Bilan pluviométrique de ce début d'année

26 mars 2020, 6 Commentaire(s)
Thèmes: Météo

Les longues périodes sèches qui se sont produites depuis le début de l'année pourraient faire penser que le déficit pluviométrique actuel est important. Cela correspond-il à la réalité ? Je ne vous le dis pas ici pour vous obliger à lire mon article...

Un coup d'oeil à la carte ci-dessus - montrant l'écart à la norme des précipitations de janvier - pourrait faire penser que l'affaire était bien mal partie pour que les cumuls du premier trimestre de 2020 respectent leurs engagements statistiques ; en effet, dans le meilleur des cas, les cumuls de janvier atteigent 70 % de la norme, mais dans la plupart des régions, ils sont inférieurs à 50 %. Ajoutons à ce faux départ l'interminable situation anticyclonique qui prévaut depuis le 12 mars, et nos espoirs d'arrosage significatif s'amenuisent franchement.

A y regarder de plus près pourtant, le mois de février - avec ses mémorables tempêtes - ainsi que le début du mois de mars ont été assez généreux en matière de précipitations lors de quatre vagues pluvieuses qui ont concerné toutes les régions, à l'exception du Tessin et de la Haute-Engadine (le sud du Tessin ayant toutefois été bien arrosé début mars).

Les graphiques ci-dessous nous donnent un aperçu de l'évolution des cumuls de précipitations par rapport aux normes pour certaines stations de plaine et de montagne.

Affichage aggrandi:
Affichage aggrandi: Evolution des cumuls de précipitations pour certaines stations de plaine et de montagne en regard de la norme (trait noir). Lorsque ces cumuls sont égaux ou supérieurs à la norme, les histogrammes sont verts, dans le cas contraire ils sont oranges. A noter les échelles de précipitations différentes entre les stations.
Evolution des cumuls de précipitations pour certaines stations de plaine et de montagne en regard de la norme (trait noir). Lorsque ces cumuls sont égaux ou supérieurs à la norme, les histogrammes sont verts, dans le cas contraire ils sont oranges. A noter les échelles de précipitations différentes entre les stations.
Source : MétéoSuisse

Contrairement à ce que l'on  pourrait attendre, on voit que la courbe des cumuls est assez proche des normes pour la plupart des stations, est ce malgré un mois de janvier et une deuxième quinzaine de mars secs. A l'exception des stations du Grand-St-Bernard, de Genève et de Montana, ce sont les fortes précipitations de début février qui permettent de rattraper le retard du mois de janvier et de s'accrocher à nouveau à la norme. Ce phénomène se reproduira début mars, permettant par exemple à la station de Sion d'excéder largement les normes à la mi-mars. Les cartes et graphiques ci-dessous présentent la norme pluviométrique du 1er trimestre et les cumuls actuels pour toutes les stations de Suisse, ainsi qu'une comparaison pour certaines stations.

Conclusion

En conclusion, on pourrait dire que jusqu'ici tout va plutôt bien. Mis à part quelques régions bien précises, les cumuls de précipitations sont assez proches des normes, même s'ils se sont faits un peu prier et doivent beaucoup à deux vagues principales de mauvais temps, début février et début mars. Toutefois, la marge de manoeuvre n'est pas excessive, d'autant plus que la flore a bien pris de l'avance et "évapotranspire" déjà environ 3 à 4 litres par mètre carré durant les belles journées  printanières (cela monte à 8 litres environ durant les fortes chaleurs estivales), comme le montre le graphique ci-dessous :

Affichage aggrandi: Evapotranspiration journalière (méthode Primault) depuis le début de l'année à Payerne. Si elles est négligeable durant les mois d'hiver, l'évapotranspiration par les plantes prend son envol dès la mi-mars et dépasse en général les 3 mm (litres par mètre carré) dès début avril.
Evapotranspiration journalière (méthode Primault) depuis le début de l'année à Payerne. Si elles est négligeable durant les mois d'hiver, l'évapotranspiration par les plantes prend son envol dès la mi-mars et dépasse en général les 3 mm (litres par mètre carré) dès début avril.
Source : MétéoSuisse

La situation météorologique jusqu'à la fin de la semaine prochaine ne promet pourtant pas de précipitations très importantes ; nous resterons en effet sur la marge orientale d'un puissant anticyclone centré sur l'Atlantique. Des passages de fronts sont toujours possibles, mais dans des masses d'air polaires peu propices à des précipitations significatives. En revanche, la persistance de températures plutôt fraîches pour la saison devrait contenir un peu l'euphorie des plantes, induites en erreur par un mois de mars initialement bien trop chaud.

Commentaires (6)

  1. Yannick Fournier, 28.03.2020, 11:57

    Merci pour ce bilan 2020. Qu'en est-il du bilan sur plusieurs années avec les déficits hydriques que vous rapportiez ici en 2017-2019 ?

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    1. MétéoSuisse, 30.03.2020, 10:24

      Bonjour, cela dépend des régions. À Genève et Neuchâtel par exemple, le déficit est d'environ 10% sur 3 ans. À l'inverse, les quantités sont plutôt excédentaires sur 3 ans à Saint-Gall.

  2. Pilloud Elisabeth, 27.03.2020, 09:09

    Bonjour,
    Comment mesure-t-on l'evapotranspiration ?
    Je ne savais même pas que ça existait !
    Merci de vos articles toujours très intéressants, décidément la météorologie est une science passionante

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    1. MétéoSuisse, 30.03.2020, 10:17

      Bonjour, l'évapotranspiration n'est pas directement mesurée, mais est calculée à partir de formules théoriques. Ici c'est la méthode de Primault qui est utilisée. Cette formule tient notamment compte de la saison, de l'humidité relative de l'air, de la durée d'ensoleillement et de la chaleur spécifique à pression constante.

  3. HERTER Philippe, 27.03.2020, 07:13

    Excellente étude de la situation, sur un ton rafraîchissant ! On en redemande !
    Merci pour le travail,

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  4. Claude Guignard, 26.03.2020, 16:01

    Il serait difficile de trouver une meilleure analyse. Cela dit il est curieux de mesurer, pour le si petit canton de Genève, de tels écarts de quantites de pluie, presque de 1 à 3, entre Cointrin au pied du Jura et le centre est, à l'écart des chaînes montagneuses. Cela démontre bien le caractère souvent fantasque des précipitations et explique les différences entre les régions de notre pays dues pour beaucoup au relief.

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