et durable de cette ressource limitée nous occupera de plus en plus. Le changement climatique et l’urbanisation sont des facteurs de stress hydrologique et augmentent le danger pour des communautés et des installations d’être exposées à des événements tels qu’inondations ou sécheresses. Pour pouvoir limiter autant que possible les conséquences négatives et envoyer des alertes assez tôt, nous avons besoin de données sur toutes les ressources en eau. L’OMM soutient ses membres dans l’évaluation de leurs ressources en eau pour qu’ils puissent mieux réagir aux dangers. MétéoSuisse recueille des données météorologiques et climatologiques dans tout le pays et prévient les autorités et la population des dangers liés à la météo.

Commentaires (31)

  1. Roland-Alexandre Gross, 22.05.2018, 13:52

    Encore un article passionnant. Merci à l'équipe de MétéoSuisse.
    "Le temps qu’il fait n’a pas de mémoire". C'est bien de nous le rappeler. Malgré les informations que l'on peut lire sur MétéoSuisse, nous sommes nombreux à croire que les précipitations à tel moment de l'année influenceront celles des saisons futures. Alors que "les cartes sont toujours « remélangées »".

  2. Ignace Carro, 30.04.2018, 18:19

    Commentaires excellents et instructifs, Merci

  3. Stéphane, 30.04.2018, 17:18

    1ere question: "se condense" ? Pas plutôt "s'évapore" ?

    1. MétéoSuisse, 01.05.2018, 01:06

      Effectivement, "s'évapore" est plus approprié. Merci pour votre remarque. Le terme a été corrigé.

  4. nico, 30.04.2018, 17:04

    Excellente article!
    Merci

  5. Chris, 29.04.2018, 22:33

    Superbe article. Merci bcp

  6. aerosol, 29.04.2018, 12:01

    merci pour vos services météo

  7. Olive, 19.04.2018, 23:31

    Quel service ! Merci !

  8. frezard agnes, 10.04.2018, 01:06

    Vous êtes meilleurs que nous en France !!!je regarde toujours votre météo,bien plus fiable! merci.

  9. Alain Derippe, 03.04.2018, 22:45

    Merci pour ces infos, ça fait longtemps que je me demandais le poids des nuages...l eau reste un élément extraordinaire, solide liquide et gazeux ,des milliards de tonnes qui ce baladent dans le ciel. C' est épatant.

  10. Christophe, 28.03.2018, 14:06

    Merci pour cet article et plus généralement tous les articles de meteosuisse qui sont d'excellentes qualités.

  11. Philippe, 28.03.2018, 06:51

    Excellent, merci pour ces infos. Les phénomènes météorologiques sont parfois tellement complexe, que des articles type "le saviez-vous" aident à se raccrocher à quelque chose de concret. Dans tous les cas, bravo et merci!

  12. Philgood, 27.03.2018, 21:29

    C'est la démonstration que l'on peut parler de la pluie et du beau temps en étant intéressant et scientifique !
    Merci

  13. Woringer Virgile, 26.03.2018, 03:18

    On a l'impression que les saisons se décalent dans l'année, les changements survenant plus tard. Est-ce vrai ?

    1. MétéoSuisse, 27.03.2018, 22:18

      C’est très variable selon les années. Mais, il est clair que les saisons sont décalées par rapport au soleil. Ainsi, alors que le soleil est au plus haut vers le 21 juin, c’est vers la fin juillet que les températures les plus élevées sont généralement mesurées en Suisse. Cela s’appelle l’inertie thermique avec un décalage des saisons de 30 à 40 jours par rapport au soleil.

  14. Hess Catherine, 25.03.2018, 19:28

    Votre blog est hyper intéressant ! Merci pr toutes ces infos dont certaines surprenantes ex sable Sahara en Grèce avec photos et cartes!

  15. Marie Di Marco, 25.03.2018, 12:25

    Une fois de plus, un article super intéressant ! Merci meteosuisse.

  16. Michael Aramini, 25.03.2018, 01:12

    Merci pour cette article, vraiment Excellent. J'aime surtout les chiffre sur la quantité d'eau total qui tombe (je me la suis poser il y a quelque mois sans trouver de réponse alors je suis très content que on m'a répondu sans que j'aille poser la question. ) et le poids d'un nuage. Et oui l'air a un poids on n'y pense pas mais il est colossal. L'autre question est pourquoi nous ne le sentons pas réellement nous devrions être écrasé par ce poids ?

    1. Jan dit Pompon, 29.03.2018, 09:52

      Ayant fait de la plongée sous-marine pendant de nombreuses années, j'ai été confronté par cette question de pression barométrique. On ne la sent pas parce qu'elle s'exerce dans tous les sens. Elle se mesure par rapport à une colonne d'air imaginée sur 1 cm2 et représente 1 kg au niveau de la mer. Un mètre cube d'air pèse 1,2 kg. (chiffres arrondis).

  17. Stéphane, 24.03.2018, 09:56

    Génial ! Merci pour toutes ces infos !

  18. Freiburghaus Philippe, 24.03.2018, 08:11

    Merci! Ces pages sont passionnantes.

  19. Michel Favre, 24.03.2018, 08:06

    Merci pour ces très intéressantes explications. Je regarderai tomber la pluie avec un autre oeil :-)

  20. Jo Lebesnerais, 24.03.2018, 07:46

    Intéressant. Merci pour votre travail d’etude et d’information.

  21. Colin Bissegger, 23.03.2018, 20:51

    Bonne fête à tous les météorologues et aux amis de la météorologie!
    Merci pour votre blog toujours passionnant.

  22. Marie-Claire, 23.03.2018, 14:32

    Merci pour ce portrait de la pluie,
    très intéressant et instructif.

  23. Eric Déjardin, 23.03.2018, 11:58

    Les points 5 et 7.... j'avoue que je ne les ai pas compris, ne parlant pas allemand...
    Pour les autres points, il est bon de rappeler régulièrement les principes de base de la formation des nuages et leur incidence sur notre quotidien. Merci.

  24. Babette Hünenberger, 23.03.2018, 11:28

    Très intéressant, mais n’oubliez pas de vérifier que tous les paragraphes sont bien traduits en français (voir point 7). Merci !

  25. Jean-Paul Barman, 23.03.2018, 10:50

    Passionnant, mais ne partie du texte est restée en allemand. De plus, "un" été, au ch. 12.

  26. Claude Guignard, 23.03.2018, 09:18

    Merci de ces réponses claires à de nombreuses questions. Il en reste, c'est sûr. Avec la météo il y a toujours des questions. Vous-mêmes vous vous en posez certainement.. sans .trouver de réponse. Pourra-t-on même un jour tout comprendre ? Les lois qui regissent les phenomenes de l'atmosphère aparaissent très complexes.

  27. Rodrigo, 23.03.2018, 09:09

    Merci pour ces explications, mais certaines questions sont restées en allemand.

    1. MétéoSuisse, 27.03.2018, 22:11

      Merci pour votre remarque. A présent, tout a été traduit.