Un mois de juin chaud

29 juin 2018
Thèmes: Climat

La Suisse a vécu son cinquième et même localement son troisième mois de juin le plus chaud depuis le début des mesures en 1864. C’est le troisième mois consécutif à connaître des températures nettement au-dessus de la normale. Malgré une activité orageuse quasi-quotidienne au cours de la première quinzaine, les précipitations mensuelles sont restées bien inférieures à la moyenne dans certaines régions. Les précipitations avaient également été déficitaires en mai et en avril.

Une faible perturbation se décale vers l’est le 19 juin 2018 en début de matinée. Photo : S. Bader.
Une faible perturbation se décale vers l’est le 19 juin 2018 en début de matinée. Photo : S. Bader.

A nouveau un mois très chaud

Après le deuxième mois d’avril le plus chaud et le cinquième mois de mai le plus chaud, juin figurera entre la quatrième et la sixième place des mois de juin les plus chauds depuis le début des mesures en 1864. En moyenne nationale, juin dépassera la norme 1981-2010 de 1.8 à 2.0 degrés (état au 27.06.2018). Au Sud des Alpes et en Valais, juin a régionalement été le troisième mois de juin le plus chaud depuis le début des mesures en 1864. Au Sud des Alpes, l’excédent thermique est de l’ordre de 2.2 degrés, en Valais de près de 3 degrés par rapport à la norme 1981-2010.

Air orageux sans fin

Le temps estival mais orageux qui s’est mis en place au cours de la seconde quinzaine de mai s’est prolongé en juin avec une situation de marais barométrique et la présence d’air humide et chaud au-dessus de l’Europe. Du 1er au 11 juin, des orages ont quotidiennement éclaté quelque part en Suisse. Les nombreux cumulus et cumulonimbus (nuages d’orage) ont souvent considérablement réduit l’ensoleillement. Néanmoins, la température moyenne journalière était souvent de 3 à 5 degrés au-dessus de la norme 1981-2010.

Précipitations record après un orage nocturne

Le 11 juin en fin de soirée, un violent orage a éclaté au-dessus de Lausanne et a établi un nouveau record de précipitations en Suisse. En 10 minutes, il est tombé 41 mm de pluie. Le précédent record avait été établi le 2 août 2017 au cours d’un orage qui avait frappé le site de mesures d’Eschenz/TG en Suisse orientale avec 36.1 mm en 10 minutes. Le précédent record n’a donc pas tenu très longtemps. Cependant, il faut mentionner que le réseau de mesures automatiques a été massivement étendu ces dernières années. Comparé au passé, la probabilité qu’un pluviomètre automatique capture les précipitations issues d’un orage violent a augmenté.

Ensoleillement généreux grâce à un anticyclone

Après une brève influence dépressionnaire avec de l’air orageux doux et humide en provenance du sud-ouest le 12 et le passage d’une zone pluvieuse le 13 à partir du nord-ouest, l’anticyclone des Açores s’est étendu de l’Atlantique vers l’Europe du 14 au 20 juin. Le temps anticyclonique ensoleillé a juste été interrompu le 17 juin par le passage d’une perturbation venant du nord-ouest.

A partir du 21 juin, un puissant anticyclone s’est constitué au-dessus de l‘Angleterre. Entre cette haute pression sur l’Angleterre et une dépression sur la Scandinavie, de l’air polaire s’est dirigé vers la Suisse les 21 et 22 juin. Suite à l’expansion de l’anticyclone anglais vers l’Europe occidentale, la bise s’est installée au Nord des Alpes. En Suisse romande, les rafales ont atteint 60 km/h.

Bise fraîche au Nord

Avec la bise, le temps est devenu nettement plus frais au Nord des Alpes. Si les températures maximales atteignaient 28 à 31 degrés des deux côtés des Alpes du 1er au 22 juin, elles ne grimpaient plus qu’entre 22 et 24 degrés au Nord des Alpes du 23 au 25 juin en raison de la bise.

Nuits tropicales au Sud

Courant de nord et bise signifient généralement au Sud des Alpes situation de foehn du nord. Du 20 au 22 juin, ce régime de foehn a engendré 3 nuits tropicales sur les régions de plaine du Sud des Alpes avec des valeurs nocturnes pas plus basses que 20 degrés. Les valeurs maximales atteignaient 28 à 30 degrés. Le foehn du nord a soufflé en rafales entre 50 et 70 km/h. Du 23 au 25 juin, les températures maximales journalières au Sud des Alpes étaient comprises entre 27 et presque 29 degrés.

Période avril-juin dans les records de chaleur

La période chaude du trimestre avril-juin se situe dans les records. En moyenne nationale, ce trimestre a affiché une température moyenne de 10.6 degrés. On retrouve cette même valeur entre avril et juin de l’exceptionnelle année 2003. En 2007, la température moyenne entre avril et juin a été de 10.5 degrés. En 2011, elle a affiché 10.2 degrés. Toutes les autres années depuis 1864 ont connu une valeur moyenne inférieure à 10 degrés entre avril et juin.

Un réchauffement marqué

Dans les années 1990, la période du trimestre avril-juin s’est réchauffée de 1.6 degré en quelques années. La norme nationale avril-juin 1961-1990 était de 7.0 degrés. La norme provisoire avril-juin 1991-2020 se situe à 8.6 degrés (figure 1).

Le mois de juin montre un signal de réchauffement encore plus fort. Dans les années 1990, la norme nationale de juin a augmenté de près de 2 degrés en quelques années. La norme de juin 1961-1990 était de 10.6 degrés. La norme provisoire de juin 1991-2020 se situe à présent à 12.5 degrés (figure 2),

Le mois de juin ne montre aucune tendance significative au réchauffement en 120 ans entre le début des mesures en 1864 et 1990. On le voit très bien dans l’évolution des normes par période dans le graphique. La norme nationale de juin 1871-1900 et celle de 1901-1930 était de 10.5 degrés. Celle de juin 1961-1990 était quasi-similaire avec 10.6 degrés. Un réchauffement marqué en juin n’est survenu qu’au cours des 20 dernières années seulement.

Toujours aussi peu de pluie

Certaines régions n’ont reçu en juin que l’équivalent de 20 à 40% de la norme 1981-2010 des précipitations. D’autres régions ont également connu des précipitations déficitaires. Seule la Suisse romande a localement reçu des précipitations conformes à la normale voire légèrement excédentaires.

Depuis 3 mois, la pluie est devenue rare en Suisse. Le mois d’avril avait été particulièrement sec dans de nombreuses régions de Suisse. En mai, les précipitations ont également souvent été inférieures à la normale. En moyenne nationale, les précipitations du trimestre avril-juin ont correspondu à 71% de la norme 1981-2010. Ainsi, la Suisse a enregistré un des 10 trimestres avril-juin les plus secs depuis le début des mesures en 1864.

Végétation avec une grosse avance

Depuis avril, la végétation n’a pas cessé d’étendre son avance par rapport à la moyenne. Les températures continuellement élevées depuis avril en sont la raison. Le sureau noir a fleuri début juin jusqu’à des altitudes supérieures à 800 mètres. Sa floraison a connu une avance de 15 jours par rapport à la moyenne de la période de comparaison 1981-2010.

Les tilleuls ont fortement fleuri cette année et ont répandu leur douce odeur (figure 4). On n’a pas souvent eu l’occasion de voir autant de fleurs sur les tilleuls. L’observation de la floraison des premiers tilleuls à grandes feuilles a été constatée à la fin mai déjà. Cependant, la plupart des tilleuls ont fleuri au cours de la première quinzaine de juin avec une avance de 16 jours par rapport à la moyenne. Pour de nombreuses stations, la floraison des tilleuls à grandes feuilles n’avait jamais été observée aussi tôt dans la saison que cette année. Pour d’autres stations, il s’agit de la deuxième ou troisième floraison la plus précoce, généralement derrière les années 2007 et 2011. Les tilleuls à petites feuilles qui fleurissent un peu plus tardivement ont déjà fleuri au cours de ce mois, ce qui correspond à une avance de 18 jours par rapport à la moyenne.

La floraison de la vigne a également été en avance de 15 jours puisqu’elle a été observée entre fin mai et juin. La floraison des marguerites est une phase qui est observée de la plaine à la montagne. C’est particulièrement adapté pour calculer un gradient d’altitude linéaire. Avec l’augmentation de l’altitude, la floraison des marguerites a été décalée de 3 jours par 100 mètres d’altitude. Début juin, elles ont fleuri en montagne entre 1000 et 1800 mètres avec une avance de 11 jours par rapport à la moyenne.

Le bulletin définitif de juin 2018 sera disponible à partir du 10 juillet 2018 dans la rubrique rapports climatiques.
 

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