Sports d’hiver et changements climatiques

11 mars 2019, 6 Commentaire(s)
Thèmes: Climat

Comment va évoluer le climat de l’arc alpin dans le futur ? Quelles conséquences sont attendues pour les sports d’hiver et le tourisme hivernal ? Sous la supervision de la Fondation Sécurité dans le Ski (Stiftung Sicherheit im Skisport, SIS), une équipe de plus de 20 scientifiques provenant de 14 organisations de recherches sur le sport et le climat en Allemagne, Autriche et Suisse s’est penchée pour la première fois sur l’état de la recherche sur ce sujet. MétéoSuisse et l’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches (SLF) font partie de ce consortium.

De bonnes conditions d’enneigement pour les sports d’hiver. Ici à Ischgl/Samnau. Photo : S. Kotlarski
De bonnes conditions d’enneigement pour les sports d’hiver. Ici à Ischgl/Samnau. Photo : S. Kotlarski

1. Le réchauffement climatique se poursuit

Les experts sont unanimes, la température annuelle moyenne dans les Alpes va augmenter d’au moins 2 degrés d’ici la fin 21ème siècle. L’augmentation de la température concerne toutes les périodes de l’année. En Suisse, les nouveaux scénarios climatiques CH2018 ont été présentés en novembre dernier. L’illustration 1 montre l’évolution de la température moyenne en Suisse selon deux scénarios d’émissions de gaz à effet de serre. Sans mesures pour limiter le réchauffement climatique (en rouge), la température en Suisse va augmenter de près de 5.5 degrés d’ici la fin du siècle. Le scénario optimiste avec des mesures contre le réchauffement climatique (en bleu), qui correspond approximativement à l’accord de Paris, montre un réchauffement limité à moins de 2 degrés. En revanche, il est plus compliqué d’identifier des tendances claires pour le proche avenir (2050), car la variabilité climatique naturelle peut éclipser la tendance à long terme, en particulier pour les précipitations.

2. Impacts sur le manteau neigeux et les sports d’hiver

Conséquence du réchauffement pour les sports d’hiver, l’enneigement naturel moyen à long terme (2100) en moyenne montagne va continuer de diminuer (illustration 2, exemple des scénarios CH2018). La durée d’enneigement diminuera de plusieurs semaines en fin d’hiver et de manière moins marquée en début d’hiver. Les mois touristiques en plein hiver (janvier et février) seront les moins impactés. Les conditions nécessaires à la production de neige artificielle changeront également avec une diminution des périodes favorables.

3. Le tourisme hivernal va changer

Les sports d’hiver, qui sont affectés par les changements climatiques, continuent de se développer. L'adaptation régionale des sports d’hiver aux changements climatiques ne peut se faire en vase clos, mais doit s’inscrire dans des processus dynamiques liés aux différents niveaux des secteurs et marchés régionaux. Sur cette base, les associations de sports d’hiver, les villages de montagne et les remontées mécaniques ont la possibilité de participer activement au défi sociétal des changements climatiques, en prenant des mesures pour s’adapter aux conséquences et réduire les émissions de gaz à effet de serre. Des innovations technologiques, organisationnelles et une diversification de l’offre seront nécessaires. L’utilisation d’énergies renouvelables doit être renforcée et l’efficience énergétique améliorée dans tous les secteurs des sports d’hiver. Pour un développement durable, il sera nécessaire, encore plus qu’actuellement, d’établir des partenariats, des réseaux et des systèmes pour l’échange d’informations à tous les niveaux. Finalement, pour assurer l’avenir des sports d’hiver, les acteurs devront envisager des stratégies visant à améliorer la résilience et l’adaptabilité, ainsi que la capacité d’innovation des sports d’hiver.

4. L'échange de connaissances et la poursuite de la recherche sont essentiels

Les résultats présentés ici montrent que le climat et les changements climatiques ne connaissent pas de frontières et que les sports d’hiver, ainsi que les canaux touristiques et économiques seront impactés dans tout l’arc alpin. Par conséquent, les échanges dans le domaine entre les États sont d’autant plus importants. Nos connaissances sur les changements climatiques ne sont pas encore complètes et un grand nombre de questions restent ouvertes. MétéoSuisse prévoit de continuer à jouer un rôle important à l’avenir, en fournissant les bases nécessaires à l’estimation de l’enneigement naturel dans le futur.

Informations complémentaires

La prise de position détaillée de l’équipe d’experts est disponible au téléchargement ici :  www.stiftung.ski

 

Les nouveaux scénarios climatiques CH2018 pour la Suisse sont présentés sur http://www.scenarios-climatiques.ch/, avec une multitudes d’illustrations et de données sur les changements climatiques futurs en Suisse.

 

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Commentaires (6)

  1. Noël Cramer, 24.03.2019, 18:55

    Ce commentaire est anecdotique – mais je me souviens des descentes en luge en ville de Lausanne jusqu'au lac avec mes copains durant l'hiver 1951-52 ainsi que celles jusqu'à Sierre lors de notre camp de ski à Montana le même hiver. Il est certain que le climat a changé depuis – et que l'évolution continue dans le même sens.

  2. Phil, 20.03.2019, 07:51

    Il y a plus de 40 ans que je travaille directement ou indirectement avec ou dans la neige. J'ai vu de nombreux changements dans les précipitations hivernales , mais également dans la constitution du manteau neigeux. Certainement que ces changements sont un effet d'une modification climatique qui se met en place depuis plusieurs décennies.
    Si cette tendance de réchauffement se poursuit il faut repenser l'activité skis sur pistes. Les remontées mécaniques tentent par des apports artificiels de neige de résoudre le problème de manque de neige. Cette vision ne peut pas être pérennisée à moyen terme. Les pistes de glisse au dessous de 1800m environ sont condamnées à court ou moyen terme. De croire à des enneigements artificiels à ces altitudes est une mauvaise politique. Les investissements de telles installations se répercuteront sur les prix des forfaits. On constate une augmentation d'adeptes vers des activités sportives moins onéreuses.
    Il faut regarder en face et prendre en considération que des remontées mécaniques devront être démantelées. Les communes ou cantons ne pourront plus soutenir financièrement des pots troués.
    Par contre les instances touristiques et politiques ont une opportunité pour remodeler les offres d'activités. Pour y parvenir il faut un réel changement des mentalités et de ne plus s'acharner sur le passé.
    Peut être un nouveau printemps!

  3. Marie Dewailly, 19.03.2019, 06:24

    Un grand merci pour votre article, je partage l'avis de S.Rey, je trouve impensable de continuer à utiliser sans modération, les canons à neige, uniquement pour laisser ouvertes quelques pistes de ski !
    Quand les nappes phréatiques seront vides et que nous devront nous restreindre en eau, les communes penseront peut être que les quelques jours de ski de plus, ne valaient pas le coup !
    Les habitudes n'ont pas changées, les stations ne pensent qu'à leur profit, peu importe le climat.
    Quand je vois les jeunes manifester et quand même temps, ils prennent un avion low cost pour descendre des pistes enneigées artificiellement, je suis très choquée !

  4. Stéphanie Rey, 16.03.2019, 07:26

    Merci pour votre article. Cela fait plus de 10 que vous nous avertissez de ce changement, et au niveau des stations je n’ai pas vu de changement, ni adaptation pour modifier les habitudes hivernales. Les remontées mécaniques continuent d investir dans les capacités d enneiger sans neige ou de transporter plus de monde et plus vite. Aux Crosets, ils ont créé une immense retenue d eau pour enneiger le domaine en deux jours. En plus l état du Valais va donner du financement aux remontées pour éviter la faillite (ou un truc comme ça). Je suis biologiste et accompagnatrice en montagne, pas militante pour quoi que ce soit. Mais là... c est de l acharnement « thérapeutique » personne n a rien fait depuis 10 et après ils se plaignent. En Valais on a beaucoup de chance parce qu au lien de vendre de la neige et du ski, on peut vendre aussi le Soleil et la randonnée. Avec les changements climatiques, on peut maintenant faire de magnifiques sorties jusqu à Noel, mais la plupart des cabanes ferment à la fin septembre ... dommage. Je comprends bien tous ces jeunes qui manifestent pour que ça change. Merci à eux et merci à vous

  5. Raoul, 13.03.2019, 11:16

    Un grand merci pour la pertinence de votre article. Je pense que plus d'un responsable de stations de ski devrait en prendre lecture afin de revoir leur modèle de dévelopement futur.

  6. Claude Guignard, 11.03.2019, 17:18

    Il est certain que le changement climatique va entraîner une diminution des chutes de neige en montagne, du moins aux altitudes basses et moyennes, et une fonte plus rapide du manteau neigeux. Dès maintenant les stations doivent y réfléchir très sérieusement, si elles ne l'ont pas encore fait. Vous envisagez deux scénarios. Personnellement, sans pessimisme mais avec réalisme, je penche pour le scénario le moins favorable, donc le rouge. Réduire efficacement l'émission de gaz à effet de serre demande une profonde modification de notre manière de vivre. Pour le moment personne n'y est disposé. Au contraire certains politiques s'y opposent encore avec acharnement et il se trouve des gens pour les écouter. Il faut donc envisager le pire.