Quand l’extrême devient la normale

25 novembre 2017, 22 Commentaire(s)
Thèmes: Climat

Ce qui était considéré comme une année extrêmement chaude en Suisse jusqu'en 1990 est maintenant dans la moyenne. Les années les plus fraîches qui se sont produites après 1990 se situaient dans la fourchette de la moyenne d'avant 1990. Ceci est le résultat d'un grand saut de température il y a quelque 30 ans. Un premier aperçu de la prochaine norme standard 1991-2020 à venir montre un événement unique dans la période de mesure de plus de 150 ans.

Le recul du glacier est un signe clair du réchauffement. Le glacier Palü dans le val Poschiavo/GR.
Le recul du glacier est un signe clair du réchauffement. Le glacier Palü dans le val Poschiavo/GR.

Forte augmentation de la température normale

Il ne reste plus que 3 ans avant l’établissement de la nouvelle période standard 1991-2020. Cette norme décrit le climat actuel dans lequel nous vivons. Elle montre également les modifications les plus récentes des changements climatiques précédents. Pour la Suisse, les 27 dernières années ou 90% de la période standard 1991-2020 révèlent une forte augmentation de la chaleur.

Le réchauffement de la période standard 1961-1990 à la période standard suivante 1991-2020 est unique dans les séries de mesures suisses de plus de 150 ans (voir illustration ci-dessous). La température annuelle moyenne suisse a augmenté de près d’un degré, de 4.6 à 5.7 degrés. Une grande partie du fort réchauffement s'est produite à une vitesse considérable en quelques années entre la fin des années 1980 et les années 1990.

L’extrême devient normal

Avant le fort réchauffement de la fin des années 1980, les années 1947 avec 5.6 degrés et 1961 avec 5.5 degrés avaient connu la température annuelle moyenne suisse la plus élevée depuis le début des mesures en 1864. La température de ces 2 années correspondait à la moyenne annuelle actuelle qui est de 5.7 degrés. Ce qui a été considéré comme extrêmement chaud par nos grands-parents et arrière-grands-parents est désormais considéré comme normal dans le climat actuel suisse.

La normale devient extrême

La même chose s’applique à l’inverse. Pour nos grands-parents et arrière-grands-parents, les années fraîches de 1996 avec 4.6 degrés et de 2010 avec 4.7 degrés correspondaient à des années tout à fait dans la moyenne pour eux. Pour nous, cela a été de loin les années les plus fraîches de la période standard débutant en 1991.

Presque 2 degrés plus chaud depuis le début des mesures

Depuis la période préindustrielle 1864-1900, la température des périodes standards a augmenté de 1.8 degré. Au cours des 100 premières années, le réchauffement a été modéré par rapport à l’évolution rapide qui a été constatée entre la période standard 1961-1990 et celle de 1991-2020. Les observateurs attentifs de la nature n’ont pas manqué de remarquer ce coup de chaud. Le recul des glaciers dans les Alpes s’est accéléré ces dernières années. La masse glaciaire se décompose sous nos yeux. Chaque année, les Alpes perdent environ 1 km3 de masse glaciaire, voire plus dans les années très chaudes. Il reste encore 54 km3 de masse glaciaire. D’ici la fin du siècle, avec le même taux de perte, il ne restera plus beaucoup de glaciers en Suisse.

Normes standards et changement climatique

A l’origine, de nouvelles périodes standards de normes ont été introduites par incréments de 30 ans. Par défaut donc, la période standard 1991-2010 aurait dû faire suite à la période standard 1961-1990. Mais, en raison de l’augmentation rapide de la température à la fin du 20ème siècle, l'Organisation météorologique mondiale (OMM) a recommandé d’actualiser la période standard tous les 10 ans. Cela permet de fournir des valeurs standards qui décrivent adéquatement le climat actuel et peuvent être utilisées comme valeurs attendues. Depuis 2013, MétéoSuisse a utilisé la période standard 1981-2010. A partir de 2020, la période standard 1991-2020 sera révisée et introduite.

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Normes climatologiques

Commentaires (22)

  1. Loic, 30.11.2017, 09:57

    Merci pour les liens et références. En parcourant divers graphiques, il semble que vous avez généralement corrigé à la baisse de 0.5°C à 0.8 °C les températures mesurées avant 1980. Par contre, un fort bétonnage du territoire a créé progressivement des ilots de chaleurs urbains autour d'une partie des stations de mesure. N'est-ce pas contradictoire?

    1. MétéoSuisse, 30.11.2017, 14:49

      Il est en effet tout à fait possible que pour les sites de mesures situés en ville subissent une hausse des températures liés à des îlots de chaleurs urbains en raison du bétonnage, en plus de celle liée au réchauffement climatique.
      Cependant, nous ne constatons pas de réelles différence de tendance à la hausse entre les stations situées en ville et celles situées dans des sites ruraux ou en montagne. Le lien suivant montre la tendance de la température annuelle (en degrés par décennie) pour 20 stations de 1864 à 2016.
      http://www.meteosuisse.admin.ch/home/climat/actuel/tendances-climatiques/tendances-observees-aux-stations.html?filters=ths200m0_map_year_1864-current

  2. Loic, 28.11.2017, 22:25

    Selon votre documentation, le graphique de températures que vous présentez se base sur des températures dites homogénéisées, autrement dit corrigées par rapport aux mesures de terrain. Quel est l'impact de ces corrections? Pourriez-vous présenter un graphique sans ces corrections, avec les mesures de terrain? Merci

    1. MétéoSuisse, 29.11.2017, 12:00

      Certains sites de mesures ont changé d'emplacement. Les instruments de mesures ont également évolué. C'est la raison pour laquelle nous utilisons des valeurs homogénéisées.
      Vous trouverez plus d'information sur l'homogénéisation des données en cliquant sur le lien suivant :
      http://www.meteosuisse.admin.ch/home/climat/passe/donnees-mensuelles-homogeneisees/homogeneisation-de-series-de-mesures-climatiques.html

  3. Laurent Delihu, 27.11.2017, 23:15

    "Presque 2 degrés plus chaud depuis le début des mesures".
    Cela indique que depuis 1850 la température augmente. Si les mesures avaient commencé au XIII siècle nous aurions commencé avec des températures vraisemblablement similaires à celles du XXe siècle et donc nous aurions noté que les températures fluctuent dans le temps et ne font pas qu'augmenter. Comme certaines sources tendent à le faire croire.

  4. Beatrice Otto, 27.11.2017, 20:46

    Merci pour cet analyse nette et claire sur la période de 30 (27) ans, et aussi pour les commentaires qui enrichi ceci - par ex. celui qui concerne le Moyen Age. (Excusez toutes fautes de français d'une anglophone.)

  5. Duffet Léon, 27.11.2017, 15:35

    La différence fondamentale entre les variations antérieures et l'actuelle est la présence des gaz à effets de serre, en constante augmentation sans doute pour longtemps et rendant un retour très aléatoire de siècles plus froids.

  6. Guilhem, 27.11.2017, 08:49

    Cette comparaison des moyennes sur 30 ans est selon moi la meilleure façon de monter le réchauffement climatique. C'est indiscutable.
    Ce graphe est d'autant plus puissant qu'il est à l'échelle du pays tout entier. Au passage je suis surpris que la moyenne ne soit que de 5 à 6°. Les stations de montagne doivent y être pour quelquechose.

    Je ne sais pas s'il existe une telle courbe pour la planète entière et si elle existe elle serait certainement sujette à caution (stations pas forcément bien réparties sur le globe et séries non homogénéisées).

  7. Dominique HENNEQUIN, 26.11.2017, 23:55

    Avons nous oublié l'avance spectaculaire des glaciers du début des années 80? Demandez à la station de Saas Fée par ex. l'inquiétude qu'ils avaient en voyant le glacier approcher du village! A Grindelwald c'était pareil et aussi les glaciers de la vallée de Chamonix qui avançaient jusqu'en 1986!

  8. Mimi, 26.11.2017, 22:28

    Vous avez raison je ne suis moi-même pas très optimiste quant au futur et révoltée à entendre certaines théories . J'habite en Valais et je suis agricultrice à temps partiel. Le changement n'était pas si marqué il y a 30 ans mais ces dix dernières années il me semble que cette tendance s'est vraiment accélérée. La végétation se modifie et nous avons de plus en plus d'espèces pour prairies sèches. La quantité d'eau dans les ruisseaux a diminué. Les vents sont devenus très violents. Il me semble que même l'atmosphère forme de nouveaux nuages.
    Probablement que notre espèce se modifiera en conséquence.
    Vu la fonte des glaciers, les barrages se videront et il se pourrait qu'à long terme le Valais devienne une vallée sèche et finalement quasiment inhabitée. Quel gâchis et continuons a faire les autruches !

    1. Denise, 30.11.2017, 06:59

      Non non quand même pas inhabitée, une si belle région. Mon père me dit que il y a 30 ans le foehn était moins présent moins fort.... cette année on en a eu très peu

  9. Dominique HENNEQUIN, 26.11.2017, 20:59

    Attention la fonte des glaciers n'ai pas spécialement du au réchauffement actuel et qui n'a rien d'exceptionnel mais à leur manque d'alimentation à savoir moins de précipitations neigeuses pour alimenter les glaciers.

  10. Walter Wildi, 26.11.2017, 09:17

    La dernière période chaude de plusieurs siècles était le Moyen-âge, entre l'an 800 et 1300. En Valais, on faisait alors pousser le blé jusqu'à env. 2000 m. Les habitants passaient "à pied sec" les grands col vers la Valle d'Aosta, ou encore du Val d'Hérens vers Zermatt. Le climat s'est ensuite dégradé pour passer au Petit-âge glaciaire. Entre 1590 et 1640 les langues des glacier du Val d'Hérens (à titre d'exemple) ont alors subi une croissance de l'ordre de 1.5 km. Après plusieurs fluctuations, le dernier maximum a été atteint en 1850. Depuis, les glaciers reculent, avec des périodes de perte rapide, alternant avec des périodes de stagnation. Dernière stagnation: env. 1960 - 1990. Actuellement, nous sommes de nouveau dans une phase de recul rapide, cette-fois ci soutenu par l'effet de serre provoqué par les émissions de gaz carbonique, de méthane et autres. Fait remarquable: après plus de 170 ans de recul, le niveau du Moyen-âge n'est pas encore atteint! A voir l'évolution actuelle, cela pourrait être le cas dans env. 20 à 40 ans.

    A titre d'indication: Entre le dernier maximum de la glaciation dite de "Würm" il y a 20'000 ans, jusqu'à la fin de la glaciation il y a 10'000 ans, la vitesse de recul du glacier du Rhône était comparable à celle des glaciers du Valais depuis 1850.

    Conclusions:
    1. Le fait des variations est évidemment normal dans l'histoire climatique de la Terre.
    2. Le recul glaciaire depuis 1850 n'avait rien d'étonnant, jusqu'en 1990. Sa vitesse était d'ailleurs bien plus modérée que l'avancée entre 1590 et 1640.
    3. Actuellement, il serait intéressant d'évaluer la suite possible des changements climatiques et changements de paysage en étudiant mieux l'histoire climatique du Moyen-âge, et ceci de façon globale, de la Groenlande à l'équateur. Ceci nous donnerait également de meilleures indications permettant de gérer les conséquences des changements actuellement en cours.

    1. Florian, 27.11.2017, 20:37

      Salut Walter, j’ai déjà entendu cette théorie et la soutiens complètement. Sais-tu où je pourrais en apprendre encore plus? Internet ou un livre à me conseiller? D’avance merci le sujet m’intéresse énormément !! Cordialement

    2. Luiset Alexandre, 28.11.2017, 09:41

      Je vous invite monsieur à lire la thèse de Christian Vincent intitulée: L’impact des changements climatiques sur les glaciers alpins. Disponible via google.

      Les exemples que vous prenez sont peu pertinents pour parler d'un réchauffement climatique global. Chaque glacier est différent et leurs extensions dépendent beaucoup du climat local.

      Un extrait:
      "Ces fluctuations sont, à première vue, très indirectement reliées aux variations du climat. En effet, les fluctuations de longueur ne sont pas identiques d’un glacier à l’autre et ne sont pas synchrones. L’une des questions essentielles est de savoir quel signal climatique traduisent les fluctuations glaciaires et comment ces fluctuations sont affectées par d’autres paramètres. Les fluctuations de longueur des glaciers sont les plus spectaculaires et les plus faciles à mesurer. Mais, comme nous le verrons plus loin, leur interprétation en termes de climat est complexe. Les bilans de masse des glaciers, eux, sont beaucoup plus directement liés au climat, puisqu’ils résultent de l’accumulation et de l’ablation sur l’ensemble de leurs surfaces. Néanmoins, ils dépendent de la taille du glacier et par conséquent, de ses fluctuations passées et de son temps de réponse. En fait, les paramètres directement liés au climat sont les bilans de surface, c’est à dire mesurés en un site donné : ils sont le résultat de l’accumulation de neige locale et de l’ablation qui dépend des flux d’énergie en surface. Malheureusement, ces observations sont peu nombreuses et assez récentes."

      Ensuite votre exemple du blé valaisan me fait sourire car on faisait pousser des céréales dans les Alpes jusque dans les années 50. De nombreuses pistes de ski sont sur d'anciens champs. Quelques auteurs: P. Veyret. E. Weber. A. Simon et enfin P. Rambaud.

    3. Florian, 29.11.2017, 06:53

      Merci Alexandre

  11. Madeleine, 26.11.2017, 08:48

    Moi aussi....et c’est un sentiment d’impuissance qui m’anime même si j’essaie dans mon quotidien de ne pas contribuer au réchauffement climatique.

  12. Isabelle Koenig, 26.11.2017, 06:34

    L’adaptation régulière des normes est parfaitement compréhensible et justifiée.
    Elle a par contre un effet masquant très interpelant, en particulier quand plusieurs jours d’affilé on nous rappelle que la température de la journée est inférieure à la moyenne. Le problème c’est que malgré tout, nous sommes souvent dans la moyenne du XXème siècle, voir en dessus... Mais le message passe et on se dit que l’été a été pourri (alors que cela fait bien 15 ans qu’il n’y a plus d’étés pourris, style commence mi-juillet et fini mi-août). Ce qui amène bien des gens à douter ou à minimiser le changement climatique en cours.
    Ce serait bien que parfois on se réfère aussi à la moyenne précédente, histoire de rafraîchir les mémoires.
    Merci beaucoup pour vos chroniques très intéressantes.

    1. MétéoSuisse, 26.11.2017, 23:20

      Pour l'évolution à plus long terme du climat, la période standard 1961-1990 est toujours utilisée. Le lien ci-dessous permet d'accéder aux écarts à la moyenne pour chaque été depuis 1864.
      http://www.meteosuisse.admin.ch/home/climat/actuel/tendances-climatiques.html?filters=ths200m0_swiss_jja_1864-smoother
      On constate que depuis les années 1980, les étés sont systématiquement au-dessus de la norme 1961-1990.

  13. Krys, 25.11.2017, 21:08

    Des plus intéressant et tellement simple à comprendre et aussi posant de nombreuses nouvelles questions sur les adaptations à venir pour nos sociétés!
    Et oui les glaciers c'est terrible, d'été en été ils crient famine, ils ont mauvaise allure les pauvres.

  14. Francesco Lucano, 25.11.2017, 14:41

    Cela m'énerve beaucoup. Je sais pas si il y aura encore beaucoup d'occasion, quand j'aurai des enfants, d'aller skier avec eux ou de leur montrer les magnifiques glaciers des Alpes. Et malheureusement les conséquences ne se limitent pas à ça mais probablement elles seront beaucoup plus catastrophiques

    1. Andrei, 25.11.2017, 22:44

      Vous ne comprenez pas tres bien les echelles de temps. Meme d'ici 100 ans il y aura de la neige en montagne et des stations de ski (mais probablement pas en bas de 1500m). Par contre les villes sur le plateau suisse connaitront des hivers sans neige et des etes chauds (un + pour le cote balneaire). Geneve aura le climat de Lyon aujourd'hui, tandis que Zurich aura le climat de Geneve. (mais uniquement en ce qui concerne les temperatures).