De moins en moins de neige

22 avril 2019, 5 Commentaire(s)
Thèmes: Climat

Il y a 50 ans, l'isotherme du zéro degré en hiver était située en moyenne à près de 600 mètres d’altitude. De nos jours, en raison du réchauffement hivernal, elle se situe à une altitude d'environ 850 mètres. L'augmentation de l’ordre de 250 mètres de l'isotherme de zéro degré en hiver a provoqué une forte diminution de la durée et de l'épaisseur de la couverture neigeuse en montagne, surtout en moyenne altitude.

Vue d’Arosa à Medergen en janvier 2019. Photo : Daniel Gerstgrasser
Vue d’Arosa à Medergen en janvier 2019. Photo : Daniel Gerstgrasser

Blanc moins longtemps

Lorsque l'isotherme du zéro degré est à une altitude plus élevée, les précipitations au début et à la fin de l'hiver se produisent le plus souvent sous forme de pluie et moins fréquemment sous forme de neige. De plus, une isotherme du zéro degré plus élevée accélère la fonte de la neige au printemps. Avec le réchauffement hivernal et l'élévation de l'isotherme du zéro degré vers des altitudes plus élevées, le nombre de jours enneigés par an dans les Alpes suisses a diminué d'environ 20 à 30 jours selon les endroits.

Arrivée plus tardive de l’hiver

Affichage aggrandi: Figure 1. Nombre de jours enneigés (neige gisante ≥ 1cm) durant la période août à juillet dans les stations d’Elm (958 m), Grächen (1605 m), Arosa (1878 m) et Weissfluhjoch (2540 m). La ligne rouge indique la moyenne pondérée sur 10 ans. Données : MétéoSuisse / SLF Davos.
Figure 1. Nombre de jours enneigés (neige gisante ≥ 1cm) durant la période août à juillet dans les stations d’Elm (958 m), Grächen (1605 m), Arosa (1878 m) et Weissfluhjoch (2540 m). La ligne rouge indique la moyenne pondérée sur 10 ans. Données : MétéoSuisse / SLF Davos.

Les conséquences du réchauffement hivernal sur l'évolution de la couverture neigeuse sont clairement visibles sur le graphique de la station de mesures d’Arosa. Située à 1800 mètres d'altitude dans les Alpes orientales suisses, Arosa est une destination classique de ski. Pendant la période des sports d'hiver de novembre à avril, la somme de neige fraîche est passée d'un peu moins de 7 mètres (moyenne 1961-1990) à 6 mètres (moyenne 1991 2018) alors que la hauteur moyenne de neige gisante a chuté de 80 cm à 60 cm. De nos jours, la formation du manteau neigeux hivernal est retardée d'un mois (figure 2.). Entre 1961 et 1990, une couche de neige de 40 cm a été atteinte début décembre en moyenne. Aujourd'hui, ces valeurs sont atteintes en moyenne vers la fin décembre.

Fonte plus précoce de la neige

Affichage aggrandi: Figure 2. Evolution moyenne de la couverture neigeuse d’octobre à juin à Arosa pour les périodes standards 1961-1990, 1981-2010 et la période actuelle depuis 1991.
Figure 2. Evolution moyenne de la couverture neigeuse d’octobre à juin à Arosa pour les périodes standards 1961-1990, 1981-2010 et la période actuelle depuis 1991.

A Arosa, la hauteur maximale de neige a diminué d'un tiers, passant d'une moyenne d'environ 120 cm (moyenne 1961-1990) à une moyenne de 80 cm (moyenne 1991-2018). Le moment où la hauteur maximale de neige est mesurée a avancé d'un mois, de la dernière décade de mars à la dernière décade de février. De nos jours, la fonte de la neige commence donc en moyenne un mois plus tôt qu'en 1961-1990 et la fonte complète est avancée de fin mai à fin avril.

Moins de neige

Le retard dans la formation du manteau neigeux ainsi que la fonte précoce du manteau neigeux ont des conséquences impressionnantes sur la durée des périodes de couverture neigeuse. A Arosa, au cours des dernières décennies, on pouvait s'attendre à une couverture de neige moyenne d'au moins 40 cm de début décembre à la mi-mai. Aujourd'hui, ces valeurs sont mesurées en moyenne de la fin décembre à début avril. La période avec au moins 40 cm de neige gisante a donc été réduite de 5,5 mois à un peu plus de 3 mois. Au même endroit, dans le passé, on pouvait s'attendre à trouver un manteau neigeux d’au moins 80 cm entre la mi-janvier et la fin avril. Aujourd'hui, cette épaisseur de neige n'est présente en moyenne que pendant un peu moins de deux semaines, au mois de février.

Haute-montagne moins touchée

A plus haute altitude, le réchauffement hivernal et l'augmentation de l'isotherme de zéro degré qui en a résulté ont eu beaucoup moins d'influence sur l'évolution du manteau neigeux (figure 3). A la station de mesures du Weissfluhjoch, située à 2540 m d'altitude au nord-est d'Arosa, aucun changement dans la structure du manteau neigeux n'a été observé au cours des 60 dernières années. En moyenne, la hauteur maximale du manteau neigeux a légèrement diminué, passant de 2,2 mètres (moyenne 1961-1990) à 2,1 mètres (moyenne 1991-2018). La période de l'année avec la hauteur maximale de neige vers la mi-avril n'a pas changé.

En moyenne, la fonte de l'enneigement hivernal sur le Weissfluhjoch commence donc aujourd'hui au même moment que durant la période de comparaison 1961-1990. Cependant, en raison du fort réchauffement printanier, la fonte de la neige est maintenant plus rapide. En mai, l'épaisseur moyenne de la neige sur le Weissfluhjoch est aujourd'hui de 20 à 40 cm, en juin de près de 50 cm inférieure à celle de la période de comparaison 1961-1990. En moyenne, la fonte complète est avancée d'environ un mois, de la première quinzaine d’août à la deuxième quinzaine de juillet.

Encore moins de neige dans le futur

Affichage aggrandi: Figure 3. Evolution moyenne de la couverture neigeuse d’octobre à août au Weissfluhjoch pour les périodes standards 1961-1990, 1981-2010 et la période actuelle depuis 1991.
Figure 3. Evolution moyenne de la couverture neigeuse d’octobre à août au Weissfluhjoch pour les périodes standards 1961-1990, 1981-2010 et la période actuelle depuis 1991.

Les scénarios climatiques CH2018 prévoient, qu'en l'absence de mesures de protection du climat, l'isotherme du zéro degré augmentera encore de 400 à 650 mètres d'ici 2060. Elle se situera donc entre 1300 et 1500 mètres. A l'altitude d'Arosa, la quantité totale de neige devrait être réduite de 40 à 50% par rapport aux valeurs actuelles. A 2500 mètres, on estime que la quantité totale de neige sera réduite d'environ 30% par rapport à aujourd'hui.

Commentaires (5)

  1. Claude Guignard, 22.04.2019, 19:10

    Il est étonnant de constater que la hausse somme toute peu importante de l'isotherme du 0 degré en hiver exerce une telle influence sur l'épaisseur et la durée du manteau neigeux. Cependant pour avoir une image encore plus juste il faudrait savoir si la somme des précipitations a varié ou non au cours des périodes considérées. Cette analyse permet de mieux comprendre comment nous avons pu avoir des périodes glaciaires aussi importantes dans un passé relativement récent. Ainsi une relativement faible modification de température peut conduire à des augmentations ou à des diminutions spectaculaires du manteau neigeux et en cas de baisse à une rapide augmentation de la masse neigeuse qui ne parvient plus à disparaître totalement en été et s'accumule jusqu'à former des glaciers..

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    1. Dusapin, 06.05.2019, 18:36

      Certes, il y a moins de neige que dans les années 70 à moyenne altitude. Le phénomène a commencé vraiment au début des annees 90. C'est à partir de là que les stations pouvant se le permettre ont commencé d'installer des canons... Aujourd'hui, les stations équipées en canons assurent mieux que jamais, tourisme hivernal oblige. Petite remarque encore, concernant les Alpes, je n'ai jamais vu autant de neige en altitude, car aujourd'hui même, il y a 2 points avec plus de 6m de neige, et il reste par exemple près de 1 m de neige à la station de mesure d'Arosa 1800 m. Du jamais vu de mémoire d'hommes, donc oui les hivers sont variables, mais de la neige, y'en a encore, je parie que l'ouverture des cols alpins sera retardée ...

    2. MétéoSuisse, 07.05.2019, 08:11

      Le 6 mai 2019, la hauteur de neige à Arosa était de 105 cm. Nous disposons de mesures d’enneigement à Arosa depuis 1950 et nous avons déjà eu plus de 100 cm de neige un 6 mai : en 1992 (107 cm), en 1979 (115 cm), en 1975 (109 cm), en 1970 (155 cm), en 1967 (129 cm), en 1965 (105 cm), en 1954 (105 cm) et en 1951 (131 cm). En revanche, entre 2009 et 2018, on a mesuré 0 cm de neige gisante un 6 mai à Arosa pendant 10 années consécutives.

  2. Pascal_fr_39, 22.04.2019, 18:40

    J'avais vu au cours d''un documentaire sur ce sujet que la diminution de la durée du manteau neigeux avait une influence très néfaste pour la faune d'altitude. Le développement végétatif étant plus précoce, la maturation des plantes l'est aussi si bien que pour le bouquetin par exemple, les qualités nutritives de son alimentation sont déjà dégradées lorsque le petit, qui nait toujours à la même période, est en âge de se nourrir seul. In fine, certains individus ne réussissent pas à atteindre un développement suffisamment solide pour faire face à l'hiver suivant..

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    1. SARRASIN Jean-François, 25.04.2019, 00:22

      Les effectifs de bouquetins sont assez stables, contrairement à ceux des chamois, en chute considérable, du moins dans la région où je vis (près du district franc fédéral du Val Ferret / Combe de l’A). Les conséquences des perturbations causées par l’être humain me paraissent bien plus incisives que celles liées au réchauffement climatique, du moins pour l’instant.