Un parfum d’été en avril

27 avril 2018, 5 Commentaire(s)
Thèmes: Climat

Avril 2018 a été très ensoleillé en Suisse accompagné d’une chaleur pré-estivale. En moyenne nationale, ce mois d’avril sera le deuxième le plus chaud depuis le début des mesures en 1864. Notamment en Suisse centrale et orientale, la pluviométrie a été une des plus faibles pour un mois d’avril depuis le début des mesures. Le retard pris par la végétation au début du mois s’est rapidement transformé en une avance en raison de la chaleur persistante.

Une magnifique journée estivale le 22 avril 2018 au Bantiger au-dessus de Berne. Photo : M. Kopp
Une magnifique journée estivale le 22 avril 2018 au Bantiger au-dessus de Berne. Photo : M. Kopp

Ensoleillement et grande douceur grâce au foehn et à l’anticyclone

La première quinzaine d’avril a été caractérisée par des conditions anticycloniques et des situations de foehn du sud. Le temps a souvent été ensoleillé et doux. Les conditions étaient anticycloniques le 2, du 5 au 7 et le 14 avril. Un courant de sud à sud-ouest avec du foehn a engendré un temps assez ensoleillé avec de la douceur les 3 et 4, les 8 et 9, ainsi que les 11 et 12 avril. Au Sud des Alpes, ces journées ont souvent été grises et pluvieuses. Sous les précipitations les plus intenses, il a neigé le 12 avril jusque vers 800 mètres d’altitude.

La seconde quinzaine du mois a été anticyclonique avec beaucoup de soleil. Du 17 au 25, une chaleur pré-estivale s’est installée sur tout le pays. Même à des altitudes supérieures à 2500 mètres, la température est restée supérieure à 0 degré pendant la nuit.

Avril extrêmement chaud

En moyenne nationale, la température d’avril atteindra 7.7 à 7.9 degrés. Jusqu’à présent, seul avril 2007 avait été plus chaud en Suisse avec une valeur de 9.0 degrés. Pour la plupart des régions de Suisse, il s’agira du deuxième au quatrième mois d’avril le plus chaud depuis le début des mesures en 1864. Au Jungfraujoch, avril 2018 est en passe d’atteindre une température moyenne record de -5.6 degrés, battant de peu la température record de -5.7 degrés établie en avril 2007. Les températures sont mesurées au Jungfraujoch depuis 1933.

Records pour les températures maximales

Au cours de la seconde quinzaine du mois ensoleillée, les températures maximales ont atteint de nouveaux records pour un mois d’avril dans quelques sites de mesures. Cependant, comme le montre la tabelle ci-dessous, cela s’est essentiellement produit dans des stations qui ne disposent pas de longues séries de mesures.

A Bâle qui disposent de données depuis 1897, les 28.3 °C mesurés le 21 avril constituent la cinquième valeur maximale la plus élevée pour un mois d’avril. Le record établi le 17.04.1934 avec 29.4 °C tient toujours. A Genève, il a manqué 0.2 degré pour battre le record de 27.7 degrés du 17.04.1934. Les 27.5 °C mesurés le 22 avril constitue la quatrième valeur maximale la plus élevée pour un mois d’avril. Les données de températures maximales à Genève sont disponibles depuis 1864.

Au Sud des Alpes, il n’y a eu aucun record sur les températures maximales. Les valeurs les plus élevées mesurées en avril 2018 ont été comprises entre 27 et 28 degrés. Mais les records pour un mois d’avril se situent plutôt entre 30 et presque 32 degrés.

Fonte rapide de la neige en montagne en raison de la chaleur

Au début du mois, le manteau neigeux en montagne était encore bien épais et supérieure à la moyenne. Mais avec la chaleur de la seconde quinzaine d’avril, la fonte de la neige a été marquée. La neige n’a pas seulement fondu pendant les journées ensoleillées. Même la nuit, la température au Weissfluhjoch, à près de 2700 mètres, est restée nettement supérieure à 0 degré. Ainsi, à la fin avril, l’épaisseur du manteau neigeux en montagne s’est souvent retrouvée dans la moyenne voire inférieure à la moyenne.

Manque persistant de pluie au Nord

En conséquence des fréquentes situations de hautes pressions avec un ensoleillement généreux, de nombreuses régions de Suisse n’ont pas souvent vu la pluie tomber dans le courant du mois. Sur le Plateau oriental, il est régionalement tombé jusqu’au 25 avril l’équivalent de moins de 10% de la norme 1981-2010. Sur les autres régions du Nord des Alpes, il a été mesuré jusqu’au 25 moins de 30% de la norme mensuelle.

Au Sud des Alpes, les situations de barrage du sud du 3 au 4 et du 9 au 12 avril ont provoqué quelques précipitations. Jusqu’au 25 avril, le Sud des Alpes a reçu l’équivalent de 50 à 80% de la norme des précipitations. En Haute-Engadine, la norme 1981-2010 a même déjà été dépassée.

Développement rapide de la végétation

Au début du mois d’avril, la végétation était encore légèrement en retard, comme par exemple pour la floraison des pas-d’âne en altitude. La floraison des cerisiers a débuté le 8 avril, dans la moyenne des 20 dernières années. Selon les stations, cela s’est situé entre 1 jour d’avance et 6 jours de retard. Ensuite, les températures élevées ont accéléré le développement de la végétation, de sorte que nombreuses phases phénologiques se sont produites presque simultanément ou se sont succédé pendant une courte période. Le retard de la végétation s’est rapidement transformé en une avance.

A partir du 15 avril, on pouvait souvent observer des dents-de-lion en floraison, de même que des cardamines des prés et des arbres fruitiers. Normalement, les poiriers fleurissent une semaine environ plus tard que les cerisiers, tandis que les pommiers fleurissent 5 jours après les poiriers. Cette année, la floraison générale de ces arbres fruitiers s’est presque manifestée au même moment comme le montre les rapports reçus jusqu’à ce jour : les cerisiers ont fleuri le 18 avril, les poiriers le 20 avril et les pommiers le 22 avril. Les cerisiers ont fleuri avec une avance de l’ordre de 4 jours par rapport à la moyenne 1981-2010, les poiriers avec une avance de 7 jours et les pommiers avec une avance de 9 jours.

A partir de la mi-avril, les forêts sont rapidement devenues vertes. Alors que le déploiement des feuilles du noisetier, du bouleau, du marronnier et des aiguilles du mélèze n’a eu lieu qu’avec une avance de quelques jours par rapport à la moyenne de comparaison sur 30 ans 1981-2010, le hêtre a rapidement déployé ses feuilles. En plaine, des hêtres verts ont pu être observés à partir de la mi-avril. Dès le 22 avril, les feuilles étaient déjà déployées à plus de 800 mètres d’altitude. Le déploiement des feuilles du hêtre en avril s’est produit avec une avance de 6 à 11 jours par rapport à la moyenne de la période 1981-2010. Avec une avance presque comparable par rapport à la moyenne, le début de la floraison du marronnier a commencé à être observé à partir du 20 avril.

Le bulletin définitif d’avril 2018 sera disponible à partir du 10 mai 2018 dans la rubrique rapports climatiques.

Commentaires (5)

  1. Dusapin, 09.05.2018, 08:23

    On parle toujours de réchauffement, mais je vois qu'on a vite oublié la deuxième quinzaine d'avril 2017, il a neigé 3 fois sur les salades (500 m d'altitude), on a failli ne pas avoir de raisins en Suisse, sauvé par des feux allumés au milieu des vignes, 2 mètres de neige fraîche au Titlis et la Suisse Centrale sous 20 cm de neige au 28 avril.. Oui le mois d'avril 2018 a été chaud mais la deuxième quinzaine d'avril 2017 a été la plus froide de ma mémoire d'homme, stop au statistique, car si on veut toujours parler de chaud, on y arrive toujours certes , mais pour les records de neige ou de froid sur certaine période, on y arrive aussi !! Ça dépend de notre volonté à faire croire aux gens.

    1. MétéoSuisse, 09.05.2018, 22:00

      C’est vrai, la seconde quinzaine d’avril a été fraîche. Après un mois de mars particulièrement doux (le deuxième le plus chaud depuis 1864), la végétation avait pris passablement d’avance et les gelées survenues au cours de la seconde quinzaine d’avril ont fait des ravages. Malgré cette seconde quinzaine fraîche, la température en avril 2017 a tout de même dépassé la norme. Enfin, mai a également été au-dessus de la normale. Finalement, la Suisse a vécu en 2017 son troisième printemps le plus chaud depuis le début des mesures. Malgré un printemps globalement très doux, il y a eu une quinzaine de jours en avril qui ont été très frais. Comme toujours avec des moyennes, cela cache des disparités. Et même dans un contexte de réchauffement, il y aura toujours des périodes très fraîches qui pourront se manifester.
      Le blog météo du 5 mai relate une journée de bise très fraîche survenue le 4 mai 1975. http://www.meteosuisse.admin.ch/home/actualite/meteosuisse-blog/meteosuisse-blog.subpage.html/fr/data/blogs/2018/5/tempete-de-bise-il-y-a-43-ans-.html

  2. Remi Descombes, 05.05.2018, 19:25

    Les apiculteurs ont comme habitude: donner des cadres à bâtir à la floraison du pissenlit, poser les hausses à la floraison du cerisier. Cette année encore, dans l'arc lémanique en tout cas, ces deux floraisons se sont faites en même temps.

  3. m, 30.04.2018, 09:53

    Dommage pour la température maximale à Genève : quelques cirrus ont empêché le record d'être battu.

    Dommage ??? Mais on n'a pas besoin de record !
    Nous sommes en plein réchauffement climatique.

  4. Claude Guignard, 27.04.2018, 15:20

    Le temps du mois d'avril a en tous points été remarquable. Evidemment le sec est lié aux autres phénomènes. On ne peut pas tout avoir en même temps. Dans la moyenne des mois d'avril j'observe que ce n'est que depuis les années 2000 que la hausse des températures s'est véritablement confirmée. De 1945 à 1980 on avait même noté un sensible recul. Il y a toujours des évolutions difficilement explicables.
    Dommage pour la température maximale à Genève : quelques cirrus ont empêché le record d'être battu. Vous l'aviez prévu et j'ai attentivement observé : à peine trop nuageux. .