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Crues d’août 2005

Au cours de la période du 19 au 23 août 2005, la Suisse et les pays limitrophes ont été touchés par des précipitations extrêmes avec de nombreuses stations qui ont enregistré des records de précipitations. Ces pluies ont provoqué des inondations sur une partie du pays, des glissements de terrain et d’importants dégâts qui se sont chiffrés à près de 2.5 milliards de francs. Des pertes humaines ont même été à déplorer.

Situation météorologique et origine de la masse d’air :

Vendredi 19 août 2004, une zone faiblement dépressionnaire est centrée sur les Pays-Bas. Elle est accompagnée par un talweg en altitude (zone dépressionnaire dans les couches supérieures de l’atmosphère) avec un axe situé sur le méridien zéro (figure 1, à gauche). Le courant en altitude provenait du sud-ouest et les fréquentes précipitations ont souvent eu un caractère convectif. Des problèmes n’ont surgi, cependant, que très localement.

Samedi 20 août, la dépression centrée sur les pays du Benelux n’était qu’à peine reconnaissable et l’activité principale de la zone dépressionnaire s’est déplacée en direction du nord de l’Italie. Là-bas, une dépression secondaire s’est développée au sol. En altitude, le talweg s’est coupé en une goutte froide (dépression d’altitude) avec un centre légèrement au sud de Paris. En Suisse, les vents se sont orientés au nord-est, mais venaient toujours du sud à haute altitude (figure 1, à droite).

Dimanche 21 août 2005, la dépression s’est davantage creusée avec un centre au-dessus du golfe de Gênes, tandis qu’en altitude, une situation fortement dépressionnaire s’est mise en place.  La situation au sol et en altitude est devenue similaire et d’un point de vue synoptique, il ne fallait pas s’attendre à une évolution rapide de la situation (figure 2, à gauche).

Dans la nuit du 21 au 22 août, la goutte froide d’altitude a atteint son paroxysme. En même temps, tout le système s’est déplacé vers l’est, si bien que le lundi après-midi (22 août 2005, figure 2, à droite), tout cela était centré sur le nord de l’Adriatique. Les vents en altitude au Nord des Alpes se sont orientés au nord, ce qui a provoqué une situation de barrage. Mardi 23 août 2015, la zone dépressionnaire s’est déplacée au-dessus de la Hongrie. Les masses d’air les plus humides n’étaient plus au-dessus de la Suisse et seul le Prättigau a encore reçu des précipitations significatives. Mais la partie alpine de la Bavière ainsi que la partie nord de l’Autriche étaient toujours affectées par de fortes précipitations.

Il a souvent été mentionné que cette évolution météorologique était typique d’une situation Vb dans la vieille classification de J. van Bebber de 1891. Cependant, il est à remarquer que dans cette situation, la dépression sur le nord de l’Italie ne s’est pas déplacée vers le nord, mais plutôt vers l’est-nord-est. Elle n’a que frôlé la Pologne et s’est déplacée vers l’Ukraine où elle s’est comblée. Ce déplacement se situe entre une situation Vb et Vd et cette évolution n’a pas été décrite par van Bebber.

Malgré cela, l’air méditerranéen a été transporté tel un arc de cercle au-dessus de l’Adriatique et des Alpes orientales, comme dans les cas d’une situation Vb (figure 3). Ensuite, cet air humide et doux a été entraîné vers les versants nord des Alpes, où il s’est bloqué et s’est soulevé. La situation météorologique stationnaire avec un air méditerranéen contenant beaucoup d’humidité combinée avec une situation de barrage a été à l’origine d’abondantes précipitations.

Figure 3 : calcul de trajectoire pour la partie orientale du versant nord des Alpes pour le 22 août 2005 à 12 UTC.  L’origine de la masse d’air, ainsi que son parcours a été représentée pour les altitudes situées à 5000, 6000 et 7000 mètres.
Figure 3 : calcul de trajectoire pour la partie orientale du versant nord des Alpes pour le 22 août 2005 à 12 UTC. L’origine de la masse d’air, ainsi que son parcours a été représentée pour les altitudes situées à 5000, 6000 et 7000 mètres.

Déroulement des précipitations :

Le déroulement des plus fortes précipitations dans les différentes régions montre une structure assez claire : jusqu’au 20 août, aucune quantité particulièrement importante de pluie n’a été relevée. Le régime des pluies était encore convectif, le soulèvement de la masse d’air ne jouait pas encore son rôle. L’effet de barrage n’était pas encore visible.

Le 21 août 2015, la région s’étendant de l’Oberland bernois à la Suisse centrale a été concernée, notamment en seconde partie de journée. Cela dépend assez de la position de la dépression et de l’orientation du courant en altitude combinée avec l’advection d’air très humide.

Les sommes pluviométriques relevées entre le matin du 21 août et le matin du 22 août sont  considérables (figure 4). Il est tombé au moins de 40 mm de pluie le long des versants nord des Alpes, ainsi que sur une grande partie du Plateau du lac Léman au lac de Constance. Plus de 100 mm de précipitations ont été régionalement relevées le long des Préalpes du lac de la Gruyère au lac de Zoug en passant par l’Emmental et l’Entlebuch. Les valeurs journalières de précipitations les plus élevées ont été mesurées dans les postes pluviométriques de Wasen im Emmental (171 mm), de Stockhorn (159 mm, IMIS), de Rotschalp (148 mm, IMIS), de Stans (135 mm) et d’Entlebuch (131 mm).

Le 22 août 2015, les précipitations les plus importantes se sont déplacées un peu plus à l’est. Cette fois-ci, la Suisse orientale a également été touchée par les pluies abondantes. Parallèlement, la bande des fortes précipitations a été moins étendue et pour la partie occidentale du pays, ne concernait plus que les Préalpes et Alpes occidentales. Plus à l’est, les précipitations ont débordé au-delà des premières crêtes principales des Alpes, soit jusqu’en Basse-Engadine. A toutes les altitudes, un vent de secteur nord s’est mis en place, la dépression se situant plus à l’est que la Suisse.

C’est le 22 août que les plus hautes valeurs de précipitations journalières de l’ensemble l’épisode ont été mesurées (figure 5), car, contrairement au jour précédent, il a plu sur l’ensemble des 24 heures. Il est tombé plus de 100 mm de pluie, voire régionalement plus de 130 mm sur les régions du Nord des Alpes, de l’Oberland bernois à la vallée du Rhin saint-galloise, ainsi que sur le Prättigau. L’analyse de l’illustration 5 montre nettement que, par rapport à la veille, l’activité pluviométrique a davantage concerné la chaîne principale des Alpes et l’est du pays. Les valeurs journalières de précipitations les plus élevées ont été mesurées à Weesen (242 mm), à Gadmen (223 mm, IMIS), à Amden (203 mm, IMIS), au Säntis (187 mm) et dans le Schächental (IMIS : 198 mm, Unterschächen : 184 mm).

Le 23 août, seules les régions les plus à l’est du pays ont été touchées avec un maximum du côté du Prättigau. Les vents en altitude se sont orientés à l’ouest si bien que moins d’humidité a afflué depuis la dépression.  Le cœur de l’événement s’est concentré du 21 août à la mi-journée au matin du 23 août. Dans l’ensemble, la phase avec des précipitations significatives a duré pendant 4 jours.

Précipitations sur l’ensemble de l’épisode :

Les précipitations les plus intenses de cet épisode se sont produites les 21 et 22 août. Sommées sur 48 heures, du 21 août à 06 UTC au 23 août à 06 UTC, plus de 100 mm de pluie ont été relevées sur une grande région s’étendant du lac Léman au lac de Constance (figure 6).  La zone la plus touchée se situe le long des versants nord des Alpes, mais également dans des régions inter-alpines (Oberland bernois, vallée inférieure du Rhin et Prättigau) et sur une partie du Plateau suisse (lac de Zurich, région le long de la Reuss, Haute-Argovie).

Des quantités de précipitations supérieures à 220 mm ont été relevées dans les Alpes bernoises, dans l’Emmental et l’Entlebuch, dans les cantons d’Obwald, Uri et Schwyz et dans la région du Walensee. D’après l’analyse pluviométrique de la figure 6, des précipitations supérieures à 100 mm 2 jours ont affecté l’équivalent de 28% de la surface de la Suisse.  Le seuil des 200 mm de pluie en 48 heures a concerné 3% de la surface du pays. Les précipitations intégrées sur ces zones qui ont reçu plus de 100 mm (la bande le long des Préalpes décrite ci-dessus) est de 1 km3 d’eau environ. Cette quantité d’eau correspond à l’équivalent d’un quart environ du volume du lac de Zurich ou à 12 fois le débit quotidien moyen du Rhin à Bâle.

Si on ajoute à l’épisode fortement pluvieux les précipitations du 20 août, de 20 à 40 mm d’eau sont tombées et même de  40 à 60 mm dans l’Emmental et l’Entlebuch. La somme sur 72 heures montre un maximum distinctif dans les Préalpes centrales entre le lac de Thoune et la Reuss, ainsi que le lac des Quatre-Cantons. Les pluies qui sont tombées en 3 jours, du 20 au 22 août, sur l’ensemble de la Suisse correspondent à près de 60% du volume du lac de Zurich.