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Un mois de février record

28 février 2020, 8 Commentaire(s)
Thèmes: Climat

Sur les régions de plaine du Sud des Alpes, la température en février a largement dépassé les précédents records. Dans le reste de la Suisse, les températures ont localement atteint des valeurs record. Au niveau national, il s’agit du deuxième mois de février le plus doux depuis le début des mesures en 1864. Il avait fait tout aussi doux en février 1990. En plus des records mensuels, de nombreux records sur les températures maximales ont été établis avec des valeurs entre 18 et plus de 20 °C. Régionalement, il s’agit également du mois de février le plus venteux depuis le début des mesures automatiques en 1981.

Temps magnifique dans la Mesolcina au Sud des Alpes le 22 février 2020. Photo : Joël Fisler.
Temps magnifique dans la Mesolcina au Sud des Alpes le 22 février 2020. Photo : Joël Fisler.
Affichage aggrandi: Figure 1. Les 20 mois de février les plus doux sur les régions de plaine du Sud des Alpes. La moyenne entre Lugano et Locarno-Monti a été utilisée. La norme 1981-2010 est de 4,6 °C.
Figure 1. Les 20 mois de février les plus doux sur les régions de plaine du Sud des Alpes. La moyenne entre Lugano et Locarno-Monti a été utilisée. La norme 1981-2010 est de 4,6 °C.

Un record remarquable au Sud

Au Sud des Alpes, un record remarquable pour un mois de février se profile. Sur les régions de plaine du Tessin, il est attendu une température mensuelle de 8,3 °C. Cela représente presque 1 °C de plus que le précédent record de février 1990 ou presque 4 °C de plus que la norme 1981-2010. Si l’on considère les 20 mois de février les plus doux depuis le début des mesures en 1864, on constate une accumulation de mois de février très doux à partir de 1990. Seuls 7 des 20 mois de février les plus doux sans antérieurs à 1990.

Affichage aggrandi: Tabelle 1. Les 5 mois de février les plus doux (en °C) pour une sélection de sites au Nord des Alpes avec une longue période de mesures.
Tabelle 1. Les 5 mois de février les plus doux (en °C) pour une sélection de sites au Nord des Alpes avec une longue période de mesures.

Des records également au Nord

De nouveaux records de température pour un mois de février sont également prévus en Suisse romande, en Valais et en Suisse centrale. Cependant, contrairement au Sud des Alpes, les nouveaux records sont légèrement supérieurs à ceux établis en 1990.

Affichage aggrandi: Figure 2. La température en février en Suisse depuis le début des mesures en 1864. En vert, la norme 1981-2010 qui est de -2,3 °C. En rouge, la moyenne glissante sur 20 ans.
Figure 2. La température en février en Suisse depuis le début des mesures en 1864. En vert, la norme 1981-2010 qui est de -2,3 °C. En rouge, la moyenne glissante sur 20 ans.

Deuxième mois de février le plus doux en moyenne nationale

Avec une moyenne nationale de 1,6 °C, il s’agit du deuxième mois de février le plus doux depuis le début des mesures en 1864. Février 1990 avait été un peu plus doux avec une valeur de 2,1 °C. Tous les autres mois de février ont connu une température moyenne nationale inférieure à 1,5 °C. La norme 1981-2010 nationale de février est de -2,3 °C.

Affichage aggrandi: Figure 3. Répartition moyenne de la pression sur l’Atlantique et l’Europe en février 2020. La flèche rouge montre le courant du sud-ouest doux qui a été fréquent au cours du mois.
Figure 3. Répartition moyenne de la pression sur l’Atlantique et l’Europe en février 2020. La flèche rouge montre le courant du sud-ouest doux qui a été fréquent au cours du mois.

Chaleur advectée

Si on fait la moyenne des conditions météorologiques quotidiennes sur la zone Atlantique - Europe pour le mois de février 2020, on peut observer un anticyclone quasi-permanent sur le sud-ouest de l'Europe ou sur la Méditerranée occidentale. En revanche, l'Atlantique Nord a souvent été sous l’influence de basses pressions. Entre ces deux centres principaux d’action, un courant du sud-ouest s'est régulièrement établi. Il a dirigé vers l’Europe centrale des masses d'air atlantique douces, voire subtropicales et souvent humides. Les coulées d’air froid ont été rares et de courte durée.

Les journées de février les plus douces depuis le début des mesures

Du 1er au 24 février, en raison de cet afflux d’air très doux, la température moyenne journalière en Suisse a presque constamment été largement supérieure à la norme 1981-2010. Au Nord des Alpes, seules les journées du 6 et du 7 février ont régionalement connu des températures moyennes légèrement inférieures à la normale. Au Sud des Alpes, il n’y a pas eu de journée jusqu’au 24 février avec des températures journalières inférieures à la normale. Sur près de 40 sites de mesures, la température moyenne journalière a atteint de nouveaux records pour un mois de février. La plupart de ces records ont été enregistrés les 3, 23 et 24 février. 

Encore plus de records de chaleur

Les trois premières nuits de février ont également été extrêmement douces. Le 3 février, de nouveaux records de février sur les températures minimales ont été établis sur plus de 30 stations disposant de longues séries de mesures. Ainsi, la température n’est souvent pas descendue en dessous de 10 °C au Nord des Alpes. Localement, elle est même restée au-dessus 12 °C.

Au Sud des Alpes, Magadino (TI) et Grono (GR) ont enregistré une valeur de 23,9 °C le 3 février et San Bernardino (GR) une valeur de 13,5 °C. Il s’agit de nouveaux records de température maximale pour un mois de février. Le 24 février, Grono a encore légèrement amélioré son record avec 24,0 °C.

Les 16, 23 et 24 février, de nouveaux records de température maximale journalière pour un mois de février ont été établis sur 8 autres sites de mesures. En outre, près de 30 sites de mesures ont signalé la deuxième ou la troisième température maximale journalière la plus élevée pour un mois de février.

Nouveau record national de chaleur pour un mois de février

Le 24 février, une température de 24,6 °C a été mesurée à Biasca (TI). Il s’agit d’un nouveau record national de température maximale pour un mois de février. La journée estivale a été manquée de justesse. Le site de mesures de Biasca n’enregistre la température que depuis un peu plus de deux ans. Une comparaison avec le passé n’est pas possible.

Au Nord des Alpes, c’est le 16 février que la température la plus élevée a été mesurée avec une valeur de 21,2 °C à Delémont. Cela reste assez loin du seuil des 25 °C qui correspond à la définition de la journée estivale.

Un mois de février agité

Février 2020 a été exceptionnellement agité. Au Säntis, 23 jours de tempête ont été comptabilisés. Depuis le début des mesures en 1981, le maximum en février avait été de 19 journées. Sur le Chasseral, avec 23 jours de tempêtes, il s’agit également du mois de février le plus agité depuis le début des mesures en 1981. Certaines régions de plaine au Nord des Alpes ont également été les plus agitées pour un mois de février depuis le début des mesures en 1981, comme à Zurich-Kloten avec 8 jours de tempête et à Wädenswil (ZH) avec 7 jours de tempête.

Affichage aggrandi: Figure 5.  Comparaison de la fréquence des rafales pendant les tempêtes hivernales Sabine, Burglind et Lothar. 114 stations avec des mesures disponibles pendant les trois événements ont été utilisées.
Figure 5. Comparaison de la fréquence des rafales pendant les tempêtes hivernales Sabine, Burglind et Lothar. 114 stations avec des mesures disponibles pendant les trois événements ont été utilisées.

Forte tempête hivernale Ciara (Sabine)

Durant la première moitié du mois de février, 3 tempêtes hivernales ont balayé la Suisse, Hervé (Petra) le 4, Ciara (Sabine) le 10 et Inès (Tomris) les 13 et 14 février. Les prénoms entre parenthèses sont donnés par l’Université libre de Berlin, alors que les autres sont donnés par les services météorologiques nationaux. La tempête la plus forte a été celle de Ciara (Sabine) du 10 février. Les rafales de vent ont souvent atteint 90 à 120 km/h sur le Plateau, 140 à 160 km/h sur les crêtes du Jura, 160 à 200 km/h sur les crêtes alpines. La tempête hivernale Lothar de décembre 1999 avait été nettement plus violente que celle de Ciara (Sabine). La tempête Eleanor (Burglind) de janvier 2018 a également été nettement plus sévère que celle de Ciara (Sabine) (Figure 5).

Il y a 30 ans, la tempête hivernale Vivian du 27 février 1990 avait probablement été aussi violente que Lothar, mais les mesures de vent à cette époque n’étaient pas aussi nombreuses. Une comparaison avec les autres tempêtes de la Figure 5 serait donc très incomplète.

Records isolés de vent

L’activité tempétueuse de février 2020 a localement permis d’établir de nouveaux record de vent sur certains sites de mesures disposant d’une longue série. Dans le fort courant du sud-ouest du 9 février, à l’avant de la tempête Ciara (Sabine), le site jurassien de Rünenberg (BL) a enregistré une rafale record de 148 km/h. Le précédent record de 143 km/h avait été mesuré le 16 décembre 2011.  

Sur le Napf, la tempête Hervé (Petra) du 4 février a établi un nouveau record de 171 km/h. Le précédent record était de 169 km/h, mesuré lors de la tempête Vivian du 27 février 1990. Il faut cependant noter que les mesures sur le Napf ont échoué pendant les tempêtes Lothar, Eleanor (Burglind) et Ciara (Sabine).

Presque pas de précipitations au Sud, beaucoup au Nord

Jusqu’au 25 février, le Sud des Alpes a reçu des niveaux de précipitations bien inférieurs à la moyenne avec l’équivalent de moins de 10 %, localement moins de 5 % de la norme 1981-2010. Le mois de janvier avait déjà été très sec. Le manque de précipitations au Sud des Alpes a engendré un fort danger d’incendie de forêt.

Un temps aussi sec en janvier et février se produit tous les 15 à 20 ans environ sur le Tessin méridional. Des précipitations aussi faibles en janvier et février ont été enregistrés pour la dernière fois à Lugano en 2005 et 2000.

Dans le reste de la Suisse, les courants réguliers du sud-ouest avec leurs masses d’air atlantique humides et douces ont assuré des précipitations abondantes en février. Les sommes de février ont souvent atteint l’équivalent de 120 à 160 % de la norme 1981-2010, voire même 170 à 200 % sur la partie orientale des versants nord des Alpes.

Affichage aggrandi: Figure 6.  Floraison de chatons d’un saule (à gauche) et pas d’âne en fleur (à droite) au Hasliberg dans l’Oberland bernois vers 1200 mètres d’altitude le 16 février 2020. 
Photo : Regula Gehrig
Figure 6. Floraison de chatons d’un saule (à gauche) et pas d’âne en fleur (à droite) au Hasliberg dans l’Oberland bernois vers 1200 mètres d’altitude le 16 février 2020. Photo : Regula Gehrig

Végétation avec un mois d’avance

La floraison très précoce des noisetiers s'est poursuivie. En février, ils ont souvent fleuri au-dessus de 1000 mètres d’altitude. La floraison s’est également poursuivie en plaine. En février, l'avance sur la date moyenne de floraison de la période 1981-2010 a été de 30 jours. 74 % de toutes les observations peuvent être classées comme "très précoces". A ce jour, les rapports de 50 stations avec de longues séries de données de 25 à 68 ans sont disponibles. Dans 11 de ces stations, les noisetiers n'ont jamais fleuri aussi tôt que cette année, dans 12 autres stations, il s’agit de la deuxième floraison la plus précoce.

Les fleurs printanières se sont également développées très tôt. La floraison du pas-d’âne a commencé début février, soit 25 jours plus tôt que la moyenne. Très sporadiquement, on a même pu observer des anémones des bois. En forêt, il a été possible de trouver de l’ail des ours.

Depuis le week-end très doux du 22/23 février, on a pu voir partout comment les chatons des saules fleurissent et leurs anthères jaunes avec du pollen sortent des poils argentés. Les saules sont dioïques, les inflorescences mâles et femelles sont sur des arbustes différents. Lorsqu'il fait assez chaud, les fleurs de saule sont fréquemment visitées par les abeilles qui collectent le nectar et le pollen.

Le bulletin définitif de février 2020 sera disponible à partir du 10 mars dans la rubrique rapports climatiques.  

Affichage aggrandi: Figure 7. Température hivernale en moyenne nationale (de décembre à février) depuis le début des mesures en 1864. L’hiver 2019/2020 affiche une valeur de 0,7 °C (état au 26.02.2020). Les lignes rouges montrent la norme de la période de référence préindustrielle (1871-1900) et la norme de la période actuelle 1991-2020.
Figure 7. Température hivernale en moyenne nationale (de décembre à février) depuis le début des mesures en 1864. L’hiver 2019/2020 affiche une valeur de 0,7 °C (état au 26.02.2020). Les lignes rouges montrent la norme de la période de référence préindustrielle (1871-1900) et la norme de la période actuelle 1991-2020.

Hiver record

La Suisse a connu son hiver le plus doux depuis le début des mesures en 1864. En moyenne nationale, la température de décembre à février a été de 0,7 °C. Une telle douceur hivernale, avec une température en moyenne nationale de plus de 0 °C, n'a été observée que quatre fois en 155 ans d'histoire des mesures en Suisse. Depuis le début des mesures en 1864 et jusqu’en 1990, la température hivernale nationale a toujours affiché une valeur négative. Au cours des 30 dernières années, des hivers extrêmement doux se sont succédés à des intervalles de plus en plus courts.

On trouvera plus d’informations sur l’hiver record 2019/2020 sur le blog publié par MétéoSuisse le 19 février.

Régionalement un ensoleillement exceptionnel

Au Nord et au Sud des Alpes, l’hiver 2019/2020 a été plus ensoleillé que la norme 1981-2010. Dans les Alpes, l’ensoleillement hivernal s’est montré conforme à la normale.

L’ouest et le nord-ouest de la Suisse a connu le troisième à cinquième hiver le plus ensoleillé depuis le début des mesures à la fin du 19ème siècle. La durée d’ensoleillement a atteint 250 à 300 heures, soit 130 à 160 % de la norme 1981-2010. Le mois de janvier extrêmement ensoleillé a largement contribué à cet excédent. Sur les quatre sites qui disposent de mesures homogénéisées depuis plus de 100 ans, de nouveaux records d’ensoleillement pour un mois de janvier ont été établis.

 

Le bulletin définitif de l’hiver 2019/2020 sera disponible à partir du 10 mars 2020 dans la rubrique rapports climatiques

Commentaires (8)

  1. JeanMol, 29.02.2020, 15:51

    Bonjour et merci pour les données encyclopédiques de votre dernier article, digne de figurer dans tout ouvrage de référence. N'oublions pas cependant votre (première) mission , celle des prévisions météorologiques. L'exactitude de celles-ci dans les Préalpes fribourgeoises m'a enfin permis de prendre une petite revanche sur cet hiver si doux, avec , à la clef, une belle rando à peaux de phoque ce matin sous le soleil (il est vrai en cherchant parfois un peu la neige....👍) avant de rentrer juste avant que tout se gâte , comme annoncé. Superbe , nous espérons, ici à Moléson voir encore tomber un peu de neige ces prochains jours !

    1. MétéoSuisse, 01.03.2020, 22:42

      MétéoSuisse est précisément l’office fédéral de météorologie et de climatologie. MétéoSuisse fournit, en qualité de service météorologique et climatologique national, des données météorologiques et climatiques de base et est au service aussi bien de la population suisse que du monde politique, économique et scientifique. Les stations de mesure au sol, les radars météorologiques, les satellites, les radiosondes et d’autres instruments surveillent l’évolution du temps. En plus de ces observations, de la préparation des prévisions météorologiques ainsi que de l’avertissement des autorités et de la population en cas d’intempéries, MétéoSuisse exploite les données pour analyser le changement climatique ainsi que les événements météorologiques extrêmes et pour établir des scénarios concernant l’évolution du climat en Suisse.

  2. Pascal_fr_39, 29.02.2020, 12:57

    Je me répète, mais l'allure de cet hiver 2019-2020 présente beaucoup de similitudes avec celui de 1989--1990, excepté l'épisode de pluies diluviennes sur le Jura les 13-14 fevrier 1990, et qui avait apporté des quantités de neige considérables sur le nord des Alpes. Peut-être cela mériterait-il une étude approfondie?

    1. MétéoSuisse, 01.03.2020, 22:36

      Oui, cet hiver 2019-2020 ressemble beaucoup à celui de 1989-1990. C’est lié à la variabilité du climat, mais ces deux hivers ont présenté une oscillation nord-atlantique fortement positive.

  3. Claude Guuignard, 29.02.2020, 01:01

    Même si le courant d'ouest à sud-ouest persistant a contribué à des
    températures exceptionnellement douces, février a été un mois plus chaud que la moyenne. A Genève il n'y a eu que peu de nuits où les températures sont tombées, et encore de très peu, en-dessous de .-4 degrés et bien sûr aucune journée sans dégel, qui font beaucoup souffrir la végétation. En matière de précipitations Genève est globalement restée plus sèche que le nord des Alpes et la normale n'a pas été atteinte, selon mes observations. Quant au stratus, il s'est fait fort heureusement oublier. Normal, avec un air si agité.Jamais il n'a été possible de si souvent prendre en février le repas de midi dehors, à l'abri et au soleil.

    1. MétéoSuisse, 29.02.2020, 02:49

      À notre station de Genève, les précipitations atteignent presque la norme, cela va dépendre ce qui tombe ce 29 février.

  4. Pierre Roux, 28.02.2020, 22:47

    Vous avez écrit : "Au Nord des Alpes, c’est le 16 février que la température la plus élevée a été mesurée avec une valeur de 16,2 °C. Cela reste assez loin du seuil des 25 °C qui correspond à la définition de la journée estivale."
    Mais n'a-t-on pas rencontré des valeurs fréquemment plus élevées au Nord des Alpes, par exemple les 21,2 °C du 23 février à Delémont ?

    1. MétéoSuisse, 29.02.2020, 02:47

      Merci pour votre commentaire. Il s'agit effectivement d'une erreur, le maximum a bien été mesuré à Delémont le 16 février avec 21,2°.