Météo et urbanisation : le cas de l'Inde

9 juillet 2019, 7 Commentaire(s)
Thèmes: Météo

La récente canicule et les orages en Suisse ont à nouveau montré que les villes sont vulnérables aux conditions météorologiques extrêmes. Dans certains pays où la croissance des villes est galopante, les conséquences de certains évènements météorologiques peuvent rapidement devenir dramatiques. C’est le cas de l’Inde qui doit actuellement faire face à des conditions extrêmes. Alors que le nord du pays a connu des températures records au mois de juin, la ville de Bombay est submergée par des pluies torrentielles. Plus au sud, dans le Tamil Nadu, c’est la sécheresse qui préoccupe la population et les autorités.

Gratte-ciels en construction à Bombay. Photo : Mikhaël Schwander
Gratte-ciels en construction à Bombay. Photo : Mikhaël Schwander

Record de température

Le nord de l’Inde a connu au mois de juin une canicule particulièrement intense. Un nouveau record a été battu pour un mois de juin à Delhi avec 48°C. À Churu dans l’État du Rajasthan, le thermomètre est monté jusqu’à 50.6°C. Les habitants des villes sont particulièrement exposés à la chaleur, en particulier dans les quartiers dépourvus de végétation. D’une manière générale, les températures extrêmes vont devenir une menace pour une bonne partie de la population indienne avec le réchauffement climatique. Une étude de 2017 montre que d’ici la fin du siècle les températures pourraient devenir mortelles dans certaines régions d’Inde et d’Asie du sud-est. Lorsque la température du thermomètre mouillé* dépasse 35°C, il n’est plus possible pour le corps humain de se refroidir grâce à la transpiration. Une exposition de quelques heures à de telles conditions engendre la mort. Les projections basées sur un scénario sans réduction des émissions de gaz à effet de serre montrent que cette valeur de 35°C pourrait être atteinte d’ici la fin du siècle.

*Le thermomètre mouillé est maintenu mouillé par une mousseline imbibée d'eau en permanence. L'évaporation de l'eau refroidit le thermomètre mouillé. Plus l'air est sec, plus l'évaporation de l'eau est importante, plus la température du thermomètre mouillé diminue et plus l'écart entre les deux thermomètres est important. A 100 % d'humidité, la température de l'air et la température du thermomètre mouillé sont identiques.
Affichage aggrandi: Température en Inde le 10 juin 2019. Données satellitaires GEOS-5.
Température en Inde le 10 juin 2019. Données satellitaires GEOS-5.
Source : NASA Earth Observatory image (Joshua Stevens)

Bombay submergée

Sur la côte ouest du pays, la mousson a débuté au mois de juin. Le 2 juillet dernier il est tombé 374 mm de pluie en 24 heures à Bombay, la deuxième valeur la plus élevée depuis 45 ans. Une partie de la capitale économique de l’Inde et son agglomération de 20 millions d’habitants a été inondée, causant la mort de 32 personnes. Même si ces précipitations ont été particulièrement intenses, la principale cause des inondations est une mauvaise planification du développement effréné de la ville. Une bonne partie de la forêt de mangrove qui absorbe les pluies de mousson a été détruite. Depuis les années 2000, les canalisations n’ont également pas été suffisamment entretenues et ne peuvent pas absorber les fortes pluies.

Affichage aggrandi: Les inondations impactent fortement les transports, ici la gare du quartier de Sion à Bombay.
Les inondations impactent fortement les transports, ici la gare du quartier de Sion à Bombay.
Photo : Mandar Deodhar - https://tinyurl.com/y4ym247h

Chennai à sec

Plus au sud, l’État du Tamil Nadu fait face à une sécheresse sans précédent. La capitale Chennai est pratiquement à sec depuis plusieurs semaines. Les quatre réservoirs qui alimentent la ville en eau sont à moins 1% de leur capacité. Dans cette partie du pays, la mousson se produit entre octobre et décembre et celle de 2018 a été déficitaire. Comme dans le cas de Bombay, la faute ne peut pas seulement être attribuée aux conditions météorologiques. Ici aussi le développement rapide de la ville et une mauvaise planification a eu un impact important sur l’environnement. Entre 1980 et 2010, la surface construite est passée de 47 à 402 km2. De nombreuses constructions se sont faites sur des marécages, la surface de ceux-ci est passée de 186 à 71.5 km2 durant la même période. L’eau de pluie ne peut donc plus s’infiltrer dans les sols. Ce n’est pas la première fois que l’urbanisation incontrôlée de Chennai est pointée du doigt. En 2015, c’est une forte mousson qui avait engendré des inondations dans la ville tuant plusieurs centaines de personnes.

Commentaires (7)

  1. Jacquier, 11.07.2019, 06:43

    Bonjour,
    Oui il n’y a pas qu’en Inde que le réchauffement climatique fait des siennes , Nos grand lac sont depuis quatre ans , Affectés par la hausse des températures en été et en automne. L’inertie de la masse d’eau a du mal à se refroidir quand les poissons sont prêtes à frayer , si tant est que les reproductions sont fortement mise à mal.
    Les populations de pêcheurs professionnels souffrent et ce métier ancestrale pourrait bien être amené à disparaître si cela continue. C’est un réchauffement que l’on ne voit pas mais qui est bien là et qui est prémices d’un changement pour l’ensemble de la nature.
    Pendant ce temps les états continue à se goinfrer et sur les revenus des hydrocarbures…
    Mise à part ça j’utilise tous les jours votre site et je vous remercie 1000 fois pour les précieuses informations qui nous fournissent .
    Mes sincères salutations

  2. David Padayachy, 10.07.2019, 08:04

    Ma question n’est pas en rapport avec cet article: votre carte européenne des pressions atmosphériques et des fronts est-elle la représentation des variations isobariques à l’instant de sa publication ou s’agit-il de prévisions à /- 3 jours? Je constate parfois des différences entre l’arrivée réelle des fronts sur nos têtes et votre carte.

    1. MétéoSuisse, 10.07.2019, 15:50

      La carte des pressions atmosphériques et des fronts est préparée et publiée la veille pour le lendemain à 14h00. Chaque jour vers 14h00, la carte pour le lendemain à 14h00 est publiée.

  3. Guilhem, 09.07.2019, 23:28

    N'est t'il pas plus simple de parler du point de rosée plutôt que de la température d'un thermomètre au globe mouillé?
    Les deux doivent être très liés, sauf que la mesure du second semble assez aléatoire, si il y a un courant d'air par exemple l'évaporation s'accélère et la température mesurée baisse alors qu'elle ne devrait pas…

    Un point de rosée à 35°? Oui ça doit être assez terrible, on se rapproche d'un hammam! Déjà que quand il dépasse 20° on est dans l'inconfort.

    1. MétéoSuisse, 11.07.2019, 14:27

      La mesure de la température du thermomètre mouillé se fait sous abris, donc la vent n’a pas d’influence. Une augmentation de cette température diminue la différence entre la température de la peau et la température à l’intérieur du corps humain, et par conséquent, la capacité du corps de se refroidir. 35°C correspond à la température de la peau dans des conditions chaudes. Par conséquent, si la température du thermomètre mouillé dépasse 35°C, la chaleur du métabolisme ne peut pas se dissiper.
      Il y a un lien entre le thermomètre mouillé et le point de rosée, mais il n’est pas linéaire. Une température du thermomètre mouillé de 35°C correspond à un point de rosée de 30 à 34°C suivant la température de l’air.

  4. Vadim, 09.07.2019, 22:00

    A nouveau très intéressant, très bien expliqué et documenté, comme à votre habitude, merci!

  5. Claude Guignard, 09.07.2019, 18:00

    Les circonstances que vous decrivez sont provoquees par le rechauffement climatique ou, au moins, il les aggrave. On pourrait penser que tout serait entrepris pour lutter contre ce phenomene au lieu de le considerer comme ineluctable alors qu'il n'en est provisoirement encore rien. Mais non. On constate. On laisse aller. Oui, c'est ainsi... et voila. Et les climatosceptiques se bouchent les yeux et les oreilles...Il est clair que dans de telles conditions on va droit dans mur mais puisque cela semble convenir a presque tout le monde... alors allons-y.