Manque de pluie exceptionnel

20 août 2018, 17 Commentaire(s)
Thèmes: Climat

Depuis avril, la Suisse orientale souffre d’un manque de pluie le plus extrême depuis le début des mesures en 1864. Il manque l’équivalent de 2.5 à 3 mois de pluie. En Suisse romande et au Sud des Alpes, le déficit pluviométrique est moins marqué.

Des prairies asséchées sont des paysages typiques de l‘été 2018. Photo : S. Bader
Des prairies asséchées sont des paysages typiques de l‘été 2018. Photo : S. Bader

Un événement séculaire

En Suisse orientale, le manque de pluie depuis plusieurs mois est devenu un événement séculaire. Dans une zone située entre le lac de Zurich et du Walensee jusqu’au lac de Constance, il n’est tombé, entrer avril et août, que l’équivalent de 45% de la norme des précipitations sur 5 mois. Dans ces régions, il manque l’équivalent de 2.5 à 3 mois de pluie. Pour la Suisse orientale, il s’agit du déficit pluviométrique le plus marqué entre avril et août depuis le début des mesures en 1864. Au second rang de la période avril-août la plus sèche figure l’année 1870 avec l’équivalent de 50% de la norme 1981-2010. Les quatre autres périodes avril-août les plus sèches des années 1868, 1911, 1947 et 1949 avaient fourni l’équivalent de 60% de la norme.

Manque de pluie sur toute la Suisse

La Suisse romande et le Sud des Alpes connaissent également un manque persistant de pluie. Entre avril et août, il est tombé l’équivalent de 66% de la norme 1981-2010 en Suisse romande, respectivement 70% au Sud des Alpes (état du 19.08.2018).

Une pluviométrie comparable entre avril et août avait été relevée en Suisse romande dans les années 1984, 1976, 1962, 1949 et 1947, ainsi qu’en 1906 et en 1870. Seule l’année 1893 avait connu une période d’avril à août encore plus sèche avec l’équivalent de 53% de la norme 1981-2010.

Au Sud des Alpes, la dernière période avril-août la plus sèche remonte à l’année 2005. Il y a eu 15 autres périodes d’avril à août qui ont connu un déficit pluviométrique comparable ou même plus important. La période d’avril à août la plus sèche au Sud des Alpes s’est produite en 1893, comme en Suisse romande, avec l’équivalent de 43% de la norme.

Pas de tendance vers moins de pluie

Le manque de pluie au cours des 5 derniers mois ne fait pas partie d’une tendance climatique en cours. Le semestre d’été d’avril à septembre ne montre pas de tendance à la diminution ou à la hausse des précipitations, que ce soit au Nord ou au Sud des Alpes. Le régime pluviométrique estival est très stable depuis le début des mesures en termes de quantité de précipitations.

Le changement climatique provoque plus d’évaporation

Bien que les précipitations n’aient pas présenté de changement, la quantité d’eau disponible a diminué. La température estivale qui a nettement augmenté depuis les années 1990 a intensifié l’évaporation. Par conséquent, la sécheresse estivale est plus fréquente de nos jours que dans le passé. Avec la poursuite du réchauffement estival prévu, la sécheresse estivale deviendra de plus en plus aiguë en cours des prochaines décennies, même si le régime des précipitations estivales ne change pas. Les précipitations estivales devraient diminuer à partir des années 2050, ce qui aggravera la sécheresse estivale.

Eté devenant subtropical en Suisse

La baisse des précipitations estivales est associée à une évolution à grande échelle en Europe. A mesure que le changement climatique progresse, les modèles climatiques montrent que les précipitations augmenteront sur le nord de l’Europe et diminueront sur le sud de l’Europe. Ce schéma évolue avec le changement des saisons. En été, la Suisse sera influencée par la baisse des précipitations en Méditerranée. Ce déclin des précipitations peut encore s’expliquer par un changement à grande échelle de la circulation méridionale des tropiques aux zones subtropicales. En fait, la zone subtropicale continuera à se déplacer vers le nord, jusqu’en Europe méridionale et centrale.

Commentaires (17)

  1. Aurélie, 23.09.2018, 10:52

    Bonjour!
    Oui c’est pas simple pour la faune et la flore... je suis très proche de la nature et l’aime parfois, même souvent, plus que l’Homme!
    N’oublions pas tout de même que notre planète était une planète très chaude et qui s’est refroidie durant des millions d’années peut-être repart-elle vers son cycle chaud.
    Arrêtons de vouloir tout influencer tout changer, même le temps qu’il fait!!!
    Et pour ceux qui insistent à arroser leur ‘gazon’ dans de telles situations et bien ils ne sont sûrement pas sur la bonne planète !

  2. Lou, 19.09.2018, 17:44

    Bonjour!
    C'est tout bonnement effrayant!Que et comment vivront les générations futures?
    Quant aux commentaires de certaines lectrices ou lecteurs ,bien, centrés sur leur petite région ou sur les avantages du climat chaud en fonction de leurs goûts et de leurs loisirs...ils rappellent combien nous,êtres humains, sommes porteurs d'oeillères... dangereux!
    Merci à Meteosuisse pour la qualité de ses blogs!🐸

  3. Alain Bron, 29.08.2018, 09:20

    Dans une émission "Monsieur Jardinier" on nous a rappelé qu'au temps des romains on cultivait des oliviers à Montreux .. il semble donc que l'on revient au bon vieux climat d'antan.
    Moins de pluie chez nous, mais il semble qu'en Tunisie c'est au contraire un été pluvieux.

  4. T.Martin, 24.08.2018, 13:37

    Vous parlez de la norme pluviométrique, mais si l’on regarde votre graphique image 2 de cet article on peut constater que depuis le début des mesures la tendance est plus vers bas que vers le haut. Qu’est-ce qui détermine la norme? Cela reste quand même passablement subjectif.

    1. MétéoSuisse, 24.08.2018, 14:19

      La norme pluviométrique actuelle est basée sur les précipitations relevées entre 1981 et 2010. On constate que dans la région située entre le lac de Zurich et le lac de Constance, il y a eu davantage de périodes avril-août plus sèches que la norme 1981-2010 à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle. Cependant, les tendances semblent peu significatives.
      Le lien suivant permet de voir les tendances sur les précipitations saisonnières en sélectionnant la période (par exemple depuis 1981). Lorsque le cercle vert ou brun n’est pas rempli, cela veut dire que la tendance n’est pas significative.
      https://www.meteosuisse.admin.ch/home/climat/le-climat-suisse-en-detail/tendances-observees-aux-stations.html?filters=rhs150m0_map_season_1981-current

  5. Fabien, 24.08.2018, 08:42

    Amateur de sport aérien, j'ai constaté cette année des vents très inhabituels comparés aux années précédente. Par exemple sur l'été 2017 nous avions en Suisse Romande surtout une majorité de flux d'Ouest. Cet été pratiquement jamais eu de vent d'Ouest mais pratiquement que des flux de Nord-Est. Ceux-ci sont typique des conditions de bises et souvent synonymes de fraicheur, ce qui n'a pas vraiment été le cas cet été. Faut dire que les pays du Nord avaient presque plus chaud que nous.
    Avez-vous également observé ceci et avez vous une idée de la cause de ces changements de vents ? Merci

    1. MétéoSuisse, 24.08.2018, 10:47

      Au cours de cet été 2018, nous avons souvent eu une situation de blocage sur la Scandinavie. Le centre de l’anticyclone était souvent dans ces contrées. Si les pressions sont plus élevées sur le nord de l’Europe, cela favorise des situations de bise. Mais en été, la partie orientale de l’Europe, qui jouit d’un climat continental, est bien chauffée par le soleil. Par conséquent, la bise qui a soufflé sur nos régions n’a pas amené d’air frais.

  6. Miraculix 77, 21.08.2018, 23:51

    Merci et restez attentifs.

  7. Alexandre Mariéthoz, 21.08.2018, 19:31

    S'agissant des températures, sait-on déjà où va se classer l'été météorologique 2018?

    Troisième derrière 2003 et 2015, tout en devançant 2017?
    Voire deuxième devant 2015?

    1. MétéoSuisse, 21.08.2018, 21:41

      En tenant compte du coup de fraîcheur prévu ce week-end, l’été 2018 devrait se placer, en moyenne nationale, en troisième position des étés les plus chauds, derrière 2003 et 2015, mais devant 2017. Le bilan de l’été météorologique 2018 sera publié la semaine prochaine.

  8. Aliki Buhayer, 21.08.2018, 01:02

    Si ce changement de climat persiste où pourrais-je me renseigner sur les changements sûrement inévitables de la flore/végétation? Et les oiseaux migrateurs, pourraient-ils aussi changer de comportement migratoire? Moins/plus de nourriture selon l’évolution de la végétation ? Merci d’avance

  9. Casper, 20.08.2018, 16:02

    Je suis un peu surpris de ces conclusions, car du côté de Genève, avec de nombreux orages, nous avons eu beaucoup d’épisodes pluvieux remplissant plus que les autres années ma cuve de récupération d’eau de pluie. Je n’en ai jamais manqué contrairement aux années précédentes.
    Pour être pertinent, ne faudrait-il pas prendre une période de 12 mois glissante, car quelles auraient été les conclusions si on avait pris non pas avril, mais février ou janvier comme point de départ de l’évaluation? Merci pour vos articles toujours passionnants.
    Cordialement

    1. MétéoSuisse, 20.08.2018, 16:23

      Nous nous sommes focalisés sur la période d’avril à août, car c’est une période où les besoins en eau de la végétation en surface sont importants. Ce n’est donc pas un hasard si ce manque de pluie est combiné à des dangers élevés d’incendie de forêt et au ravitaillement en eau de certains alpages. Mais ce manque de pluie est plus frappant en Suisse orientale, région habituellement plus humide, qu’en Suisse romande.
      Vous pourrez trouver l’état du bilan hydrique sur 1, 3, 6 et 12 mois pour Genève et d’autres stations en cliquant sur le lien ci-dessous :
      https://www.meteosuisse.admin.ch/home/climat/le-climat-suisse-en-detail/indicateurs-de-climat/indices-de-secheresse.html?param=waterbalance&station=gve
      Sur les 12 derniers mois, le bilan hydrique à Genève est encore positif grâce aux précipitations particulièrement abondantes en janvier 2018.

  10. Claude Guignard, 20.08.2018, 14:01

    Les éléments que vous donnez montrent que si la sécheresse de cette année en Suisse est tout à fait exceptionnelle, elle ne fait pas partie pour le moment du moins d'une tendance. C'est réjouissant. Elle ne devrait donc pas forcément se répéter. L'an dernier c'est le sud de l'Europe qui souffrait du manque de pluie.
    Cette année il y pleut beaucoup mais c'est au centre et au nord qu'il ne pleut pas. On pourrait donc conclure qu'il s'agit d'un épisode aléatoire.

    1. Alphawave, 22.08.2018, 11:25

      Et bien ceci se reproduira de plus en plus. C'est même l'article qui le dit : la zone sub-tropicale remonte vers le nord. Je ne comprends donc pas vos conclusions.

      Ce qui est aléatoire, ce sont là où les orages éclatent.

      Savez-vous qu'en cas de réchauffement climatique moyen de +5°C à horizon 2100 (scénario dorénavant privilégié), des projections montrent que le sud de l'Europe sera similaire au Sahara ? Et que des pics à plus de 50°C seront monnaies courantes dès 2050 ? Vous pensez nos villes européennes préparées pour de telles conditions dans à peine 30 ans ? Et, sous de telles températures, la vie et l'organisation de la société ne pourront pas être comme aujourd'hui. Et sans parler du problème agricole donc alimentaire que de telles températures vont inéluctablement provoquer.

      Notre monde va être bouleversé. Seul un déni collectif maintient l'illusion de la continuité de notre époque.

  11. Corinne Dhenin, 20.08.2018, 11:41

    Je ne sais pas si c'est techniquement possible mais ce serait tres interessant de fabriquer une carte de l'Europe dans laquelle on deplace, par exemple, Geneve vers le sud a un distance qui equivaut son climat recent (10 ans ?).... pour le placer par exemple a Gap ou je ne sais pas ou. Et faire pareille pour les autres villes de l'Europe en tenant compte de leurs nouvelles temperatures moyennes mini et maxi. Je suppose que l'on pourrait traduire ces nouveaux climats en termes de diminution de degres de latitude. Evidement les saisons vont compliquer un tel simulation !

    1. alphawave, 22.08.2018, 11:32

      Vous trouverez sur internet tout plein de résultats de simulations du climat sous nos latitudes à horizon 2100, sachant que le scénario climatique de réchauffement envisagé est actuellement +5°C (oui oui, il faut juste aller lire la presse scientifique indépendante).

      Accrochez-vous avant cependant si vous comprenez ce que de tels changements signifieront in fine.