1. Contexte météorologique et situation synoptique
1.1 La dynamique d'altitude
D'un point de vue synoptique, elle se caractérisa dimanche à 12Z par la présence d'une dépression relativement peu creusée (1005 hPa) mais de grande ampleur au large de l'Espagne ainsi que par un profond talweg, avec une courbure très marquée, s'étirant de la Bretagne au centre de la Norvège. Un courant jet de 100 à 120 kt environ se trouvait sur le flanc sud de la dépression Atlantique, s'étendant du sud du Portugal aux Pyrénnées, alors que le talweg était encadré - au niveau 300 hPa - par des vents compris entre 120 et 140 kt. Le déplacement progressif vers l'est de la pointe de ce talweg et la conjonction - entre dimanche 9 avril à 12Z et lundi 10 avril à 12Z - des deux coeurs de jet susmentionnés au voisinage des Alpes furent à l'origine d'une frontogenèse très dynamique.
Carte du niveau 500 hPa le 10 avril à 00Z (analyse). La dépression fermée n'est pas visible à ce niveau. agrandir.jpeg, 335 KB |
Carte du niveau 850 hPa du 10 avril à 00Z (analyse). La dépression fermée au-dessus des Alpes est clairement visible. agrandir.jpeg, 307 KB |
1.2 Conflit de masses d'air et apport d'humidité
Cette carte permet de distinguer la masse d'air chaud (en bleu) de la masse d'air froid en provenance du nord (en vert). Comme on le constate, le gradient de forte température est très marqué et passe juste au-dessus des Alpes le dimanche 9 avril à 12Z agrandir.jpeg, 358 KB |
Cette carte des vents au niveau 850 hPa montre bien la provenance Méditerranéenne de la masse d'air dirigée vers la Suisse romande. La grandeur des flèches, proportionnelle à la vitesse du vent, donne également un aperçu de l'intensité de cet apport d'humidité. agrandir.jpeg, 463 KB |
Cette carte illustre la différence de taux d'humidité entre les deux masse d'air au niveau 700 hPa (env. 3000 m). L'échelle (en % d'humidité) est indiquée au bas de l'image. agrandir.jpeg, 240 KB |
2. Observations et relevés
2.1 Evolution de la pression au sol et déplacement du front
2.2 Relevés des stations ANETZ et répartition des précipitations
2.2.1 Relevés du réseau d'obervation
La première carte ci-dessous donne l'évolution des précipitations durant la période susmentionnée pour certaines stations du Plateau. Les précipitations furent en moyenne de l'ordre de 1 à 3 mm/h, avec des pointes entre 4 et 8 mm/h. C'est durant la nuit de dimanche à lundi que se produisirent les précipitations les plus abondantes en Suisse romande. Cette période correspond au passage de la zone d'ascendance maximale liée à la dynamique d'altitude. Lundi, les précipitations se poursuivirent durant toute la journée, mais avec une intensité moindre.
La carte de droite montre la somme de précipitations enregistrées aux différentes stations du réseau ANETZ.. On constate des cumuls de 50 à 80 mm en 36 heures environ sur l'ensemble du Plateau, avec une pointe à 85 mm dans la région Lausannoise. On constate d'une part que les régions intra-alpines (Valais central et Grisons) ont été épargnées par ces intempéries, d'autre part que le sud des Alpes a également été copieusement arrosé. Cette région, pour des raisons climatologiques, est cependant nettement moins sensible aux fortes précipitations que le nord des Alpes et possède un seuil de tolérance particulièrement élevé.
Evolution des précipitations pour certaines stations du Plateau entre le 10 avril à 11h00 locale et le lundi 10 avril à 23h00 locale. agrandir.jpg, 156 KB |
2.2.2 Cumuls de précipitations calculés à partir des images radar
Remarque : dans la région des Franches-Montagnes ainsi qu'en Ajoie, les précipitations sont sous-évaluées en raison d'un cône d'ombre de l'image radar de La Dôle.
2.3 évolution des températures et limite des chutes de neige
2.3.1 Radiosondages des 9 et 10 avril
La courbe blanche correspond au radiosondage du matin à 00h00, la courbe rouge à celui de midi, et la courbe bleu à celui de minuit. Quelles constatations peuvent-elles être tirées de ces sondages ?

Radiosondages du 9 avril :

le sondage de 00h00 (en blanc) montre un encore air non saturé, instable et relativement sec dans les basse couches. Un vent de sud-ouest supérieur à 25 kt (environ 50 km/h) souffle au-dessus de 1300 m environ. Ce radiosondage correspond aux averses préfrontales de la nuit de samedi à dimanche dans de l'air encore plutôt doux.

La courbe rouge (le 9 à midi) montre un refroidissement et une humidification très nette des basses couches de l'atmosphère en dessous de 4000 m environ liés à la présence du front. A ce stade, les précipitations n'ont plus une allure d'averses mais sont relativement continues; la limite des chutes de neige se situe vers 1300 m. On notera une diminution de la force du vent au-dessous de 2000 m environ.

La courbe bleue (le 9 à minuit) illustre de façon éclatante un phénomène appelé isothermie. Lorsque les précipitations passent de l'état solide (neige) à l'état liquide (pluie), elle soustraient de l'énergie sous forme de chaleur à l'atmosphère environnante, laquelle se refroidit d'autant. Ce faisant, la limite du 0 degré s'abaisse et l'altitude à laquelle se produit le changement de phase responsable de ce transfère de chaleur s'abaisse également. La courbe des températures adopte ainsi un profil suivant peu ou prou la limite du 0 degré (ligne blanche oblique) à partir de l'altitude initiale de la limite des chutes de neige (voir radiosondage de midi en rouge); ce phénomène est susceptible de porter la neige jusqu'en plaine; il nécessite d'une part d'intenses précipitations, mais également des vents faibles pour éviter que la masse d'air ainsi refroidie soit remplacée par de l'air plus chaud. Ces deux conditions étaient réunies dans la nuit du 9 au 10 avril. A minuit toutefois, les précipitations tombaient encore sous forme de pluie à Payerne.

Radiosondages du 10 avril :

la courbe blanche correspond à celle de 00h00 et nous n'y reviendrons pas.

la courbe rouge (midi) montre une atmosphère pratiquement inchangée au-dessus de 4000 m environ. En revanche, un net refroidissement s'est produit dans les basses couches et la limite des chutes de neige est maintenant vers 700 m. Les vents de basse altitude sont encore faibles.

la courbe bleu (minuit) montre un refroidissement radical de toute la colonne d'air, de 1000 à 7000 m d'altitude. Ce radiosondage est typique d'une traîne post-frontale active et progressivement plus instable. On notera l'orientation désormais nord-est du vent, et sa reprise à basse altitude sous forme de bise.
2.3.2 Evolution des températures
2.3.3 Quantité de neige
Comme nous le mentionnions au début de cette analyse, les Alpes furent relativement épargnées par ces intempéries en raison d'une phase de foehn durant la journée du 9 avril et une partie de la nuit du 9 au 10. C'est la raison pour laquelle les cumuls relevés ne furent pas remarquables. Les régions les plus touchées furent les Alpes Valaisannes occidentales, les Préalpes et le versant nord des Alpes. On y releva de 40 à 60 cm de neige fraîche en trois jours, dont la majeure partie subsistait au matin du 11 avril. Dans les vallées internes et le long des versants sud, les cumuls furent compris entre 15 et 30 cm.
L'arc jurassien, soumis aux chutes de neige à basse altitude plus rapidement que les Alpes, se couvrit d'une couche de neige fraîche supérieure à 25 cm, dont une bonne vingtaine subsistait au matin du 11 avril à 06Z.
3. Période de retour d'un tel événement
4. Conséquences et dégâts liés à ces intempéries
5. Avertissements émis par MétéoSuisse
