Contenu

Je prendrais bien un peu de printemps

19 mai 2019, 17 Commentaire(s)
Thèmes: Météo

Printemps pourri, pas de soleil, il fait froid.. Chacun y va de son commentaire. Allons faire un tour en montagne, histoire de se donner quelques frissons supplémentaires..

Vue du col de la Fluela, GR. Source webcam MétéoSuisse
Vue du col de la Fluela, GR. Source webcam MétéoSuisse

Fonte très en retard par rapport à l'an dernier

Affichage aggrandi: Melchsee. OW, mi-mai 2019 (en haut) et 2018 (en bas). Source : melchseefrutt.roundshot.com
Melchsee. OW, mi-mai 2019 (en haut) et 2018 (en bas). Source : melchseefrutt.roundshot.com

Si l'on compare avec l'année passée, force est de constater qu'à une altitude de 2000 mètres, le paysage est nettement plus blanc cette année. La raison en est un ensoleillement réduit et des températures plus basses. On se souvient que l'hiver 2017-2018 avait été extrêmement enneigé en altitude. En Valais, on avait même mesuré des quantités de neige record. Néanmoins, la couche de neige avait rapidement disparu grâce à une fin de printemps extrêmement ensoleillée et chaude.

Il en va autrement cette année. Il a par exemple fortement neigé début avril dans les Alpes, comme par exemple dans la vallée de Conches à 1400m, où il est tombé 40 cm en moins de 24h à Ulrichen. Au Grimsel, la couche de neige s'est accrue d'environ 1.20 mètre en 2 jours. Ces quantités de neige ont contribué à ralentir encore la fonte d'un manteau hivernal déjà bien fourni. La raison principale est néanmoins une couverture nuageuse importante et des températures basses. On l'a vu dans le blog précédent, la première moitié de ce mois de mai est très froide par rapport à la norme.

 

Un printemps tardif était plus fréquent par le passé

Affichage aggrandi: Fuerenalp, au-dessus d'Engelberg, printemps 2019 (en haut) et 2018 (en bas). Source : fuerenalp.roundshot.com
Fuerenalp, au-dessus d'Engelberg, printemps 2019 (en haut) et 2018 (en bas). Source : fuerenalp.roundshot.com

A la fin des années 70 et au début des années 80, une fonte des neige tardive était très fréquente. Les régions proches de 2400 m étaient à l'époque encore bien enneigées début juin et la couverture neigeuse à la Furka, 2431 mètres, ne disparaissait que durant la dernière décade de juillet. Les mois d'été étaient riches en précipitations et froids. Il est arrivé qu'à Andermatt on relève 10 à 20 cm de neige fraîche en juin, et en juillet 1980, la neige est tombée jusqu'à 1000 mètres dans la vallée encaissée de Grindelwald.

En 1961, on a même mesuré 10 cm de neige le 8 juin à Erstfeld, à 470 mètres d'altitude et à la fin des années 70, la neige est tombée en juillet jusqu'à 700 m. Il n'y avait donc rien d'étonnant que le printemps arrive tardivement à 2000 mètres d'altitude.

Autre exemple : l'hiver à avalanches de 1951. Très enneigé dans les Alpes tessinoises, à mi-février, on mesurait une épaisseur de neige de 5 mètres entre 1200 et 1500 m dans le haut de la vallée Maggia. Le printemps se montra maussade et pluvieux ; il tombait encore souvent de la neige en altitude. A Bosco Gurin à 1500 m, la couche de neige ne disparut que début juin.

Pour des conditions encore plus extrêmes, un coup d'oeil en 1879. A l'époque, le 29 mai, une avalanche issue du Val Ruino détruisit une partie du village de Fontana, dans le val Bedretto. D'après des témoins de l'époque, la couverture de neige se montait encore à 1 mètre début juin à 1280 mètres d'altitude. Le chroniqueur relève que cette situation n'était pas exceptionnelle à l'époque.

On notera que dans les cas décrits ci-dessus, il s'agit de régions tessinoises, où les conditions sont généralement nettement plus chaudes et plus ensoleillées qu'au nord des Alpes. Il est clair que la température est plus haute aujourd'hui que dans les années 80, ce qui a des conséquences évidentes sur l'arrivée habituelle du printemps en montagne. Le climat a déjà changé dans nos esprits..

 

Commentaires (17)

  1. I. Champendal, 20.05.2019, 10:57

    Merci beaucoup de nous exposer la réalité.
    Je me demande, quand il y en a, si les rayons du soleil ne seraient pas plus puissants qu'avant, car il m'a semblé plus chaud, déjà durant les mois hivernaux.

    1. MétéoSuisse, 21.05.2019, 15:00

      Tout dépend ce que vous appelez avant. Le rayonnement solaire n’a pas changé. En revanche, l’ozone atmosphérique nous protège des UVA et UVB. Or, la couche d’ozone s’est amincie depuis les années 1970. Toutefois, depuis les années 2000, on observe une stabilisation de la colonne d’ozone au-dessus de la Suisse. Du coup, on ne pas dire que les rayons du soleil seraient plus puissants qu’avant, si on ne considère que ces dernières années.

  2. Nat. S, 20.05.2019, 09:24

    Merci pour cet historique intéressant. Il est vrai qu'on s'est habitué aux printemps doux. A mon avis, ce qui est vraiment embêtant ici n'est pas d'avoir un peu froid lorsqu'on met le nez dehors, c'est plutôt que l'on constate que depuis plusieurs années nous avons des mois de février-mars souvent trop doux et que la nature redémarre trop vite. Un mois de mai comme celui-ci devient alors délicat, notamment pour les arbres fruitiers. Ici, en Veveyse à 800m d'altitude, les poiriers ont eu la chance de fleurir avant le froid et donc les fleurs ont pu s'épanouir. Par contre, une bonne partie des pommiers ont vu leur fleurs geler...

  3. D. Hoffmann, 20.05.2019, 09:13

    Votre sujet sur la fonte tardive me rappelle des souvenirs d'adolescent (années 80) lorsque les installations de Téléverbier fonctionnaient jusqu'au 15 mai et que j'arrivais à descendre encore à ski jusqu'au lieu dit Carrefour, voire jusque sur les hauts de la station en enlevant 2- 3 fois les skis.

    Les installations de remontées mécaniques du glacier de Stubai en Autriche fonctionnent encore jusqu'à début juin en profitant d'un climat continental plus frais qui maintient encore de la neige sur la couche de glace qui a tendance à fondre de plus en plus rapidement, pour preuve les bâches qui cherchent à enrayer le phénomène.

  4. Roland-Alexandre Gross, 20.05.2019, 08:31

    Merci de cette piqûre de rappel.
    Parce que le printemps de l'année dernière était précoce et plutôt chaud, certains pensent que cela a toujours été le cas et que l'année 2019 s'annonce pourrie.
    C'est vrai qu'en matière de météo, beaucoup de personnes ont la mémoire courte.
    Une question tout de même. Les épisodes de pluie auxquels on assiste ces temps-ci parviennent-ils à combler (un tant soit peu) le large déficit enregistré en 2018 ?
    Merci de vos articles toujours intéressants et variés.

    1. MétéoSuisse, 21.05.2019, 14:44

      Les indices de sécheresse (voir article du 17 mai) montrent toujours des valeurs négatives pour les régions de plaine de la Suisse romande. En revanche, la situation s’est sensiblement améliorée en Suisse orientale.

  5. Sylvain B., 20.05.2019, 07:41

    Ma question pourrait paraître enfantine mais je me demande si un printemps comme celui-ci est favorable pour les réserves en eaux que nous aurons durant l'été. Est-ce le cas ? Merci d'avance !

    1. MétéoSuisse, 21.05.2019, 14:35

      La fonte de la neige prendra plus de temps que l’année passée et les cours d’eau en provenance des Alpes seront encore bien alimentés pendant l’été. En Suisse orientale, les pluies de ces dernières 48 heures ont été très généreuses et feront sans doute du bien à la nature. En revanche, en Suisse romande, nous restons en déficit pluviométrique depuis plusieurs mois et de bonnes précipitations seraient encore nécessaires. Cependant, comme le temps est frais et, il y a peu d’évapotranspiration en surface, ce qui est déjà cela de gagner sur le déficit hydrique.

  6. Stéphanie Rey, 20.05.2019, 06:54

    Merci pour cette mise au point printanière. Depuis qques années j observe un décalage de la « belle saison » : printemps pas agréables, frais, mouillés ou nuageux... pas génial pour la rando, ni pour les oiseaux et leur nichée (peu d insectes au moment du nourrissage des petits). Par contre un temps magnifique presque jusqu à Noël, avec douceur, peu de précipitations et du soleil, idéal pour aller marcher tout en étant prudents aux sols gelés en novembre et décembre. Les saisons se décalent.

  7. Marie.D, 20.05.2019, 06:29

    Enfin, un peu de pluie !
    Merci pour votre historique, il est important de rappeler, que les printemps ne sont pas toujours chaud comme au mois de juillet ou au mois d'aout !
    Cela devient vraiment pénible ,cette mode, du toujours chaud, beau, et d'entendre des gémissements dès qu'il fait en dessous de 20° ou qu'il pleut !
    La nature a besoin d'eau, et les humains aussi !!!

  8. JL Pélissier, 19.05.2019, 23:37

    Skieurs et alpinistes doivent se réjouir, et non pleurer, de ce retour temporaire au schéma météorologique du passé.

    Les vaches aussi. Cela retarde un peu le moment où elles seront remplacées par les chameaux et où l'Oberland prendra des allures de Hoggar.

    La fascination du soleil et du désert est à la mode aujourd'hui dans les esprits. Ne l'oublions pas pourtant: pas d'eau, pas de vie.

  9. Claude Guignard, 19.05.2019, 20:08

    Printemps pourri ? Certainement pas, car il n'est guère humide mais, mai surtout, froid et plutôt peu ensoleillé. Neige en altitude ? Il y aura toujours des années précocement moins chaudes que d'autres. Et pour les chutes de neige en été, de fortes précipitations sous une goutte froide en altitude peuvent en effet faire tomber de la neige jusqu'en plaine dans les vallées des Alpes. Sur le Plateau ce ne serait guère possible.L'enneigement comparé à celui de l'an dernier est spectaculaire. Il faudra voir où on en est dans un mois. Si les températures retrouvent des valeurs de saison voire supérieures la fonte sera rapide sous le soleil de juin. Nous nous sommes habitués à des printemps hâtifs trop chauds et trop ensoleillés et pour fois que c'est exactement le contraire, il est évident que nous le ressentons durement. Et cela raccourcit la "belle saison".

  10. Pascal_fr_39, 19.05.2019, 17:56

    Pour compléter ce bel et instructif inventaire, on peut citer le printemps 1970 dans le Jura, on y mesura un manteau neigeux de 2.20 m autour du 15 avril à 1200m d'altitude, une couche qui ne disparu qu'en toute fin de mois de mai.
    Et pour cette année, le Tour de Suisse nous promet une étape majestueuse autour de Ulrichen via Furka, Susten, Grimsel, nul doute que de belles murailles blanches y persisteront encore. Et d'ici à 10 jours, le Giro franchira le Gavia, certes en Italie, mais assez proche des Grisons, des images spectaculaires en perspective.

  11. Nicolas Chautems, 19.05.2019, 16:37

    Merci pour cette analyse. Est-ce qu'un printemps comme celui là fait du bien à nos glaciers?

    1. MétéoSuisse, 20.05.2019, 04:52

      Probablement, mais si l'été est particulièrement chaud, le bilan sera sûrement négatif.

    2. Gabriel C., 20.05.2019, 08:51

      Déprimant... J'espérais aussi qu'un temps comme celui-ci pouvait servir un peu de pansement.

  12. Krys, 19.05.2019, 15:52

    Bonjour, merci pour ce retour historico-climatique.

    Vos propos confirmeraient ce que m'ont dit les anciens que l'on pouvaient encore skier fin 1970's jusqu'à début juillet jusqu'au lieu dit Morenia, situé à 2550m. à Saas-Fee, lieu exposé N-NE. Lieu autrefois dévolu au ski d'été, aujourd'hui champs de caillasses dés le mois de juin.