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Eté chaud avec deux périodes caniculaires

23 août 2019, 14 Commentaire(s)
Thèmes: Climat

La Suisse va très probablement connaître son troisième été le plus chaud depuis le début des mesures. Les étés 2018, 2017 et 2015 avaient été tout aussi chauds. Seul l’historique été 2003 s’était avéré beaucoup plus chaud. Contrairement à l’été 2018, l’été de cette année s’est montré suffisamment pluvieux dans de nombreuses régions de la Suisse.

Plein été sur le Rigi avec vue sur le lac des Quatre-Cantons le 30 juillet 2019. Photo : A. Hostettler.
Plein été sur le Rigi avec vue sur le lac des Quatre-Cantons le 30 juillet 2019. Photo : A. Hostettler.

La température moyenne de l’été 2019 à l’échelle nationale devrait se situer entre 15 et 16 °C. C’est un peu plus de 2 °C au-dessus de la norme 1981-2010. Jusqu'à présent, les étés qui ont dépassé le seuil des 15 °C en moyenne nationale ont été ceux de 2018, 2017, 2015, avec des valeurs entre 15,2 et 15,6°C, et bien sûr le légendaire été 2003 avec ses 16,9 °C.

Accumuluation d’étés extrêmement chauds

Il y a un an déjà, le bulletin climatologique de l’été attirait l'attention sur l'accumulation actuelle d'étés extrêmement chauds. Cette année, il s’agit du quatrième été consécutif qui a dépassé une température de 15 °C en moyenne nationale. Avant le réchauffement estival marqué à partir des années 1980, seuls les étés les plus extrêmes ont connu des valeurs supérieures à 14 °C. Cette valeur, qui était jadis considérée comme extrême, est devenue la moyenne estivale (13,8 °C) des 30 dernières années (1990-2019).

Les étés relativement frais avec une moyenne nationale de 12 degrés ou moins étaient fréquents avant 1980. Depuis les années 1990, ils ont disparu du climat estival de la Suisse. L'augmentation marquée de la chaleur estivale est l'un des signes évidents du changement climatique en cours. Depuis la période préindustrielle de 1871-1900, la température estivale a augmenté d'environ 2 °C.

Forte chaleur en juin et en juillet

Les plus fortes chaleurs se sont produites en juin et en juillet. Avec une moyenne suisse de 15,2 °C, le mois de juin a été le deuxième plus chaud depuis le début des mesures en 1864, à égalité avec juin 2017. Juin 2003 avait été beaucoup plus chaud avec 17,3 °C. Les températures continuellement au-dessus de 30 degrés du 25 juin au 1er juillet 2019 ont conduit à l'une des périodes de chaleur les plus intenses sur sept jours depuis le début des mesures il y a plus de 150 ans.

Après le deuxième mois de juin le plus chaud, la Suisse a enregistré le sixième mois de juillet le plus chaud depuis le début des mesures. La température moyenne nationale a atteint 16,2 °C. Juillet 2018 a été tout aussi chaud, tandis que juillet 1994 a été légèrement plus chaud. Seuls les mois de juillet 2015, 2006 et 1983 ont été nettement plus chauds avec des valeurs entre 17,4 °C et 17,8 °C.

Au cours de la deuxième vague de chaleur de l'été 2019 pendant la dernière décade de juillet, la température maximale a été en moyenne entre 32 et 34 °C pendant 7 jours. En Suisse romande, il a fait environ 1 °C plus chaud qu'en juin. La région bâloise et le Sud des Alpes ont connu deux vagues de chaleur comparables. En Suisse centrale et orientale, par contre, la période de 7 jours la plus chaude du mois de juin a été environ 1 °C plus chaude que celle en juillet.

Bimestre juin-juillet extrêmement chaud

Avec une valeur de 15,7 °C, la température du bimestre juin-juillet a été la deuxième la plus élevée depuis le début des mesures en 1864. Le bimestre juin-juillet de l’été 2015 qui avait été très chaud, a montré une valeur analogue. Seul le bimestre juin-juillet de l’été extrême 2003 avait été encore plus chaud au niveau national avec une valeur de 16,4 °C.

Août 2019 sera aussi chaud que juin avec une moyenne nationale comprise entre 14,5 °C et 15,5 °C. Cependant, il n'y a pas eu de vague de chaleur. Selon les calculs actuels jusqu'à la fin du mois, août 2019 ne fera pas partie des dix mois d'août les plus chauds depuis le début des mesures, mais se placera probablement parmi les vingt les plus chauds.

Précipitations copieuses dans certaines régions

Les précipitations estivales en Suisse romande, au Sud des Alpes et dans le Valais ont régionalement dépassé la norme 1981-2010. Localement en Valais et au Sud, elles ont atteint l’équivalent de 130 à 140 % de la norme. En revanche, sur l’extrême sud du Tessin, les trois mois d'été n'ont livré qu'environ la moitié des quantités normales. Dans les autres régions de Suisse, la somme des précipitations s'est située entre 80 et 100 % de la normale.

En juin, les précipitations ont atteint 100 à 150 % de la norme 1981-2010 en Suisse romande, du Léman aux lacs de Neuchâtel et de Bienne et dans le Jura, ainsi que du Haut-Valais aux Grisons en passant par la région du Gothard. Dans les autres régions de Suisse, il a souvent été mesuré l’équivalent de 60 à 90 %, régionalement moins de 50 % de la norme. Le Tessin méridional n'a reçu que l’équivalent de 30 % de la norme 1981-2010.

En juillet, les précipitations au Nord des Alpes ont atteint 60 à 90 %, localement autour de 100 % de la norme 1981-2010. Dans les Alpes, elles ont atteint 80 à presque 100 %. La région uranaise de la Reuss, ainsi que le Nord et le Centre des Grisons n’ont recueilli que l’équivalent de 50 % de la norme, voire moins, tandis que le Valais central a reçu l’équivalent de 130 à 150 % de la normale. Le Sud des Alpes a reçu 40 à 60 % de la norme dans de nombreux endroits, mais 70 à 90 % au niveau local également.

En août, le Sud des Alpes a enregistré des précipitations souvent largement supérieures à la moyenne. Dans plusieurs régions, les valeurs ont atteint 150 à plus de 200 % de la norme 1981-2010. Le Sud du Tessin est l’exception, car il n’est tombé que l’équivalent de 80 % de la norme. Dans le reste de la Suisse, les précipitations se situent généralement entre 90 et 130 % de la normale. Localement, il a davantage plu comme dans les régions d'Aigle, Montana, Arosa, Andeer et Güttingen au bord du lac de Constance avec l’équivalent 150 à 180 % de la norme.

Ensoleillement souvent au-dessus de la normale

L’été 2019 a souvent connu un ensoleillement excédentaire.

En juin, l’ensoleillement a été très bon et a souvent atteint 120 à 150 % de la norme 1981-2010 au Nord des Alpes, 140 à 180 % de la norme dans les Alpes, 110 à 130 % en Valais et au Sud des Alpes. Dans certaines régions de Suisse, il s’agit du mois de juin le plus ensoleillé depuis le début des mesures homogénéisées en 1959. A Scuol, juin 2019 a été le mois le plus ensoleillé depuis le début des mesures il y a 60 ans.

L’ensoleillement en juillet au Nord des Alpes a varié entre 120 et 130 % de la norme 1981-2010. Dans les Alpes et au Sud des Alpes, il a généralement atteint entre 100 et 110 % de la norme. En Engadine et localement au Tessin, les valeurs sont restées légèrement inférieures à la norme.

Malgré un mois d’août changeant, la plupart des régions de la Suisse connaîtront un ensoleillement proche de la normale ou légèrement inférieure à la norme 1981-2010.

 

Le bulletin définitif de l’été 2019 sera disponible à partir du 13 septembre 2019 dans la rubrique rapports climatiques.

Commentaires (14)

  1. Jérôme, 29.08.2019, 08:51

    Bonjour,

    Je tenais à vous remercier pour vos articles toujours très intéressants et complets sans toutefois être "trop" scientifiques. C'est donc lisible par tout le monde.

    Belle journée !

    Jérôme

  2. Favero, 28.08.2019, 07:42

    Bonjour, question aux spécialistes, afin de mesurer les précipitations avec une marge d erreur de quelques mm, un simple cylindre parfaitement symétrique suffit-il si l on mesure avec une règle la hauteur en mm de la pluie ainsi recueillie ?

    1. MétéoSuisse, 28.08.2019, 17:28

      Oui vous pouvez utiliser un cylindre avec un fond plat et une ouverture de même surface que le fond.

  3. Robert HAHN, 26.08.2019, 08:01

    Pour avoir été passer 3 jours sur place à Weggis, région de Lucerne, ces 20, 21 et 23 août 2019, j'ai trouvé et pu constater, que le ciel est resté obstinément très brumeux ces 3 jours là, à mon grand désenchantement, dans une si belle région. Il n'y a malheureusement pas eu, un seul rayon de soleil!.

  4. Koenig, 24.08.2019, 10:49

    J'avais effectivement l'impression que juillet avait été plus arrosé que le mois de juin.

    Cependant, plus important que le cumul de précipitations sur un mois, ce qui compte, c'est leur fréquence. Pour la nature et les infrastructures, ce n'est pas la même chose si la moyenne mensuelle est atteinte ou dépassée à cause de deux journées marquées par des orages violents ou si les précipitations ont été réparties tout au long du mois.

  5. Laure Kir, 23.08.2019, 20:22

    J'ai le souvenir d'un été très chaud en 1976, si ma mémoire est bonne à propos de l'année précise.
    Quelles sont les différences notables en termes de relevés, de causes et d'impacts etc. que l'on peut mettre en avant pour comparer ce que nous vivons aujourd'hui avec ce cas de figure particulier ?

    1. MétéoSuisse, 24.08.2019, 21:39

      En 1976, le début de l’été avait été chaud et particulièrement sec. En juin 1976, la pluviométrie a été de 1,9 mm à Genève et la température a dépassé la norme actuelle 1981-2010 de 1,8 °C. En juillet, le temps est devenu plus humide. Il est tombé 93,8 mm de pluie à Genève et la température a dépassé la normale de 0,2 °C. Août 1976 a été frais. Il est tombé 78,4 mm de pluie à Genève et la température a été bien inférieure à la normale de 2,3 °C. Finalement, sur l’ensemble de l’été 1976, la température à Genève a été inférieure à la norme actuelle 1981-2010 de 0,2 °C. C’est la raison pour laquelle l’année 1976 ne ressort pas particulièrement dans le graphique de la figure 1. C’est tout de même un des trois étés les plus chauds de la période entre 1960 et 1980.

  6. Pascal_fr_39, 23.08.2019, 17:57

    Effectivement, les êtes frais ont disparu, nous n'allumons quasiment plus le chauffage au cours de ces 3 mois ici sur le premier plateau du Jura occidental, et globalement, personne ne s'en plaint!
    Il est certainement possible d'affirmer que le gisement d'air froid Arctique ayant tellement perdu de sa puissance qu'il n'a plus la resilience de se projeter jusqu'à nous en été. Il faut remonter à 2014 où il s'était imposé avec outrance, mais depuis. .

    1. MétéoSuisse, 23.08.2019, 18:47

      Vous avez raison, il faut remonter à 2014 pour avoir un été frais. Mais il n'était que légèrement inférieur à la moyenne 1981-2010 et plus chaud par rapport à la moyenne 1961-1990. Il faut remonter à 1987 pour trouver un été qui n'était pas supérieur à la norme 1961-1990.

    2. Nathalie, 24.08.2019, 11:38

      Pareil chez nous à Yverdon, le chauffage (pompe à chaleur) ne s'allume plus depuis 2015 pendant tout l'été. Le boîtier électronique mentionne automatiquement "mode été". Cela veut dire que le petit panneau solaire sur le toit suffit largement pour assurer l'eau chaude du ménage. Elle monte même à 70°C lors des canicules. Par contre l'électricité qu'on économise ainsi est probablement dépensée pour faire tourner les ventilateurs, lesquels ont tous été achetés env. ces 10 dernières années.

      Oui, le climat a réellement changé. Ce qui n'empêche pas qu'il peut y avoir des vagues de froid en hiver. Mais l'été, ça devient parfois insupportable. Nous n'avons pas un bord de mer avec une petite brise qui nous rafraîchit. C'est plus facile de supporter les chaleurs en vacance que dans un train bondé pour aller travailler ;)

      Toujours est-il que nos prochaines vacances d'été seront probablement dans les pays du nord, ce qu'on aurait jamais voulu faire dans les années 1980-2000!

  7. Claude Guignard, 23.08.2019, 17:32

    Nous sortons d'un été une fois de plus globalement beau et chaud, un été comme nous les aimons. Le problème c'est qu'il ne s'agit d'un si bel été qu'en raison du réchauffement climatique. Normalement le climat suisse est loin d'être aussi agréable. On ne peut donc pas se rejouir comme il le faudrait vu qu'il s'agit du résultat d'une dégradation du climat mondial qui, ailleurs, entraine de graves conséquences.

    1. Gregory, 24.08.2019, 07:57

      Réchauffement climatique (d'origine humaine) ou pas, le climat est de toute façon voué à changer non ?

    2. Pascal_fr_39, 24.08.2019, 08:02

      Effectivement, les 5 derniers étés dans la région ont pris des allures résolument provençales. On le constate de visu dans le Jura, les forêts de résineux sont en détresse, les épicéas sont décimés par les scolytes et les sapins probablement pas les canicules successives, une véritable catastrophe écologique en cours, et le premier effet direct sur la Nature des activités humaines, bien supérieur aux pluies acides des années 1980-90. Et comme vous le mentionnez, qu'ils sont agréables ces étés, et qui s'en plaint? baignade et barbecues de mai à septembre, voire plus. Et si nous venions à reconnaître un de ceux compris entre 1977 et 1988 par exemple, (excepté 1983), qu'entendrions-nous pas autour de nous, mais cela est-il encore "matériellement" possible?

    3. Frank Peter, 24.08.2019, 23:48

      Un peu de mesure... les barbecues et autres baignades de mai à septembre, voire au-delà, ce n’est pas pour demain ! J’aurais d’ailleurs bien voulu vous voir dans la froid et la neige qui a sévit en mai par chez moi (et non, je ne vis pas à 1500 mètres d’altitude) !