En avril, températures record au niveau mondial

11 mai 2020, 9 Commentaire(s)
Thèmes: Climat

Selon la réanalyse de l'ERA5 du Centre européen, avec une anomalie de température de 0,7 °C par rapport à la norme 1981-2010, avril 2020 est globalement égal à avril 2016, le mois d'avril le plus chaud depuis 1979, c'est-à-dire depuis que ces données sont disponibles. Les températures ont été particulièrement élevées dans le nord et le centre de l'Eurasie et dans certaines parties du Groenland et de l'Antarctique, mais bien en dessous de la moyenne dans une grande partie de l'Amérique du Nord.

Figure 1. Anomalie (en °C) de la température globale en avril 2020 par rapport à la moyenne 1981-2010. Source : Copernicus Climate Change Service/ECMWF
Figure 1. Anomalie (en °C) de la température globale en avril 2020 par rapport à la moyenne 1981-2010. Source : Copernicus Climate Change Service/ECMWF

Plus chaud que la moyenne en Europe occidentale, plus froid en Europe orientale

Les réanalyses ERA5 effectuées par le Centre Européen pour les Prévisions Météorologiques à Moyen terme (ECMWF) dans le cadre du Programme Copernicus permettent d'établir un bilan pour le mois d’avril. En utilisant une grande variété de mesures météorologiques du monde entier, les réanalyses offrent une reconstruction de la température au niveau du sol pour le monde entier depuis 1979 et il est donc possible de comparer tous les mois d’avril depuis cette année-là.

Comme on peut le voir dans la Figure 2 ci-dessous, les températures moyennes en avril 2020 ont été bien supérieures à la moyenne 1981-2010 dans plusieurs pays d'Europe occidentale. En France, Météo-France a enregistré le 3ème avril le plus chaud depuis 1900. Dans les autres régions européennes, en revanche, les températures ont été moins extrêmes. En Europe de l'Est, le mois a été plus froid que la normale, alors que les derniers mois d'automne et d'hiver de 2019/2020 avaient toujours enregistré des températures supérieures à la normale.

Affichage aggrandi: Figure 2. Anomalie (en °C) de la température en Europe en avril 2020 par rapport à la moyenne 1981-2010. Source : Copernicus Climate Change Service/ECMWF
Figure 2. Anomalie (en °C) de la température en Europe en avril 2020 par rapport à la moyenne 1981-2010. Source : Copernicus Climate Change Service/ECMWF

Nettement plus froid que la moyenne dans le centre du Canada

Des températures largement supérieures à la moyenne ont été mesurées dans une grande partie de la Sibérie et du Groenland, dans certaines parties de l'Antarctique, de l'Alaska et de la mer Arctique. Les températures ont également été au-dessus de la moyenne au Mexique, dans certaines parties de l'Afrique centrale et du nord-ouest, ainsi qu’en Australie occidentale.

Dans le centre du Canada, les températures ont été bien inférieures à la moyenne. Le mois d'avril a également été un peu plus frais que la normale pour d'autres régions comme l'Asie du Sud et du Sud-Est et le sud-est de l'Australie.

Des zones maritimes souvent plus chaudes

Les températures de l'air au-dessus des océans ont été supérieures à la moyenne de 1981-2010, en particulier dans certaines parties du nord-est et du sud-est de l'océan Pacifique. Cependant, dans certaines régions océaniques, les températures ont été plus basses que la normale.

Depuis 2009, des températures systématiques au-dessus de la moyenne 1981-2010 au niveau global

La Figure 3 ci-dessous montre la tendance de l'anomalie thermique mensuelle au niveau mondial depuis 1979 par rapport à la température moyenne de la période de référence sur 30 ans 1981-2010. Les barres rouges indiquent des mois plus chauds que la moyenne, les barres bleues des mois plus froids que la moyenne. Les barres noires indiquent les mois d'avril. Comme on peut le constater, avec une différence positive de 0,7 °C, avril 2020 a été aussi chaud qu'avril 2016, ce qui a donc été un mois record. Depuis 1979, en fait, jamais deux mois d'avril n'ont été aussi chauds dans le monde que ceux mentionnés.

Affichage aggrandi: Figure 3. Anomalies mensuelles de la température mondiale par rapport à la période de référence 1981-2010.
Figure 3. Anomalies mensuelles de la température mondiale par rapport à la période de référence 1981-2010.

Le bulletin d’avril de Copernicus est disponible en anglais.

Suisse : un mois d’avril nettement plus chaud que la norme 1981-2010

La température en avril a souvent dépassé la norme 1981-2010 de 3,5 à 4,5 °C. Au Sud des Alpes et en Engadine, cette norme a été dépassée de 2 à 3 °C. En moyenne nationale, la température en avril a dépassé la norme 1981-2010 de 3,7 °C. A égalité avec avril 2011, il s’agit du 3ème mois d’avril le plus chaud depuis le début des mesures en 1864. Seul avril 2007 avait été sensiblement plus chaud.  

Affichage aggrandi: Figure 4. Anomalie (en °C) de la température en Suisse en avril 2020 par rapport à la moyenne 1981-2010.
Figure 4. Anomalie (en °C) de la température en Suisse en avril 2020 par rapport à la moyenne 1981-2010.

Le bulletin climatologique d’avril 2020 donne un aperçu complet de la situation en Suisse.

Commentaires (9)

  1. Paignon, 15.05.2020, 16:28

    Bonjour.
    Depuis plusieurs années on nous répète que les températures augmente chaque année. À cause des erreurs de l'être humain et que dans 20\30 ans on aura des grosses conséquences climatique, voir l'espèce humaine diminue etc etc.
    Mais ma réelle question est ce que c'est qu'une phase de l'évolution ?
    Qui nous dit il y a 200 ans voir plus long temps était la même situation à l'heure actuelle et que la terre retrouvera c'est température normal ?

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    1. MétéoSuisse, 15.05.2020, 17:53

      Bonjour, les divers sources qui nous permettent de reconstruire le climat passé nous montrent qu'une hausse des concentrations de gaz à effet de serre similaire à celle que nous observons aujourd'hui ne s'est jamais produite au cours des 800'000 dernières années. La température moyenne globale va également atteindre un niveau jamais observé. Les mesures sur les derniers siècles nous montrent également que la température n'a jamais été élevée au niveau mondial. Il est bien entendu important de comprendre qu'il y a toujours eu des variations du climat terrestre et que pour la Terre ce n'est pas un problème. Par contre, la rapidité du changement que nous observons actuellement aura des conséquences sur notre société et que nous allons probablement rapidement devoir nous adapter si nous voulons éviter que ces conséquences soient trop dramatiques. Une autre option serait d'agir en amont, c'est-à-dire limiter les émissions de gaz à effet de serre, mais pour l'instant nous ne nous dirigeons pas dans cette direction.

  2. Davide, 11.05.2020, 20:40

    Question: sur quelles bases et comment les moyennes sont-elles calculées? Est-ce que les valeurs sont mesurées de manière uniforme sur toute la planète? Ou bien il y a plus de mesures dans les zones civilisés? Ce n'est pas un peu comme le crime, qu'il est constaté seulement si un policier le constate (si vous voyez ce que je veux dire)?

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    1. MétéoSuisse, 13.05.2020, 15:23

      Effectivement les zones ne sont pas couvertes de la même manière si elles sont peuplées ou désertes. Il y aura logiquement plus de mesures là où la population est dense. Les cartes présentées dans ce blog sont le résultat de mesures extrapolées au niveau du globe avec un modèle numérique.

  3. Remi CHEVROLET, 11.05.2020, 19:02

    En France voisine, nous sommes à + 2.3° au-dessus de la moyenne pour les 4 premiers mois de l'année 2020. C'est ce que les experts du GIEC prédisaient, il n'y a pas si longtemps, pour la fin du XXIe siécle seulement.
    On peut objecter que 4 mois, c'est court, cela peut relever encore des oscillations habituelles.
    Mais si cette anomalie n'était pas seulement provisoire? Si elle devenait la norme? On en saura plus déjà à la fin de l'année 2020. Mais si toute l'année 2020 reste à +2 ou +3°, la question est: à quel niveau de température serons-nous dans 50 ans? Autrement dit: le réchauffement sera-t-il linéaire ou exponentiel?

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    1. MétéoSuisse, 13.05.2020, 15:20

      Comme vous le dites, on ne peut pas tirer des conclusions sur 4 mois, même chose sur quelques années. Un exemple inverse est le ralentissement de la hausse des températures au niveau global entre 2000 et 2010 qui n'était que temporaire, la hausse a clairement repris depuis 2015. Les anomalies positives observées depuis quelques mois ou quelques années en Europe ne se retrouvent pas dans d'autres régions comme l'Amérique du Nord. Il est donc encore un peu tôt pour pouvoir tirer des conclusions sur l'évolution à plus long terme. Mais s'il y avait un changement dans la circulation atmosphérique qui accélérerait le réchauffement un Europe, il est clair que les projections pour les prochaines décennies pourraient être sous-estimées.

  4. Serge Fernex, 11.05.2020, 17:58

    La tendance est absolument clair... Le changement climatique est en pleine démonstration. Toutefois... Les chiffres sont tellement importants depuis qq années que l'on peut se demander si d'autres causes ne s'ajoutent pas au dérèglement ? Cycle solaire... Ou autre. Car si c'est juste le dérèglement dû à l'homme... On peut avoir des inquiètudes majeures pour la suite..

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  5. Pascal_fr_39, 11.05.2020, 16:21

    Depuis janvier inclus, toutes les cartes de l'ERA5 que vous avec publié présentent le nord et le centre de l'Eurasie avec des écarts positifs considérables par rapports aux normales. Pour un secteur au climat totalement continental, cela interpelle, surtout en saison froide. A-t-on un indice (anomalie de pression par exemple...) sur l'origine de ce que l'on peut appeler une véritable révolution?
    Merci par avance si vous possédez quelques éléments de réponse.

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    1. MétéoSuisse, 11.05.2020, 19:23

      Bonjour, il faudrait une analyse poussée pour pouvoir répondre à votre question. Mais une analyse rapide des anomalies de géopotentiel à 500 hPa de janvier à avril montre 3 régions avec des anomalies positives : Pacifique Nord (de la mer de Béring au golfe d'Alaska), Europe et Sibérie.