Des «Seegfrörnen» en nette diminution

18 février 2020, 9 Commentaire(s)
Thèmes: Climat

De nouvelles données sur le gel des lacs suisses montrent une nette diminution du nombre du gel complet («Seegfrörnen») des lacs du Plateau suisse. De nombreux lacs de taille moyenne n'ont jamais été complètement gelés depuis plus de 30 ans. En raison du changement climatique, les «Seegfrörnen» devraient devenir encore plus rares à l'avenir.

Il y a longtemps : plaisir de patiner sur le lac de Hallwil en 1987. L'auteur du blog (à droite) sur le lac de Hallwil partiellement gelé (photos 2007 : Simon Scherrer ; 1987 : Martin Suter, Wynentaler Blatt, 3 février 1987)
Il y a longtemps : plaisir de patiner sur le lac de Hallwil en 1987. L'auteur du blog (à droite) sur le lac de Hallwil partiellement gelé (photos 2007 : Simon Scherrer ; 1987 : Martin Suter, Wynentaler Blatt, 3 février 1987)

Beaucoup moins de gel complet

En 2008, Hendricks Franssen et Scherrer ont publié des données sur la glace des lacs du Plateau suisse. Ces données ont été mises à jour jusqu'à aujourd'hui. Elles montrent une image claire. ll y a eu beaucoup moins de gel complet au cours des dernières décennies, comme le montre de façon impressionnante la Figure 1. Les baisses les plus importantes sont observées dans les lacs de taille moyenne, tels que les lacs de Hallwil et de Sempach. Jusque dans les années 1960, il y avait deux à quatre «Seegfrörnen» par décennie dans ces lacs. A l'exception des années 1980, il n'y a plus eu de gel complet dans ces lacs depuis lors. La diminution est un peu moins spectaculaire dans les lacs plus petits, moins profonds ou plus élevés comme les lacs de Pfäffikon, Greifen ou d’Aegeri, mais là aussi, les gels complets sont devenus nettement plus rares. Les grands lacs ou les lacs profonds comme les lacs de Constance et de Zoug gèlent très rarement, la dernière fois au cours de l'hiver très rigoureux de 1962/1963.

Déclin en raison du changement climatique

Au cours des 150 dernières années, la Suisse s'est réchauffée de 2 °C et les vagues de froid ont considérablement diminué. Comme les «Seegfrörnen» n'apparaissent que lors d'hivers rigoureux, le phénomène réagit très sensiblement au réchauffement et à l'absence de vagues prononcées de froid. Ainsi, le réchauffement climatique explique très bien la diminution marquée de la couverture de glace sur les lacs du Plateau suisse. 

Que nous réserve l’avenir ?

Le réchauffement climatique se poursuit. Selon les scénarios, les températures augmenteront de quelques degrés supplémentaires dans les prochaines décennies. A l'aide d'un modèle simple, des chercheurs de l'ETH Zurich, de l'Université de Fribourg, du Forschungszentrum Jülich et de l'Academia Engiadina ont calculé que les lacs de grandeur moyenne du Plateau suisse pourront continuer à geler jusqu’en 2050 en cas d’hivers extrêmement froids. Après 2050, le gel complet des lacs deviendra de plus en plus improbable. Les «Seegfrörnen» du Plateau devraient alors disparaître de plus en plus de la perception du public.

Informations supplémentaires

Des informations supplémentaires sur le sujet des «Seegfrörnen», notamment sur la quantité de froid nécessaire pour qu'un lac gèle, peuvent être trouvées ici

Liens

Hendricks Franssen H-J und SC Scherrer (2008) Freezing of lakes on the Swiss Plateau in the period 1901-2006. Int J Clim, 28, 421-433, (Anglais)

Huss M, Hendricks Franssen H-J, Keller F, Funk M und M Hoelzle (2016) Freezing of lakes on the Swiss Plateau 1865-2100: combining long-term observations with modelling. Geophysical Research Abstracts, 18, EGU2016-5593 (Anglais)

La température moyenne annuelle suisse en animation (blog MétéoSuisse)

Des rayures messagères du climat (blog MétéoSuisse)

Gel complet des lacs suisses ("Seegfrörni") et variabilité climatique (blog MétéoSuisse)

Commentaires (9)

  1. Dom, 19.02.2020, 09:03

    Bonjour, merci beaucoup pour votre blog toujours super intéressant ! L’étude aurait dû spécifier qu’elle ne s’occupait que des lacs de Suisse alémanique, parce que là, on dirait que la Suisse s’arrête à la frontière linguistique ! Il me semble qu’on a aussi des grands lacs qui gèlent outre Sarine : le Léman, Lac de Neuchâtel, Lac de Joux, Gruyère ... et au Tessin !? ... un peu triste de voir comment les chercheurs voient la Suisse !

    1. MétéoSuisse, 19.02.2020, 13:37

      Bonjour, il faut bien avoir en tête qu'il s'agit d'un gel total des lacs de plaine entre 1901 et 2020 et donc les lacs romands et tessinois d'importance sont absents car il n'y a pas eu de gel total. Les lacs de Morat et Bienne sont mentionnés, pas les plus petits comme Gruyère ou Joux qui ont complètement gelé très régulièrement durant cette période.

    2. Hafner, 29.03.2020, 21:15

      J’abonde concernant la remarque ci-dessus. Les lacs romands sont oubliés.... !
      La preuve, pourquoi mettre le lac de Constance dans les statistiques et pas le lac de Neuchâtel car il a aussi très partiellement gelé dans les années 60. On pouvait y patiner au Bas-lac et les bords des rives étaient gelées.

  2. Guilhem, 18.02.2020, 20:17

    Le dernier gel partiel du lac de Zürich remonte à 2012, c'était marginal, dans la rade de Rapperswil et aux abords de la digue pont, rien de plus.
    En revanche le Lac de Constance présentait un gel de sa surface beaucoup plus étendu, j'ai pu voir depuis le ciel que les parties ouest plus étroites étaient prises. Ca correspond à une surface équivalente à celle du lac de Zürich qui était complètement gelée.

    1. MétéoSuisse, 18.02.2020, 20:51

      D’après la Figure 1, le lac de Zurich avait partiellement gelé en 2012 et c’était effectivement pour la dernière fois jusqu’à présent. Pour le lac de Constance, rien n’a été signalé en 2012, y compris du côté de l’Untersee. Peut-être que la surface gelée n’était que très superficielle et il y aurait été très dangereux de s’aventurer à pied.

    2. Lussy, 19.02.2020, 07:16

      Je ne comprends pas la réponse à ce commentaire par rapport au poids des personnes pour le lac de Constance, puisque la définition du terme veut justement que contrairement à d'autres, la glace n'a pas besoin d'atteindre une épaisseur suffisante et supporter du poids pour être considérée. On le lit dans le lien de la confédération donné au bas de l'article.

    3. MétéoSuisse, 26.02.2020, 09:31

      Vous avez raison, la glace n’a effectivement pas besoin d’atteindre une épaisseur suffisante et supporter du poids pour être considérée. Après vérification avec un de nos collègues de MétéoSuisse habitant à proximité de l’Untersee, celui-ci n’a pas gelé en 2012. Mais, une petite partie peu profonde de l'Untersee, le Gnadensee, entre l'île de Reichenau et la commune allemande d'Allensbach, gèle beaucoup plus fréquemment que l'Untersee dans son ensemble (il y a généralement des stands de saucisses et de vin chaud qui sont installés sur la glace du Gnadensee dès qu'il gèle). Même sur l'Obersee (du lac de Constance), certaines baies calmes près du rivage ont gelé en février 2012, par exemple la baie de Fussach. Par ailleurs, dans le Figure 1, le gel partiel n’est indiqué que pour le lac des Quatre-Cantons et le lac de Zurich.

  3. S. Legon, 18.02.2020, 17:03

    Même si ce n'est pas un lac du plateau, ce serait intéressant de voir les statistiques pour le lac de Joux : ça fait quelques années que nous ne pouvons plus patiner dessus.

    1. Lenoir, 05.03.2020, 07:52

      L'étude du lac de Joux et du lac des Taillières serait pourtant très pertinente. 2020, pas de gel au lac de Joux et 5 semaines de gel conplet au Taillières. Quand on voit que le lac de Joux était exploité pour sa glace de 40cm chaque hiver par l'industrie de la glace en 1900....