Les nuages dans la peinture

19 mars 2017
Thèmes: Météo

Les nuages : pas seulement dans le ciel, mais également dans les musées. Etude de nuages, John Constable, huile sur papier, 1822, Yale Center for British Art (https://commons.wikimedia.org/wiki/File:John_Constable_-_Cloud_Study_-_Google_Art_Project.jpg)

Giotto da Bondone

Affichage aggrandi: Mort de San Francesco, 1295-1299 env., Giotto da Bondone, fresque, Basilique supérieure d’Assise, Assise
Mort de San Francesco, 1295-1299 env., Giotto da Bondone, fresque, Basilique supérieure d’Assise, Assise
(https://it.wikipedia.org/wiki/Morte_di_san_Francesco#/media/File:Giotto_di_Bondone_-_Legend_of_St_Francis_-_20._Death_and_Ascension_of_St_Francis_-_WGA09146.jpg)

Blancs. Noirs. Délicats comme des dentelles. Sombres et menaçants comme des tours de châteaux forts. Fins comme des cheveux au vent. Souples balles d’ouate qui flottent dans le ciel. Qui de nous n’a jamais essayé de ”lire” la forme des nuages, en cherchant des similitudes avec des personnages, des animaux, des plantes ou un quelconque objet ? Perturbé ou serein, le ciel s’exprime au moyen des nuages qui lui donnent vie et couleur. Depuis des siècles, les nuages sont en mesure d’influencer l’humeur des personnes, fasciner les rêveurs ou inspirer les artistes. Parmi ces derniers, bien évidemment aussi les peintres. En vue de la journée météorologique mondiale, le 23 mars prochain, qui est justement consacrée aux nuages, nous vous invitons à un voyage à travers 700 ans de peinture. Un bref voyage, sans aucune prétention d’exhaustivité. Les nuages sont toujours les mêmes depuis des siècles. Toutefois, il n’en est pas de même de leur interprétation par les artistes.

Débutons notre voyage avec  Giotto da Bondone (1267 – 1337), un des premiers artistes à représenter les nuages non pas de manière symbolique, mais plus réaliste à l’aide de “tâches” blanches sur un fond de ciel qui, en abandonnant la couleur dorée, est devenu bleu.

 

Andrea Mantegna

Affichage aggrandi: Partie supérieure du tableau “San Sebastiano”, 1456-1457 env., Andrea Mantegna, huile sur bois, Kunsthistorisches Museum, Vienne
Partie supérieure du tableau “San Sebastiano”, 1456-1457 env., Andrea Mantegna, huile sur bois, Kunsthistorisches Museum, Vienne
(https://it.wikipedia.org/wiki/San_Sebastiano_(Mantegna_Vienna)#/media/File:MantegnaSebastian.jpg)

Avec Andrea Mantegna (1431 – 1506), les nuages commencent à se gonfler, deviennent plus solides, au point que l’on peut se demander comment ils peuvent rester suspendus dans le ciel. Comme dans la réalité, les nuages de Mantegna invitent, celui qui les observe, à chercher une ressemblance ou une forme. Dans ce cas, des visages ou des chevaliers dessinés…à dessein.

 

Leonard de Vinci

Affichage aggrandi: Tempête dans une vallée alpine, c.1508-10, Leonard de Vinci (Royal Collection Trust / © HM Queen Elizabeth II 2017)
Tempête dans une vallée alpine, c.1508-10, Leonard de Vinci (Royal Collection Trust / © HM Queen Elizabeth II 2017)
(https://d9y2r2msyxru0.cloudfront.net/sites/default/files/styles/collection_object_bootstrap_carousel_/public/collection-online/d/3/257235-1330624473.jpg?itok=rGCkWW1s)

Leonard de Vinci (1452-1519) dédie aux nuages un chapitre entier, le septième, de son Traité de Peinture. Le chapitre “De’ nuvoli” commence avec une phrase qui indique, d’après son auteur, l’origine des nuages: « les nuages sont des brouillards tirés vers le haut par la chaleur du soleil ». Leonard n’a pas encore une idée tout à fait claire quant aux mécanismes physiques qui régissent la formation des nuages. Toutefois, il reste l’un des premiers à nous laisser des études ou des représentations véridiques de nuages.

Jan van Goyen

Affichage aggrandi: L’orage, Jan van Goyen, 1641, M.H. de Young Memorial Art Museum, San Francisco
L’orage, Jan van Goyen, 1641, M.H. de Young Memorial Art Museum, San Francisco
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/e/ec/Goyen_1641_The_Thunderstorm.jpg/1024px-Goyen_1641_The_Thunderstorm.jpg

Les décennies passent, la représentation artistique des paysages change, la peinture ne fait exception. En particulier, la représentation des nuages a complètement changé par rapport au passé.

John Constable

Affichage aggrandi: Etude de nuages, John Constable, 1822, olio su tela, National Gallery of Victoria, Melbourne
Etude de nuages, John Constable, 1822, olio su tela, National Gallery of Victoria, Melbourne
(https://commons.wikimedia.org/wiki/File:John_Constable_-_Clouds_-_Google_Art_Project.jpg)

Probablement, il n’y a pas d’artiste qui n’ait été confronté une fois ou l’autre aux nuages. Cependant, il y en a un en particulier qui s’est entiché des nuages et qui a dédié des heures et des heures à l’étude des cieux de la campagne anglaise. Chez John Constable (1776 – 1837), les nuages ne sont pas simplement un élément scénographique qui accompagne en fond de toile le sujet principal du tableau. Chez lui, les nuages deviennent le sujet central du tableau, comme en témoignent les nombreuses études, schémas et dessins qu’il nous a laissé. Entre 1821 et 1834, Constable a suivi les nuages sur d’innombrables sentiers et plages désertes avant de les fixer sur ses blocs à dessin.

Gustave Courbet

Affichage aggrandi: La vague, Gustave Courbet, huile sur toile, 1869-1870, Alte Nationalgalerie, Berlino
La vague, Gustave Courbet, huile sur toile, 1869-1870, Alte Nationalgalerie, Berlino
(https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Gustave_Courbet_-_La_vague_-_Google_Art_Project.jpg

John Constable ne fut pas le seul artiste chez qui les nuages apparaissent fréquemment. Dans les paysages de Gustave Courbet (1819-1877), les nuages sont représentées avec un vrai réalisme. Toutefois, ils reprennent leurs place comme élément de fond de paysage et non pas, comme chez Constable, de sujet central de l’œuvre.

J.M.W. Turner

Affichage aggrandi: Les naufragés, côte du Northumberland, J. M. W. Turner, 1834 env., huile sur toile, Yale Center for British Art
Les naufragés, côte du Northumberland, J. M. W. Turner, 1834 env., huile sur toile, Yale Center for British Art
(https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Wreckers_Coast_of_Northumberland_Joseph_Mallord_William_Turner.jpeg?uselang=it )

Peut-être ni y a-t-il pas peuple plus intéressé par la météo que les anglais. Patrie, rappelons-le, de l’un des premiers services météorologiques nationaux. Il n’y a rien d’étonnant si, outre J. Constable, pour d’autres peintres anglais les nuages font partie intégrante de leurs œuvres. Citons par exemple J.M.W. Turner (1775 – 1851) dans les toiles duquel, ciel et terre se confondent souvent.

Alfred Sisley

Affichage aggrandi: Bougival, Alfred Sisley, 1876, huile sur toile, Cincinnati Art Museum
Bougival, Alfred Sisley, 1876, huile sur toile, Cincinnati Art Museum
(https://commons.wikimedia.org/wiki/File:%27Bougival%27_by_Alfred_Sisley,_Cincinnati_Art_Museum.JPG)

Chaque peintre possède son style et les nuages n’échappent pas aux interprétations les plus disparates.

Edvard Munch

Affichage aggrandi: Le cri, Edvard Munch, 1893, huile, tempera et pastelle sur carton, National Gallery, Oslo.
Le cri, Edvard Munch, 1893, huile, tempera et pastelle sur carton, National Gallery, Oslo.
(https://commons.wikimedia.org/wiki/File:The_Scream.jpg )

Et les interprétations personnelles conduisent à attribuer aux nuages des colorations peu réalistes comme celles que l’on peut admirer sur les toiles d’Emil Nolde (1867 – 1956), dont les nuages assument des teintes…disons très vives et pétantes. Couleurs pétantes et vives présentes également dans le ciel strié de quelques nuages qui sert de fond à la fameuse toile d’Edvard Munch (1863–1944).

Arrêtons-nous ici. A l’évidence le panorama est loin d’être complet. Les lecteurs intéressés ne manquent pas de possibilités pour compléter cette brève revue. Pour celles et ceux qui préfèrent le grand air aux visites de musées, même virtuels, il leur suffit de sortir de chez eux et de lever les yeux vers le ciel et les voilà ! Ils sont là les nuages, apparemment toujours semblables, mais à chaque fois un peu différents.

Et pour les amateurs d’art, signalons l’exposition qui se tient jusqu’à fin juin dans la petite ville de Schwäbisch Hall, dans le sud de l’Allemagne : Wasser, Wolken,Wind; Elementar- und Wetterphänomene in Werken der Sammlung Würth. (http://kunst.wuerth.com/media/downloads/pdf/kunsthalle/WWW_Faltblatt_klein.pdf )

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