Pluie extrêmement faible et chaleur record

25 juillet 2018, 8 Commentaire(s)
Thèmes: Climat

La Suisse connaît, à l’heure actuelle, la période avril-juillet la moins pluvieuse depuis près de 100 ans. La dernière période avril-juillet la plus faible en précipitations remonte à l’année 1921. Le manque de pluie s’accompagne d’une chaleur record qui dépasse même celle de l’année caniculaire 2003.

La sécheresse actuelle est également visible dans les Alpes. De nombreux petits lacs de montagne se sont asséchés.
La sécheresse actuelle est également visible dans les Alpes. De nombreux petits lacs de montagne se sont asséchés.

Manque de pluie extrême

La pluviométrie particulièrement faible en Suisse ne dure pas depuis quelques semaines, mais depuis le mois d’avril déjà. Moyennée sur l’ensemble de la Suisse, il s’agit de la quatrième période avril-juillet la plus sèche depuis le début des mesures en 1864. Sur les quatre mois, la pluviométrie n’a représenté que 65% de la moyenne à long terme. Il avait encore nettement moins plu entre avril et juillet 1870 avec 46% de la norme seulement. La moyenne à long terme est basée sur la période standard actuelle 1981-2010.

Régionalement, il manque l’équivalent de 2 mois de pluie

Au Nord des Alpes, la région présentant les plus faibles sommes de précipitations entre avril et juillet s’étend du nord du canton d’Argovie au canton de Thurgovie, en passant par les cantons de Zurich et Schaffhouse. Dans ces régions, il n’est tombé qu’entre 150 et 200 mm de pluie. C’est moins de la moitié que la moyenne à long terme. Dans ces régions, il manque l’équivalent de 2 mois complets de pluie. Au cœur du massif alpin, il est régionalement tombé moins de 150 mm, parfois même moins de 100 mm de pluie. Dans ces régions également, il manque l’équivalent de près de 2 mois de pluie.

Chaleur record

Les faibles précipitations depuis avril ont été combinées avec des températures élevées. Avec une température calculée pour la fin du mois à 12 degrés, la Suisse est en train de vivre la période avril-juillet la plus chaude depuis le début des mesures en 1864. Le précédent record date de l’année caniculaire 2003 avec 11.8 degrés. Les températures élevées et le manque de pluie ont favorisé une situation de sécheresse qui prévaut à l’heure actuelle. La chaleur persistante favorise une forte évaporation qui accentue massivement le déficit hydrique des sols.

Signes du changement climatique

Depuis la période préindustrielle 1871-1900, la température entre avril et juillet a augmenté de 2 degrés en moyenne nationale. Une augmentation massive de la température de 1.6 degré a été observée entre la période standard 1961-1990 et la période standard en cours 1991-2020. L'augmentation de la norme de température de 8.5 degrés à 10.1 degrés indique de manière impressionnante le changement climatique en cours.

Les événements météorologiques actuels révèlent une image estivale assez typique de l'avenir prévu. L'augmentation supplémentaire de la température, selon les scénarios climatiques, renforcera l'évaporation. Même en l'absence de changement des précipitations, la sécheresse estivale risque de se produire plus fréquemment au cours des prochaines décennies. La baisse des précipitations estivales simulées après 2050 accentuera le problème de la sécheresse estivale.

Informations supplémentaires sur la sécheresse

L’évaluation de la sécheresse régulièrement mise à jour (en allemand)

Le point sur la sécheresse actuelle et les cours d’eau (Office fédéral de l’environnement OFEV)

Danger actuel d’incendies de forêts et mesures prises par les cantons (Office fédéral de l’environnement OFEV)

Informations générales sur les incendies de forêts (Institut fédéral de recherche sur la forêt, la neige et le paysage WSL)

Commentaires (8)

  1. Michele Cuti, 03.08.2018, 01:54

    En période estivale la chaleur et la sécheresse sont le souci mais en hiver qu'adviendra-t-il? -surtout pour les zones de montagne ou le gel ne peut maintenir une stabilité géologique. Ailleurs dans le monde, la situation va s'aggraver d'une façon alarmante. Il n'est pas exclu que des flux migratoires seront la conséquence des mauvaises décisions de style de vie qui ont favorisé les changements climatiques sur la planète. En termes de nourriture et d'eau potable, ou d'eau douce, l'impact du style de vie, qui est caractérisé par une fuite des responsabilités collectives, parce que trop individuelles à mon sens, et tout le monde veut la plus grande partie du gâteaux, la plus grande partie de la couverture quand il fait froid, va empirer le contexte géopolitique. Il n'y pour moi pas de solution miracle à vrai dire. La technologie n'en étant pas vraiment une. Je ne vois qu'une chose possible: consommer tout simplement moins et mieux dans tout les domaines. Dans celui de la santé où il reste beaucoup à faire et pour déterminer objectivement ce qui réellement guérit, écartant de toutes sortes de supercheries, la place de la prévention devrait être accordée d'une façon universelle. Un vaste programme pour chaque ménage, pour chaque personne, pour chaque région, pays, pour le monde entier.

  2. Damien Hoffmann, 27.07.2018, 09:24

    En complément à la question de M. Quentin, je constate que les régimes des vents tendent à se modifier avec des épisodes de bise en été et des courants thermiques plus forts en montagne en deuxième partie de journée.Trop tôt bien sûr pour en tirer des conclusions, mais le vent associé aux températures élevées accentue encore la sécheresse. Est-ce que les mesures des stations météo tendent-elles à montrer une évolution dans ce sens ?

    1. MétéoSuisse, 27.07.2018, 12:28

      Votre question demande des études plus poussées. Mais il est vrai que lorsque les journées sont bien ensoleillées et très chaudes, les brises thermiques sont bien développées en montagne. Comme ce mois de juillet a connu beaucoup de journées ensoleillées et chaudes, de bons courants thermiques ont pu se développer en montagne quasi-quotidiennement. Quant à la bise sur le Plateau, elle provient de la situation de blocage sur la Scandinavie. En effet, avec des pressions plus élevées sur le nord de l’Europe, cela engendre plus facilement des épisodes de bise.

  3. Gerda Claes, 26.07.2018, 11:52

    Je crains malheureusement que Mr. Claude G. ait raison. C'est une évolution qu'on voit déjà depuis plusieures années. Que donnera nous l' avenir??

  4. Gerda Claes, 25.07.2018, 19:42

    Bonjour. Merci pour votre bonne explication, qui est certainement inquiétante.
    Comme touriste, qui vient déjà tant d'années en Suisse, je me souviens encore bien les soirées fraîches en montagne et les multiples pluies pendant nos promenades.
    Si on annonce pour demain une température de 36 °C en Belgique et chaque 'herbe' y voit jaune, brun, je crois que chacun doit faire ce qu'il peut pour sauver le climat. Même la plus petite chose.

  5. Quentin Bernard, 25.07.2018, 12:04

    Bonjour,

    Merci pour ces informations aussi intéressantes qu'inquiétantes.
    Je me demandais si vous aviez une réponse à apporter à la question suivante:
    La météo est certainement altérée par le réchauffement climatique: doit-on s'attendre à une augmentation exponentielle des températures et du manque de précipitations ou à une sorte de stabilisation de celles-ci du fait d'un nouveau régime climatique?

    1. Claude G, 25.07.2018, 20:04

      Je donne pas la réponse à la question de Bernard Quentin mais je partage ses préoccupations. Comme personne ne semble dispose a prendre des mesures efficaces pour réduire le réchauffement climatique, il faut craindre qu'il se poursuive voire s'intensifie. Qu'en pensez - vous ?

    2. MétéoSuisse, 25.07.2018, 20:51

      Selon le GIEC, l’augmentation des températures sera plus marquée sur les régions polaires et les zones montagneuses comme les Alpes, qu’au niveau des tropiques. Mais la hausse dépendra des politiques de réduction d’émission de gaz à effet de serre.
      Au niveau suisse, vous pouvez consulter le lien suivant sur notre site internet :
      https://www.meteosuisse.admin.ch/home/climat/changement-climatique-suisse/scenarios-climatiques.html?filters=t2_W_mam